Vendredi, 21 juin 2024
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    Sortir du placard

    Parler de son homosexualité avec ses proches, c’est une chose. Sortir du placard auprès du grand public, c’est autre chose. Voici certains des coming out au Québec les plus marquants des 40 dernières années.

    Entre 1979 et 1982, André Montmorency a joué le coiffeur gai et exubérant dans Chez Denise avant la création du magazine Fugues, mais ce n’est qu’au début des années 90 qu’il a parlé ouvertement de sa propre orientation sexuelle pour la première fois dans une autobiographie.

    C’est au cours des années 90 que le comédien Jasmin Roy sort du placard. Il personnifiait alors Mathias dans le téléroman Chambres en ville. Victime d’intimidation dans son enfance, il a depuis fondé une fondation pour lutter contre ce fléau et faire de la conscientisation sociale à ce sujet : la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais.

    En 1994, après que la député libérale Roseanne Skoke ait fait un rapprochement insidieux (voire odieux) entre l’homosexualité, la bestialité et la pédophilie à la Chambre des communes, le député du Bloc québécois Réal Ménard a dit « parler pour la communauté à laquelle il appartient » en demandant qu’elle soit expulsée du caucus libéral, avant de confirmer qu’il s’identifiait bel et bien comme un homme gai. Quelques mois plus tard, en mars, le politicien est devenu l’une des premières personnalités publiques à faire la couverture du Fugues.

    Invitée à prendre la parole lors d’une conférence intitulée « L’homosexualité au Québec : de la tolérance au respect », la députée de Taschereau Agnès Maltais a choisi ce moment privilégié pour annoncer officiellement son orientation et parler de sa vie de couple stable depuis près de deux décennies. Se considérant chanceuse à cause des milieux culturel et politique où elle a œuvré, elle a soutenu n’avoir jamais été ostracisée dans son travail. Selon elle, les gens sont de plus en plus tolérants, mais «il ne faut pas seulement être tolérés, il faut être respectés ».

    Victime de mauvaises blagues à l’émission Piment Fort, Daniel Pinard a profité d’une sortie aux Francs-tireurs, en 2000, pour tirer à boulets de canon sur les émissions qui entretiennent des stéréotypes honteux sur l’homosexualité et dévoiler par le fait même qu’il est gai, une information qu’il avait longtemps voulu garder pour lui.

    Dany Turcotte atteste que son rôle à l’émission Tout le monde en parle avait poussé plusieurs invités à faire des insinuations sur son orientation sexuelle, alors qu’il avait la responsabilité de faire des blagues grinçantes. En 2005, une semaine après avoir flirté à la blague avec André Boisclair, chef du Parti québécois, le fou du roi a confirmé l’information lors de la grande messe du dimanche soir.


    La publication d’un article dans le Journal de Montréal, relatant les démêlés judiciaires entre l’animateur Joël Legendre et son ancien gérant et ex-conjoint, suscite plusieurs réactions dans les médias, ainsi que dans les réseaux sociaux. Plusieurs se sont interrogés sur la pertinence de publier un tel texte sur la vie privée d’une personnalité publique, d’autant plus que celle-ci doit subir un coming out malgré elle. Une semaine plus tard, Joël Legendre concédait que «ce fut, somme toute, une bonne chose. Je me sens encore plus libre. Je vois beaucoup plus de positif que d’éléments négatifs dans cette histoire-là. La vie est bien faite.»

    Déjà fort reconnue dans le secteur du marketing Web et des réseaux sociaux, Michelle Blanc est ensuite devenue une figure de proue de la communauté trans en signant un billet de blogue sur sa transition. Par la suite, sa présence remarquée à Tout le monde en parle et ses prises de position ont façonné le personnage public qu’elle est devenue.

    Acteur depuis sa plus tendre enfance, Xavier Dolan a imaginé à l’âge de 15 ans l’histoire de ce fils qui aime trop sa mère, au point de ne plus la supporter. J’ai tué ma mère, premier film en forme de sortie du placard tonitruante, se retrouve en 2009 à Cannes et remporte un succès public et critique.


    À l’automne 2015, la comédienne Debbie Lynch-White a partagé une photo de son amoureuse Marina Gallant et a pris l’habitude de se rendre à des événements mondains aux côtés de celle qui est devenue sa femme en 2017, jugeant qu’il n’était pas nécessaire de faire de coming out officiel.


    Juin 2016, Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, a publié sur la plateforme Vice une lettre
    ouverte intitulée « Je ne veux plus avoir peur de ce que les gens pensent », en s’identifiant comme une personne queer. Son témoignage a été écrit dans la foulée de la tuerie homophobe au club Pulse d’Orlando, le 12 juin 2016.

    Personne ne peut reprocher à un homosexuel de parler ouvertement de son orientation sexuelle. Cela dit, en 2017, quand le chroniqueur et animateur Éric Duhaime est sorti du placard durant son émission de radio en affirmant que « la bataille a été gagnée » et en publiant le livre La fin de l’homosexualité et le dernier gay, plusieurs membres de la communauté LGBTQ et d’innombrables alliés, tous dotés de lucidité, ont roulé des yeux. On ignorait qu’il deviendrait encore plus démagogue, en 2021, comme chef du Parti conservateur du Québec.

    À l’automne 2023, quelques mois avant sa mort, Serge Laprade sort du placard à l’âge de 83 ans en se mariant, après 50 ans de relation, avec Daniel Arsenault, son agent et amoureux. L’animateur avait expliqué avoir d’abord caché leur relation, de peur qu’elle ne soit pas acceptée par sa famille. À cette époque, il pensait aussi que son public, composé en majorité de femmes, arrêterait de l’aimer s’il vivait ouvertement son homosexualité.

    Et deux sorties du placard après leur décès…
    Le 14 avril 2021, un communiqué de presse annonce le décès du chanteur Michel Louvain. Une phrase retient l’attention : « Âgé de 83 ans, monsieur Louvain laisse dans le deuil son conjoint, Mario Théberge, partenaire privilégié des 25 dernières années. » C’est en quittant ce monde que le chanteur populaire fait son coming out, mais surtout, cet événement permet à Mario, son conjoint pendant un quart de siècle, de sortir de l’ombre.

    Rose Ouellet, grande comique à la petite stature, a connu les deux âges d’or du burlesque, l’envol du cabaret, ainsi que l’avènement du théâtre et des téléséries d’humour au Québec. Bien que La Poune, qui était discrètement en couple avec sa secrétaire, se soit attaquée aux normes de genre à coups de blagues grivoises, elle n’avait jamais fait sa sortie du placard publique. Un communiqué portant sur le spectacle La géante, qui lui rendra bientôt hommage, abordera l’histoire d’amour que Rose Ouellette a connue pendant 40 ans, dans le plus grand secret, avec Gertrude Bellerive.

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