Vendredi, 23 janvier 2026
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    Arrestations massives de personnes LGBTQIA+ en Malaisie : les ONG tirent la sonnette d’alarme

    La police malaisienne a mené le mois dernier une série de raids dans des établissements fréquentés principalement par des hommes, ravivant les inquiétudes des organisations LGBTQIA+ locales, qui dénoncent une répression ciblée et injustifiée.

    208 personnes — dont 37 ressortissants étrangers — ont été arrêtées dans un spa de Kuala Lumpur, soupçonné par les autorités d’abriter des activités “entre personnes de même sexe”. En Malaisie, pays majoritairement musulman doté d’un double système juridique, la sodomie demeure criminalisée par le droit civil, tandis que la loi islamique appliquée aux citoyens musulmans punit les relations entre hommes ainsi que la « transgression vestimentaire ».Faute de preuves, la police a finalement libéré 171 citoyens malaisiens, admettant la faiblesse des éléments recueillis. « Nous ne voulons pas mener des raids qui n’aboutissent à aucune poursuite parce que les preuves sont irrecevables », a reconnu le chef de la police de Kuala Lumpur, Fadil Marsus, cité par l’agence Bernama.

    Selon Jejaka, une organisation de défense des hommes gais, queers et bisexuels, un seul individu demeurait détenu, un ressortissant étranger visé par une infraction liée à un visa expiré.

    Plusieurs associations soutiennent toutefois que des dizaines de personnes arrêtées auraient été maintenues illégalement en détention pendant près de 48 heures, et ce malgré une ordonnance judiciaire exigeant leur remise en liberté. La police et le ministère de l’Intérieur n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

    Ces interventions répétées ne sont pas isolées :

    • Quelques semaines plus tôt, plus de 200 hommes avaient été arrêtés dans un autre spa de Kuala Lumpur avant d’être relâchés.

    • À Penang, treize personnes avaient également été appréhendées dans un établissement décrit comme un sauna pour hommes, là encore sans poursuites.

    • En juin, dans l’État conservateur du Kelantan, des dizaines d’hommes avaient été interpellés lors d’une opération visant ce que les autorités avaient présenté comme une « fête gaie ». Les magistrats n’avaient alors relevé aucune infraction.

    Pour les ONG, la multiplication de ces raids, souvent menés conjointement par la police, les autorités locales et les services religieux, témoigne d’un durcissement préoccupant envers les minorités sexuelles. Elles rappellent que même sans poursuites, ces interventions exposent publiquement les personnes visées, alimentent la peur, et dissuadent l’accès aux services de santé, un enjeu déjà sensible pour les communautés LGBTQIA+ dans la région.

    Amnesty International Malaysia a dénoncé des opérations « discriminatoires », ciblant des individus sur la base de leur orientation sexuelle présumée plutôt que sur des faits établis. Les organisations locales mettent en garde contre un climat de plus en plus hostile pour les personnes LGBTQIA+ dans un pays où la visibilité demeure limitée et où les lois civiles comme religieuses prévoient des peines allant de l’emprisonnement aux châtiments corporels.

    Face aux critiques, la police fédérale affirme vouloir resserrer ses procédures afin d’éviter les erreurs de forme et les atteintes aux droits observées dans les récents dossiers. Les défenseurs des droits, eux, demeurent prudents : selon eux, seule une réforme en profondeur des lois criminalisant les relations entre personnes de même sexe permettra de mettre fin à des pratiques qu’ils jugent abusives et génératrices d’un climat durable de peur et de stigmatisation.

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