Mercredi, 22 mai 2024
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    40 ans de visibilité LGBTQ+ au grand écran (1996)

    Dans le cadre du 40e de Fugues, le rédacteur en chef du magazine propose sur le site web quelques films LGBTQ+ qui ont marqué à leur façon le 7e art.  Voici quelques films de 1996…

    LILIES / Les Feluettes 
    de John Greyson (1996)

    À l’automne 1952, Monseigneur Bilodeau rend visite à un vieux détenu, Simon Doucet, pour entendre sa confession. Ce dernier lui raconte alors l’histoire de trois adolescents, histoire qui est survenue quarante ans plus tôt. Dès qu’il entend le nom des trois garçons, l’évêque comprend que sa vie est en danger. John Greyson adapte ici l’une des œuvres majeures de Michel Marc Bouchard, Les Feluettes. Profitant du texte magnifique de Bouchard, Lilies est un film remarquable, hautement symbolique, basée sur les métaphores et les principes de la tragédie sans toutefois oublier son caractère ludique. Une synthèse réussie de l’esprit classique et du questionnement moderniste, choisissant avec justesse le meilleur des deux mondes pour notre plus grand plaisir, tant intellectuel que sentimental.


    À TOUTE VITESSE
    de Gaël Morel (1996)

    En 1993, quelques jeunes acteurs, par la fraicheur de leur interprétation, permettaient à André Téchiné de réaliser, sur un sujet qui le concerne, un de ses plus beaux films avec Les roseaux sauvages. Parmi eux, celui qui jouait le rôle du jeune homosexuel troublé par un de ses camardes et qui finissait dans le même lit que lui. L’an dernier, Gaël Morel nous a à nouveau donné l’occasion d’admirer les charmes de Stéphane Rideau, en passant cette fois de l’autre côté de la caméra. En réalisant À toute vitesse, il signe un premier film certes parfois un peu maladroit, mais touchant et, surtout, plein de promesses. À l’évidence, Gaël Morel aime ses acteurs, vu la façon dont il les filme. Le parallèle avec Les roseaux sauvages est inévitable. Parce que Gaël Morel se place en fils spirituel de Téchiné. Parce que le réalisateur et deux des quatres acteurs principaux (Stéphane Rideau et Elodie Bouchez) étaient les trois «roseaux».


    THE WATERMELON WOMAN 
    de Cherryl Dunne (1996)

    Cheryl, jeune femme noire et lesbienne travaille dans un vidéo club à Philadelphie. Elle s’intéresse aux actrices noires des films des années 1930 et 1940 et entreprend de réaliser un documentaire sur Philly, dont le nom de scène est Watermelon Woman (la femme au melon d’eau). Son enquête l’amènera à supposer que celle-ci entretenait une relation amoureuse avec une réalisatrice blanche d’Hollywood. Alors que sa propre vie amoureuse s’épanouit avec Diana – jouée par Guinevere Turner (Go fish et The L Word), son documentaire en cours révèlera des surprises… Une étonnante mise en abyme, où la réalisatrice propose une romance politique et un regard historique, interrogeant tant les amours interraciales que la place des lesbiennes dans la communauté africaine-américaine.


    BEAUTIFUL THING 
    de Hettie MacDonald (1996)

    Dans la banlieue londonienne, deux adolescents se morfondent. Jamie est rejeté par ses camarades de classe et sèche les cours. Ste est maltraité par son père et son frère. Pour échapper à la violence des siens, Ste trouve fréquemment refuge chez Jamie et sa mère. Peu à peu, les deux garçons se rapprochent et tombent amoureux, au rythme des chansons de Mama Cass qu’idolâtre leur excentrique voisine. D’abord caché, leur amour finira par éclater au grand jour dans un coming out final d’anthologie… Avant de devenir un film mythique pour une génération de gais, Beautiful Thing fut une pièce de théâtre à succès. Son jeune auteur, Jonathan Harvey cherchait à bousculer les préjugés, encore tenaces à l’époque, en donnant une image positive et ouverte de l’homosexualité. Résultat : un conte de fées urbain où l’amour finit par l’emporter sur le regard des autres, la magie sur la dure réalité d’une vie en banlieue. Et surtout, le film qu’en a fait Hettie MacDonald permet à chacun une identification pleine d’espoir. Certainement l’un des plus touchant films sur les amours adolescentes.


