À quelques semaines des élections américaines de mi-mandat, de nouvelles données viennent rappeler le poids démographique — et potentiellement électoral — des communautés LGBTQ+. Dans 40 États américains, plus d’un adulte sur dix s’identifie désormais comme LGBTQ+. Un constat qui survient paradoxalement au moment où l’administration Trump élimine les questions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre de nombreuses enquêtes fédérales.
Les personnes LGBTQ+ ne représentent plus une petite minorité concentrée dans quelques grandes villes ou certains États traditionnellement progressistes. Selon une nouvelle étude de la Human Rights Campaign Foundation (HRCF), elles comptent pour plus de 10 % de la population adulte dans 40 des 50 États américains, ainsi que dans la capitale fédérale, Washington.
Et leur présence est loin d’être négligeable dans plusieurs États qui pourraient jouer un rôle important lors des élections de mi-mandat de novembre prochain.
La proportion d’adultes LGBTQ+ atteindrait ainsi 13,3 % en Arizona, 12,5 % au Texas, 11,5 % en Géorgie, 11,1 % en Pennsylvanie et 11 % au Michigan.
À l’échelle nationale, la HRCF estime à quelque 25,6 millions le nombre d’adultes LGBTQ+ aux États-Unis.
Un poids électoral difficile à ignorer
Ces données prennent une signification particulière à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, qui renouvelleront l’ensemble de la Chambre des représentants et une partie du Sénat.
Évidemment, parler d’un « vote LGBTQ+ » homogène serait trompeur. L’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne détermine pas à elle seule les choix politiques d’un électeur ou d’une électrice.
Mais avec plus d’un adulte sur dix s’identifiant comme LGBTQ+ dans une grande majorité des États, les partis peuvent difficilement considérer ces communautés comme un électorat marginal — particulièrement dans les États où quelques milliers de voix peuvent déterminer l’issue d’une élection.
12 % ou 9 %? Une question de méthode
Le chiffre avancé par la HRCF peut toutefois surprendre. En février dernier, Gallup estimait plutôt à 9 % la proportion d’adultes américains s’identifiant comme LGBTQ+, à partir d’une enquête réalisée en 2025.
Il ne faut évidemment pas en conclure que la population LGBTQ+ américaine serait passée de 9 % à 12 % en l’espace d’un an.
Les deux études reposent sur des méthodologies et des enquêtes différentes. Au-delà du pourcentage précis, elles témoignent cependant d’une même tendance : depuis une quinzaine d’années, une proportion grandissante d’Américain·es s’identifie ouvertement comme lesbienne, gai, bisexuel·le, trans ou appartenant à une autre identité de la diversité sexuelle et de genre.
Gallup évaluait cette proportion à seulement 3,5 % en 2012. Elle atteignait 9 % en 2025, une progression largement portée par les jeunes générations.
Plus nombreux, mais moins présents dans les statistiques
C’est ici que les nouvelles données prennent une dimension plus politique.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, son administration a entrepris de retirer les questions concernant l’orientation sexuelle et l’identité de genre de nombreuses enquêtes et bases de données fédérales.
Selon le Williams Institute de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), environ 360 dispositifs statistiques fédéraux auraient ainsi perdu au moins une donnée relative à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.
Une décision qui peut sembler très technique, mais dont les conséquences sont bien réelles.
Les statistiques permettent notamment de mesurer les écarts en matière de santé, d’emploi, de logement ou de revenus, mais aussi de documenter les discriminations et les violences. Lorsqu’on cesse de recueillir ces informations, il devient beaucoup plus difficile de déterminer l’ampleur des problèmes, d’identifier les populations les plus touchées et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques mises en place pour y répondre.
Voilà tout le paradoxe révélé par ces nouvelles données : jamais les communautés LGBTQ+ américaines n’ont semblé aussi nombreuses et visibles, alors que le gouvernement fédéral réduit simultanément les outils permettant de mesurer leurs réalités.
Les quelque 25,6 millions d’adultes LGBTQ+ recensés par la HRCF représentent donc beaucoup plus qu’une statistique ou qu’un potentiel bloc électoral.
Car retirer les personnes LGBTQ+ des questionnaires et des bases de données ne les fait évidemment pas disparaître de la société américaine. Cela les rend simplement plus difficiles à compter — et les inégalités auxquelles elles peuvent être confrontées, plus difficiles à démontrer.

