Entre 73 et 71 avant notre ère, le gladiateur Spartacus brise ses chaînes et mène une révolte contre la toute-puissance de Rome. De 2010 à 2013, la chaîne Starz remporte haut la main un pari risqué : transformer cette matière historique en un péplum déchaîné et sensuel. Et voilà qu’en 2025, cet univers renaît dans une série dérivée.
La série de 2010 s’ouvre sur la capture d’un guerrier thrace anonyme (Andy Whitfield, puis Liam McIntyre), rebaptisé Spartacus par dérision, en référence à un ancien roi. Vendu comme esclave à la caserne de gladiateurs de Batiatus (John Hannah, mémorable), il devient le chef d’une révolte dont la série suit l’essor, les déchirements et l’affrontement final, qui arrache les larmes. La cinquième saison, House of Ashur, dont la diffusion s’est terminée en 2026, explore pour sa part une réalité alternative : le perfide Ashur (Nick E. Tarabay) échappe aux profondeurs de l’enfer, tue Spartacus et se voit confier le destin de la caserne de Batiatus. On aurait pu craindre une baisse de qualité avec cette nouvelle mouture, mais elle bénéficie au contraire d’une cote critique de 91 % sur Rotten Tomatoes.
Les cinq saisons adoptent une esthétique proche du roman graphique, tout en poussant très (très) loin la violence, les combats spectaculaires et une sexualité omniprésente.
La série met en valeur des corps musclés, huilés pour le spectacle ou marqués par la rudesse des entraînements. À cela s’ajoutent de nombreux ralentis à la Zack Snyder, qui confèrent aux affrontements une dimension épique et donnent l’impression que chaque plan a été conçu pour être encadré. La puissance émotionnelle des arcs narratifs, le rythme effréné, les dialogues finement ciselés et chargés de doubles sens, ainsi que l’art de créer des personnages qu’on adore détester composent un ensemble qui laisse encore pantois.
Sur le plan historique, la série suit assez fidèlement la trame générale rapportée par les sources anciennes, tout en prenant des libertés avec les conflits personnels et les intrigues politiques. Elle dépeint cependant les combats de gladiateurs comme se terminant souvent par une mise à mort, ce qui est historiquement inexact, puisque ces derniers étaient les rock stars de l’époque : des « marchandises » que l’on devait préserver à tout prix. Ce choix s’inscrit néanmoins dans une volonté d’illustrer avec force la condition d’esclaves réduits à l’état de chair à canon pour des Romains avides de spectacles sanglants.
Nudité frontale et sexualité exacerbée
La nudité frontale compte parmi les éléments les plus emblématiques de la série, surtout dans les deux premières saisons, autant chez les hommes que chez les femmes. Scènes de bordel, orgies aristocratiques, rapports entre esclaves et maîtres, nudité ordinaire dans les bains des gladiateurs ou scènes amoureuses : la série l’utilise avec adresse pour illustrer la corruption des élites romaines et les mécanismes de domination qui pèsent sur les esclaves et les gladiateurs, tout en mettant en lumière les sentiments qui habitent les personnages — et, il faut bien le dire, en offrant aussi aux spectateurs l’occasion de se rincer l’œil. House of Ashur renoue avec ces éléments en poussant encore plus loin la nudité frontale, les scènes sexuelles et les orgies.
Quand péplum rime avec amour entre hommes
La série se distingue aussi par la richesse de sa représentation des amours masculines, qui ne sont jamais traitées comme des exceptions, mais plutôt comme des relations nuancées, complexes et bien ancrées dans le récit. Dans les deux premières saisons, c’est notamment le cas du gladiateur Barca (Antonio Te Maioha) avec Pietros (Eka Darville), puis Auctus (Josef Brown). Le couple le plus mémorable et poignant est introduit dans la troisième saison avec Agron (Dan Feuerriegel), un gladiateur germain, et Nasir (Pana Hema Taylor), un esclave syrien qu’il prend sous son aile afin de le former. Dans la cinquième saison, Korris (Graham McTavish), un ancien gladiateur affranchi, entretient une relation avec Opiter (Arlo Gibson), un citoyen romain. Leur lien se développe à travers plusieurs scènes de séduction, notamment lors d’une représentation de théâtre érotique qu’Opiter offre à Korris afin de « soulever » son intérêt.
Les amours féminines ne sont pas en reste, mais demeurent souvent plus périphériques. On peut notamment citer Lucretia (l’excellente Lucy Lawless, de la série Xena), qui entretient avec Ilithyia (Viva Bianca) une relation à la fois sensuelle et toxique donnant lieu à certaines des scènes les plus cathartiques des trois premières saisons. À partir de la saison 4 apparaissent également de féroces guerrières bisexuelles et, dans la cinquième, Messia (Ivana Baquero), qui se languit des bras d’une autre esclave.
Du côté des femmes fortes, il faut souligner la présence de la Canadienne Tenika Davis dans le rôle d’Achillia, une aspirante gladiatrice évoluant dans un monde brutal réservé aux hommes. Par sa seule présence, elle représente à la fois un objet de fascination, une menace à l’ordre établi et l’incarnation, aux yeux de certains personnages, d’une « perversion » du métier de gladiateur.
Spartacus constitue une œuvre où les libertés historiques sont mises au service d’une exploration ambitieuse des rapports de pouvoir. Elle offre aussi bien des scènes d’action spectaculaires que des moments bouleversants qui broient le cœur. Difficile de demeurer impassible devant la conclusion de la saison 4 ou de ne pas être ébahi par celle de la saison 5. Il s’agit sans aucun doute de l’un des péplums les plus audacieux jamais proposés à la télévision, qui nous rappelle qu’« il n’y a pas de plus grande victoire que de mourir en homme libre ». Il faut également souligner la qualité exceptionnelle du doublage français, qui surpasse parfois la charge poétique de la version originale.
Avertissement : l’ordre de visionnement est le suivant : 1) Le Sang des gladiateurs (Blood and Sand); 2) Les Dieux de l’arène (Gods of the Arena); 3) Vengeance; 4) La Guerre des damnés (War of the Damned); 5) House of Ashur. Le visionnement de l’antépisode (Les Dieux de l’arène) avant la première saison est à proscrire afin de ne pas réduire la portée dramatique de certains événements. Starz n’a pas renouvelé la série, mais les producteurs sont en pourparlers avec d’autres diffuseurs. On ne peut donc qu’espérer.
INFO | Les saisons 1 à 5 de Spartacus sont disponibles, en anglais, sur Starz, par l’intermédiaire de Crave ou de Prime Video. Les saisons 1 à 4 sont disponibles en français à l’achat sur diverses plateformes, dont Apple TV.