    HUSTLER WHITE 
    de Bruce LaBruce (1996)

    Un écrivain un peu précieux (Bruce LaBruce lui-même) débarque à Los Angeles pour y enquêter sur la prostitution masculine. Bientôt fasciné par la vision du sexy Monti (Tony Ward), un prostitué en fuite après un accident, il ne va avoir de cesse de le retrouver, découvrant au passage le monde du sexe à LA, et notamment les pratiques les plus SM…  Si la scène d’ouverture de HUSTLER WHITE avec son corps flottant dans une piscine fait immédiatement penser à Sunset Boulevard ou à Heat de Paul Morrissey, la suite ne ressemble à rien sinon au travail et à l’univers de Bruce LaBruce. Porno romantique selon la définition même de son auteur, HUSTLER WHITE est surtout un de ses films les plus aboutis. On y retrouve pêle-mêle son ironie acide, sa vision très (homo)sexuée du monde, son goût du bricolage visuel, son amour du trash, son sens documentaire, etc.


    BOUND 
    des Wachowski (1996)

    Les sœurs Wachowski sont encore à des années de faire leur transition lorsque BOUND sort. Mais leur attachement aux thématiques queer est déjà omniprésent dans ce néo-noir lesbien qui met en scène Gina Gershon et Jennifer Tilly. Les cinéastes ayant fait appel aux services de la féministe «sexperte» Susie Bright pour chorégraphier les scènes de sexes, ces dernières ont le mérite d’être aussi sexy que réalistes.


    IT’S MY PARTY 
    de Randal Keiser (1996)

    Ce film du réalisateur de Grease et du Lagon Bleu avait remporté un réel succès d’estime à sa sortie en salles. Il montrait un drame d’une authenticité criante, sans le filtre habituellement imposé par Hollywood pour ce qui est des sujets à thématique gaie. L’histoire est celle d’un brillant architecte (Éric Roberts, très convaincant) qui, plus d’un an après une rupture avec son chum à cause de la découverte de sa séropositivité, apprend que ses heures sont plus que comptées et décide de réunir autour de lui tous ses amis une dernière fois. Malgré une mise en scène assez conventionnelle, IT’S MY PARTY réussit à émouvoir par petites touches sans jamais en faire trop. La montée dramatique, lente et subtile, aboutit dans une finale d’une grande sensibilité.


    FRISK 
    de Todd Verrow (1996)

    Dennis, un adolescent de Los Angeles, a des fantasmes de sexualité violente. Il rencontre Henry, un masochiste qui pose pour des photos snuff simulées. Excité, Dennis en fait part à son journal intime et l’écrit à ses amis. Pour lui, le corps, l’enveloppe charnelle, contiendrait tous les secrets qu’il faudrait révéler. Parti pour San Francisco, il fait la connaissance d’un acteur de films pornos gais et peu à peu, il succombe à ses fortes envies homicides. Dans une succession de scènes suivant un crescendo inéluctable commence alors une balade hallucinée, un voyage dans la violence, mettant en scène des personnages à la recherche de sensations de plus en plus extrêmes, composant le paysage dévasté et terrifiant d’une société sans repères. Cette adaptation de Frisk, le roman le plus polémique et le plus connu de Dennis Cooper, par le cinéaste expérimental Todd Verrow, décrit si crûment la descente aux enfers de cet adolescent perturbé qu’il a suscité pas mal de controverses au sein même de la communauté gaie. Soyez averti… Il est possible de vous faire vous-même une idée.


    THE DELTA
    de Ira Sachs (1996)

    Ira Sachs est l’une des figures du cinéma indépendant New Yorkais. Il tourne plusieurs courts-métrages au début des années 1990, avant de réaliser The Delta, son premier long-métrage en 1996, que j’ai eu le plaisir de programmer et de présenter à Image+Nation à l’époque. Issu d’un milieu aisé, Lincoln est un adolescent de Memphis qui partage sa vie entre sa petite amie et les hommes qu’il accoste sur l’autoroute. Durant ses errances nocturnes en quête de son identité sexuelle, il se fait draguer devant un cinéma pornographique par John, jeune homme séduisant issu d’un milieu ouvrier et né d’une mère vietnamienne et d’un père militaire afro-américain.


    WHEN NIGHT IS FALLING 
    de Patricia Rozema (1996) 

    Camille enseigne la mythologie classique dans un collège religieux et elle est fiancée à Martin, un professeur de théologie qu’elle doit bientôt épouser. C’est alors qu’elle rencontre Petra, une artiste de cirque flamboyante et téméraire, pour qui elle a un véritable coup de foudre. Pour la première fois de sa vie, Camille va laisser la passion et le désir prendre le pas sur son existence rangée… On ne se lasse jamais de voir et de revoir la sensualité de Pascale Bussières et de Rachel Crawford dans le film culte, When night is falling de Patricia Rozema.

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