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    Montmartre : femme de tête et homme de cœur!

    Dans le Montmartre vibrant de 1899, où les nuits de cabaret côtoient les rêves des artistes et les jeux de pouvoir de la grande bourgeoisie, les destins de deux femmes et d’un homme vont se percuter. Rien, en apparence, ne les rassemble; pourtant, chacun porte sa part de marginalité et se trouve lié à un même secret : un meurtre commis un peu plus de vingt ans auparavant.

    Céleste Tessandier (Alice Dufour), danseuse de cancan, vit sous l’emprise d’un souvenir qui la hante depuis l’enfance : celui de son père assassiné sous ses yeux alors qu’elle n’avait que cinq ans. Pourtant, aucune trace officielle ne semble confirmer ce meurtre, survenu peu avant qu’elle soit séparée de son frère et de sa sœur. Prête à tout pour financer une enquête, elle accepte de danser nue au cabaret L’Éléphant rose. En devenant l’une des premières effeuilleuses de Paris, elle s’expose cependant à la vindicte d’une société qui ne voit en elle qu’une femme immorale et dévergondée.

    Arsène Larcourt (Victor Meutelet), héritier d’une riche famille d’ingénieurs, avance quant à lui sur un fil. Dans une société où la moindre rumeur peut ruiner une réputation, il cache son orientation sexuelle tout en refusant un mariage de convenance. Sa rencontre avec Youri (Pablo Pauly), propriétaire du cabaret, marque un tournant. En nommant sans détour ce qu’Arsène tente encore de dissimuler — le terme « inverti » aura rarement été aussi fréquemment utilisé dans une série —, Youri l’entraîne dans une quête d’authenticité, de liberté et d’amour.

    Rose Joubert (Claire Romain), jeune blanchisseuse issue des quartiers populaires, voit sa vie basculer lorsqu’elle est enlevée par son « fiancé » et livrée à une maison close où elle subit de multiples violences. Après une fuite dramatique, elle tente de se reconstruire dans une société qui la tient responsable de ce qui lui est arrivé.

    On le comprend assez vite : Arsène et Rose sont le frère et la sœur de Céleste. Mais alors qu’on pourrait croire que leur plus grand défi sera de reconstituer un passé qui leur échappe, les trois se retrouvent bientôt confrontés à un mystérieux assassin, prêt à tout pour les empêcher de faire éclater la vérité. Qui a tué leur père et pour quelle raison? Et comment les trois enfants ont-ils été dispersés aux quatre vents?

    Meurtres, scandales, chantages, secrets de famille, séquestrations, émancipation et amours interdites rythment une série dont le souffle ne faiblit jamais. Coproduite par Authentic Prod et TF1, avec la société belge Beside Productions et en association avec Disney+, elle bénéficie de la réalisation somptueuse et agile du Québécois Louis Choquette (Rumeurs, Cover Girl,  Mirage). Sa caméra étonnamment mobile donne vie à une reconstitution historique d’une grande richesse.

    L’écriture nuancée confère par ailleurs beaucoup de relief aux personnages, tandis que les passions amoureuses se révèlent particulièrement palpables : celle de Céleste avec son inspecteur de police un peu mal dégrossi, mais surtout celle d’Arsène et Youri, dont les combats intérieurs et le désir contenu culminent dans l’une des scènes les plus sensuelles de la série.

    À l’aube d’un nouveau siècle, les révolutions technologiques occupent également l’avant-scène. La série rend bien l’ébahissement que suscitent alors des innovations aujourd’hui banales : voiture électrique, empreintes digitales utilisées pour résoudre un crime, projecteurs ou amplification sonore sur scène. Il faut d’ailleurs souligner la magnificence de plusieurs chorégraphies. Des figures artistiques incontournables font aussi des apparitions remarquées, notamment Sarah Bernhardt et Toulouse-Lautrec.

    Efficace et bien rythmé, le scénario de Brigitte Bémol et Julien Simonet évite plusieurs lieux communs sans jamais perdre son élan. Même si l’identité du meurtrier devient assez transparente vers la mi-saison, le plaisir de suivre l’enquête et les trajectoires des personnages demeure intact. Impossible de ne pas se laisser happer par cette fresque historique où Montmartre s’impose comme un personnage à part entière : un lieu de tensions et de métamorphoses où s’entrechoquent traditions, modernité et désirs d’affranchissement.

    Bien qu’aucune suite directe ne soit prévue, la série pourrait prendre la forme d’une anthologie consacrée aux quartiers de Paris à différentes époques. Un prochain chapitre est ainsi prévu autour de Montparnasse, au cœur des Années folles (1919-1929).

    INFOS | Les huit épisodes de la série Montmartre sont disponibles, en français, sur TV5 Unis.

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