Lundi, 27 avril 2026
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    Oscars : une soirée souvent problématique pour les artistes LGBTQ+

    Chaque année, les Oscars représentent le sommet du glamour hollywoodien. Mais derrière les robes haute couture et les discours émouvants, l’histoire de la relation entre l’Académie et les artistes LGBTQ+ demeure complexe — faite d’avancées marquantes, mais aussi de nombreuses occasions manquées. Depuis plusieurs décennies, les Oscars oscillent entre reconnaissance et invisibilisation des réalités queer. Si certains films ou artistes ont réussi à marquer l’histoire, la représentation des créateurs et interprètes LGBTQ+ reste encore aujourd’hui inégale. Alors que la cérémonie de remsies des Oscars se tiendra ce weekend, retour sur l’histoire des Oscars…

    Des moments marquants pour le cinéma queer
    En 2005, un tournant majeur survient lorsque Brokeback Mountain d’Ang Lee récolte trois Oscars sur huit nominations. Ce western romantique racontant l’histoire d’amour clandestine entre deux cowboys devient un phénomène culturel et propulse le cinéma queer dans le courant dominant.

    Jusqu’alors, les films explorant la complexité de l’expérience LGBTQ+ avaient souvent été ignorés par l’Académie, à quelques exceptions près. Brokeback Mountain change la donne, même si le film subit un affront notable en perdant l’Oscar du meilleur film au profit de Crash — une décision encore controversée aujourd’hui.

    Un autre moment historique survient en 2017 lorsque Moonlight remporte l’Oscar du meilleur film. Ce drame intime sur l’identité, la masculinité et l’amour devient à la fois le premier film LGBTQ+ et le premier film avec une distribution principale entièrement noire à remporter la prestigieuse statuette.

    Plus récemment, l’actrice espagnole Karla Sofía Gascón est entrée dans l’histoire en devenant la première personne trans nommée dans une catégorie d’interprétation pour son rôle dans la comédie musicale trans Emilia Pérez.

    Cependant, cette nomination historique a été rapidement éclipsée par une controverse lorsque d’anciens messages publiés sur les réseaux sociaux — exprimant notamment des propos islamophobes et critiquant les politiques de diversité des Oscars — ont refait surface. L’actrice s’est depuis excusée.

    Malgré ces percées, les films queer demeurent largement sous-représentés aux Oscars. L’édition de 2026 en est un exemple frappant : seulement trois films LGBTQ+ ont obtenu des nominations, noyés dans une mer de productions majoritairement hétérosexuelles et cisgenres.

    Quand les rôles queer rapportent… surtout aux acteurs hétéros
    Une autre tendance frappante se dessine dans l’histoire des Oscars : les acteurs hétérosexuels remportent régulièrement des prix pour avoir interprété des personnages LGBTQ+, alors que les acteurs queer eux-mêmes sont rarement récompensés.

    Certains lauréats étaient queer, mais leur orientation sexuelle n’était pas publique à l’époque. Marlon Brando, souvent considéré comme bisexuel, remporte deux Oscars du meilleur acteur pour On the Waterfront (1954) et The Godfather(1972). Ce n’est que plus tard qu’il confiera avoir vécu des expériences homosexuelles.

    Dans les années 1990, Kevin Spacey remporte deux Oscars — un pour The Usual Suspects et un autre pour American Beauty. Son homosexualité ne sera révélée publiquement qu’après les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui.

    Pendant longtemps, Ian McKellen fut le seul acteur ouvertement gai à recevoir une nomination aux Oscars dans une catégorie d’interprétation. Il a été nommé pour Gods and Monsters et The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring.

    Il faudra attendre 2024 pour qu’un autre acteur ouvertement gai, Colman Domingo, soit nommé pour son rôle dans Rustin. L’acteur est à nouveau en lice cette année pour Sing Sing.

