On était sur son canapé bleu. Il a complimenté mes boucles. J’ai mentionné que je les laisserais bientôt pousser jusqu’aux omoplates. Son visage s’est transformé. Il m’a conseillé de ne pas aller de l’avant, parce que c’était moins masculin et qu’il ne serait probablement plus attiré par moi… Si vous saviez à quel point je lui ai remis au visage son homophobie intériorisée !
Était-il simplement un gars qui exprimait ses goûts personnels ? La réponse est non. Au début de l’année 2026, j’ai matché avec un bel Américain établi à Montréal depuis des années. Après m’avoir ajouté sur Instagram, il s’est dit rassuré de voir un peu de queerness dans mon look, parce qu’il trouvait mon esthétique un peu plus « butch » sur mes photos Tinder. Je me suis d’abord étouffé avec ma salive, n’ayant jamais cru correspondre au cliché « full mascu bro ». Ensuite, je lui ai demandé pourquoi ça le soulageait. Il a répondu qu’il se sentirait sûrement plus à l’aise pour exprimer sa propre queerness en ma compagnie.
Quand je me suis retrouvé chez lui, un soir frisquet de fin janvier, il a complimenté mes yeux, les traits de mon visage et mon physique, en plus d’exprimer son envie de coucher avec moi… avant d’affirmer que mes futurs cheveux longs ne seraient pas assez masc pour lui. En d’autres mots : il avait peur que je le juge, mais il s’est permis de me juger.
Comble de l’ironie, je remettais en question depuis des semaines le retour de ma crinière de lion exactement pour cette raison : ça change complètement l’intérêt que les hommes me portent. Tous mes amis gais aux cheveux longs ont vécu le même scénario. Même s’ils sont d’une beauté renversante et que leurs tignasses ne ressemblent pas aux cheveux grichoux qui ont besoin d’un shampoing, ils pognent mille fois moins, ils se font dire que leurs cheveux sont féminins et qu’ils devraient les couper.
Cette perception des cheveux longs est le résultat des codes genrés de notre époque. Tout comme les femmes aux cheveux courts se font encore dire qu’elles ont l’air plus masculines. On parle ici de biais cognitifs. Ceux-ci nous influencent à travers la pub, les médias, la télé, le cinéma et les réseaux sociaux. Néanmoins, plusieurs gais pensent qu’ils « font juste moins aimer les cheveux courts chez un gars ». Ils ne réalisent pas que la société a façonné leur esprit pour qu’ils rejettent les hommes aux cheveux longs et pour qu’ils voient cette expression de genre dite « féminine » de façon négative. On parle ici de misogynie cachée derrière l’homophobie.
C’est quoi le rapport ? Sachez que les gais qui pensent de cette façon sont pour la plupart des gars qui font des pieds et des mains pour correspondre aux clichés de la masculinité, afin de convaincre tout le monde qu’ils sont de « vrais hommes », même s’ils aiment jouer avec des pénis. Comme une façon de « compenser » pour leur orientation sexuelle qui serait, à leurs yeux, un défaut de fabrication. Ainsi, quand ils rejettent des gais aux cheveux longs, ils rejettent surtout une perception de la féminité qui s’éloigne de leur masculinité performée.
Malgré mon analyse initiale, j’ai tenté de me mettre à leur place en imaginant ma réaction si un mec se laissait pousser une très longue barbe de 25 centimètres. D’emblée, je ne serais pas attiré par son style et je prétendrais exprimer de simples préférences personnelles. Donc, pourrions-nous affirmer que ma posture serait équivalente au dégoût des cheveux longs ? Peut-être… sauf si ce dégoût dénotait l’homophobie intériorisée décrite plus tôt. Petite confidence : j’ai songé à garder mes cheveux courts pour ne pas me priver de bons partis. Je vous jure ! J’ai envisagé de laisser ma porte ouverte aux gars qui font preuve d’homophobie intériorisée en me disant qu’ils sont les produits de leur société et non des êtres fondamentalement mauvais. Pourtant, leur vision du monde dénote une haine d’eux-mêmes, une incapacité à se libérer des codes qui les rassurent sur leur prétendue masculinité (cheveux, muscles, grandeur, look, etc.) et surtout… un manque d’introspection. S’ils se butent à dire « j’aime juste pas les gars aux cheveux longs, ce sont mes goûts pis j’ai le droit », sans approfondir la question,
ils expriment surtout leur amour des réflexions de surface. Très peu pour moi.
Au final, j’ai décidé de retrouver ma crinière d’ici deux ans (ça prend du temps !). Pas parce que je me sens moi-même seulement avec une longueur ou une autre. Pas en guise de fuck you à l’Américain qui m’a rejeté. Pas non plus comme une façon d’affirmer ma queerness. Simplement parce que mes longues boucles me permettent d’être mille fois plus créatif d’un point de vue capillaire. Et parce que j’ai toujours trouvé les hommes aux cheveux longs crissement chauds ! Mon nouvel objectif est d’avoir des cheveux comme Aragorn, Legolas et Éomer dans Le Seigneur des anneaux, ou encore ceux des Vikings à travers l’histoire. Y a-t-il une personne parmi vous qui remet en question leur masculinité ?

