Dix ans après la chanson qui l’a propulsé·e aux quatre coins de la planète, LP revient avec un nouvel album, Room 12, et une tournée qui fait escale à la Place Bell, le 18 septembre. Portrait d’une voix hors norme devenue, presque sans l’avoir cherché, une véritable icône pour les communautés lesbienne, queer et gaie.
Il suffit de quelques secondes pour reconnaître LP. Un sifflement. Quelques notes de ukulélé. Puis cette voix immense, androgyne, légèrement éraillée, capable de s’envoler dans les aigus avec une puissance presque irréelle. Et puis il y a la silhouette : cheveux bouclés, lunettes fumées, chemise entrouverte, bijoux, tatouages et cette façon d’occuper la scène qui emprunte autant aux rock stars des années 1970 qu’à une esthétique queer résolument contemporaine.
Depuis une dizaine d’années, Laura Pergolizzi — LP — est devenu·e une figure particulièrement aimée des publics lesbiens, queer et gais. Pourtant, contrairement à certaines vedettes pop dont l’identité LGBTQ+ est soigneusement intégrée à l’image publique, LP donne depuis toujours l’impression de n’avoir absolument rien calculé.
Bien avant de remplir des salles sous son propre nom, LP écrivait dans l’ombre pour les autres. Rihanna, Christina Aguilera et Céline Dion figurent notamment parmi les artistes pour lesquels LP a composé. Puis est arrivée « Lost on You », chanson que l’industrie aurait très bien pu laisser passer. La pièce est devenue un phénomène mondial, atteignant le numéro un dans 18 pays et dépassant depuis le milliard d’écoutes sur Spotify. Pourtant, l’artiste ne correspondra jamais vraiment au moule traditionnel de la pop star : pas question de gommer son androgynie, de rendre ses histoires d’amour plus ambiguës pour satisfaire les radios ou de dissimuler les femmes qui les inspirent.
Dans une entrevue accordée à Fugues il y a neuf ans, LP résumait la chose avec une franchise désarmante : « I’m clearly gay as fuck, I don’t hide it. » L’artiste chante le désir, la rupture, la jalousie et la vulnérabilité sans que l’amour entre personnes du même sexe ait besoin d’être expliqué ou justifié. Les femmes aimées existent tout simplement dans les chansons. Cette évidence explique en partie la relation particulière entretenue avec le public queer.
L’industrie n’a pourtant pas toujours accueilli cette différence avec autant d’enthousiasme. LP nous a raconté avoir subi des jugements sur son physique, son âge ou son orientation sexuelle. Sa réponse à ceux qui considéraient qu’une personne pouvait être « trop » ceci ou « trop gay » pour réussir tient en deux mots : « Keep going. » Continuer. Écrire. Devenir meilleur·e. Une philosophie qui résume assez bien sa carrière.
Une icône queer malgré elle
LP utilise aujourd’hui les pronoms they/them en anglais. Mais réduire l’artiste à une identité serait passer à côté de ce qui rend son parcours si singulier. Voir sur de grandes scènes internationales une personne ouvertement queer et androgyne chanter son désir pour les femmes sans detour possède une force symbolique, même lorsque chaque chanson ne se transforme pas en manifeste. Et cette popularité dépasse largement les communautés LGBTQ+. De l’Europe de l’Est à l’Amérique latine, en passant par la France, l’Italie ou le Québec, LP s’est bâti une carrière remarquablement internationale. Car au-delà des étiquettes, il reste cette voix, capable de passer du murmure à ce qui ressemble parfois à un cri de liberté.
Dix ans après Lost on You, bienvenue dans Room 12
La tournée All Is Not Lost célèbre surtout le dixième anniversaire de l’album Lost on You, paru en 2016. Lors des spectacles en tête d’affiche, l’album est interprété dans son intégralité, accompagné de morceaux du nouveau disque. Le concept crée ainsi un dialogue entre deux époques : LP en 2016, sur le point de devenir une vedette internationale sans savoir jusqu’où Lost on You allait voyager, et LP aujourd’hui, après une décennie de tournées, d’amours, de séparations et de bouleversements.
Un nouveau chapiter s’ouvrira le 2 septembre avec la sortie de Room 12, 8e album studio de LP. Deux chansons en donnent déjà un aperçu. La lumineuse Shelly, née d’une conversation avec le producteur Mike Del Rio à propos d’une amie commune nouvellement amoureuse, constitue un rare portrait intime d’une personne de l’entourage de LP. Love Is All I Have renoue plutôt avec le territoire émotionnel où l’artiste excelle : les relations qui se terminent alors que les sentiments refusent de disparaître. Le morceau rassemble les traces de plusieurs ruptures et fait cohabiter le désespoir de vouloir retenir l’autre et le soulagement de réussir enfin à partir.
Cette contradiction traverse depuis longtemps l’univers de LP. L’amour y côtoie la colère; le désir, la perte; la liberté, le regret. Dans les chansons inspirées d’expériences douloureuses, l’artiste dit chercher le moment où quelque chose bascule vers l’espoir — celui où l’artiste peut devenir « the hero of my own story », le héros ou l’héroïne de sa propre histoire.
« Lost on You », encore et toujours
Dix ans plus tard, impossible d’imaginer un concert de LP sans « Lost on You ». Il y a quelque chose d’assez beau dans le fait qu’une chanson sur la perte soit devenue celle qui a tant donné à son interprète : une carrière internationale et un public queer qui s’est reconnu dans une personne refusant de modifier son apparence, sa voix ou les personnes qu’elle aime pour correspondre à ce qu’une vedette était supposée être. Le titre de la nouvelle tournée — All Is Not Lost (Tout n’est pas perdu) — semble d’ailleurs répondre à celui de la chanson : Lost on You. Le 18 septembre, à la Place Bell, on pourra surtout mesurer tout le chemin parcouru en dix ans.
INFOS | LP — All Is Not Lost Tour, 18 septembre 2026, 20 h, Place Bell, Laval
Room 12 paraît le 2 septembre 2026.
https://evenko.ca/fr/evenements/place-bell/lp?code=e008211
https://www.iamlp.com