    Du côté des actrices, le bilan est tout aussi mince. Jodie Foster demeure la seule femme queer à avoir remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour un rôle principal — pour The Accused (1988) et The Silence of the Lambs (1991). Elle n’avait toutefois pas encore fait son coming out à l’époque.

    Des succès ailleurs dans les catégories
    Les artistes LGBTQ+ ont toutefois obtenu davantage de reconnaissance dans d’autres catégories.

    Des icônes de la musique comme Elton John, Melissa Etheridge, Stephen Sondheim et Howard Ashman ont remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale.

    En 2016, Sam Smith crée même une controverse en affirmant dans son discours être la première personne ouvertement gaie à gagner un Oscar — une déclaration rapidement contestée par Dustin Lance Black, qui avait remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Milk en 2008.

    Parmi les autres créateurs queer récompensés figurent :

    • Bill Condon, Oscar du meilleur scénario adapté pour Gods and Monsters

    • Alan Ball, Oscar du meilleur scénario original pour American Beauty

    • John Schlesinger, Oscar du meilleur réalisateur pour Midnight Cowboy

    Les films queer : oui… mais sous certaines conditions
    Aujourd’hui, les films LGBTQ+ obtiennent davantage d’attention aux Oscars. Mais l’Académie semble favoriser un type de récit très particulier : les histoires d’amour tragiques entre hommes gais, souvent interprétés par des acteurs hétéros.

    Cette tendance remonte notamment à 1985 lorsque William Hurt remporte l’Oscar du meilleur acteur pour Kiss of the Spider Woman. Puis, en 1993, Tom Hanks gagne l’Oscar pour Philadelphia, film marquant sur la crise du sida.

    Si ce prix a été salué comme une avancée, plusieurs militants LGBTQ+ avaient alors critiqué le fait qu’un acteur hétérosexuel soit récompensé pour incarner un personnage gai.

    Dans les années suivantes, d’autres acteurs hétéros remporteront des Oscars pour des rôles queer : Sean Penn pour Milk, Rami Malek pour Bohemian Rhapsody, ou encore Nicole Kidman, Charlize Theron, Natalie Portman et Olivia Colman pour des rôles liés à des personnages queer.

    Où sont les acteurs queer?
    Un autre problème récurrent concerne la représentation des personnes trans à l’écran. L’Académie a souvent récompensé des acteurs cisgenres pour avoir incarné des personnages trans — notamment Hilary Swank, Jared Leto ou Eddie Redmayne.

    Cette question est explorée en profondeur dans le documentaire Disclosure, qui examine les effets de ces choix de distribution sur la perception des personnes trans.

    À ce jour, aucun acteur trans n’a remporté un Oscar pour avoir interprété un personnage trans.

    Selon Jeremy Blacklow, responsable des médias de divertissement chez GLAAD, cette situation s’explique en grande partie par une discrimination structurelle à Hollywood.

    « Les acteurs LGBTQ+ ont longtemps été confrontés à une discrimination flagrante en matière d’emploi et ont souvent eu l’impression devoir cacher leur orientation sexuelle ou leur identité de genre pour pouvoir travailler », expliquait-il récemment dans Vanity Fair.

    Un avenir encore incertain
    Les signes d’évolution existent toutefois. En 2025, l’actrice queer Cynthia Erivo a été nommée pour sa performance dans Wicked, tandis que Colman Domingo obtenait une nouvelle nomination.

    La comédie musicale trans Emilia Pérez a également marqué les esprits avec pas moins de 13 nominations, tandis que le documentaire Elton John: Never Too Late a été nommé pour la meilleure chanson originale.

    Malgré ces avancées, les Oscars de 2026 semblent marquer un recul, avec très peu de films queer dans les catégories principales. L’Académie finira-t-elle par refléter pleinement la diversité de l’industrie du cinéma? La réponse reste incertaine. Mais une chose est claire : l’histoire des Oscars et du cinéma LGBTQ+ est encore en train de s’écrire.

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