Dimanche, 29 mars 2026
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    Farah, expulsée deux fois, la politique américaine ignore la réalité des vies queer

    L’histoire de Farah, une jeune Marocaine de 21 ans, rappelle brutalement une réalité que l’on préfère parfois oublier dans les débats abstraits sur l’immigration : derrière les statistiques et les politiques frontalières se trouvent des vies humaines, souvent déjà marquées par la violence. Et dans certains cas, comme celui de cette demandeuse d’asile lesbienne, ces politiques peuvent exposer des personnes LGBTQ+ à des dangers bien réels.

    Selon une enquête de l’agence Associated Press, Farah a été expulsée en janvier dernier des États-Unis vers le Cameroun, un pays où les relations entre personnes de même sexe sont criminalisées et passibles de cinq ans de prison. Elle faisait partie d’un groupe de migrant·e·s envoyé·e·s vers des « pays tiers » dans le cadre de la politique migratoire de l’administration Trump, entamée au début de son second mandat en 2025.

    Pour Farah, cette décision a eu des conséquences immédiates et concrètes : elle s’est retrouvée enfermée dans un pays où son orientation sexuelle constitue un crime. Plutôt que d’y rester, elle a finalement choisi de retourner au Maroc — un pays qu’elle avait justement fui pour échapper à la violence et aux menaces de mort liées à son homosexualité.

    Une fuite motivée par la survie
    Avant de quitter le Maroc, Farah affirme avoir été battue par sa propre famille ainsi que par celle de sa compagne. Selon son témoignage, certains proches auraient même tenté de la tuer après l’avoir retrouvée dans une ville où elle pensait être à l’abri.

    Avec sa partenaire, elle décide alors de quitter le pays. Leur itinéraire les mène d’abord au Brésil, puis vers la frontière américaine, où elles espèrent obtenir l’asile. À leur arrivée, au début de 2025, Farah raconte avoir eu le sentiment que leurs efforts avaient enfin payé.

    Mais l’espoir se transforme rapidement en impasse. La jeune femme passera près d’un an en centre de détention pour migrant·e·s, d’abord en Arizona, puis en Louisiane.

    Sa demande d’asile est finalement refusée. Toutefois, un juge lui accorde une ordonnance de protection interdisant son expulsion vers le Maroc, reconnaissant le danger que représenterait un retour dans son pays d’origine. Sa compagne, elle, n’obtient pas cette protection et est expulsée.

    Quelques jours avant une audience qui devait examiner sa libération, Farah est menottée par des agents de l’ICE — la police de l’immigration américaine — et placée dans un avion vers le Cameroun.

    La stratégie controversée des « pays tiers »
    Le cas de Farah s’inscrit dans une politique migratoire plus large. Depuis janvier 2025, plusieurs dizaines de migrant·e·s auraient été expulsé·e·s vers des pays autres que le leur, parfois malgré des décisions judiciaires censées leur offrir une protection.

    Le Cameroun fait partie d’un groupe de pays africains — avec notamment le Rwanda, l’Ouganda ou le Ghana — qui auraient accepté d’accueillir des ressortissant·e·s de pays tiers expulsé·e·s par les États-Unis. Selon des documents du Département d’État, certains de ces accords se seraient accompagnés de compensations financières.

    Un rapport publié récemment par des membres démocrates de la commission des affaires étrangères du Sénat estime que l’administration Trump aurait dépensé au moins 40 millions de dollars pour organiser l’expulsion d’environ 300 migrant·e·s vers ces pays.

    Pour les défenseur·e·s des droits humains, cette pratique soulève des questions juridiques et éthiques importantes. L’un des principes fondamentaux du droit d’asile est celui de la non-refoulement : un État ne devrait pas renvoyer une personne vers un endroit où elle risque d’être persécutée.

    Dans le cas des personnes LGBTQ+, cette question est particulièrement sensible, puisque l’homosexualité demeure criminalisée dans plus de 60 pays.

    Une réalité que les politiques migratoires peinent à reconnaître
    Pour un auditoire queer québécois, l’histoire de Farah résonne comme un rappel brutal de la fragilité des protections internationales pour les minorités sexuelles.

    Au Canada — malgré ses propres débats sur l’immigration et l’asile — les demandes fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont reconnues depuis plusieurs années comme des motifs légitimes de protection. Cela dit même lorsque ces protections existent sur papier, leur application peut être inégale dans les faits.

    L’expérience de Farah illustre aussi une contradiction profonde : les États occidentaux se présentent souvent comme des défenseurs des droits LGBTQ+ sur la scène internationale, tout en adoptant des politiques migratoires qui peuvent exposer des personnes queer à des régimes ouvertement hostiles.

    Dans un contexte politique marqué par une polarisation croissante autour des questions migratoires, les considérations humanitaires passent parfois au second plan.

    Une histoire parmi d’autres
    Farah a finalement choisi de retourner au Maroc, malgré les risques. Elle y vit aujourd’hui avec la peur constante d’être retrouvée par sa famille.

    Son histoire n’est malheureusement pas unique. Des organisations internationales documentent régulièrement les obstacles rencontrés par les personnes LGBTQ+ dans les systèmes d’asile : détention prolongée, incrédulité face à leur orientation sexuelle, ou renvoi vers des pays jugés « sûrs » malgré des réalités locales bien différentes.

    Pour les communautés queer qui vivent dans des sociétés relativement plus sécuritaires, ces histoires rappellent que la protection des droits LGBTQ+ reste profondément inégale à l’échelle mondiale.

    Et que, pour certaines personnes, aimer quelqu’un du même sexe demeure encore une question de survie.

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