Meta fait face à une nouvelle vague de critiques après la suspension de plus de 100 comptes liés aux communautés LGBTQ+, à la santé sexuelle, aux arts et au militantisme queer sur Instagram au cours du seul mois d’avril.
Selon l’organisme de surveillance Repro Uncensored, cette série de suppressions s’inscrit dans un problème beaucoup plus vaste : la modération des plateformes de Meta toucherait de manière disproportionnée les contenus queer, éducatifs et liés au corps et à la sexualité. Et pour plusieurs militants, le problème n’a plus rien d’accidentel.
Des comptes LGBTQ+ constamment dans la ligne de mire
La controverse a repris de l’ampleur après la suppression du compte Instagram de Bellesa Boutique, une entreprise spécialisée dans le bien-être sexuel qui comptait plus de 700 000 abonnés.
Le compte publiait principalement du contenu sur la santé sexuelle, le plaisir et l’éducation intime — des sujets qui demeurent régulièrement ciblés par les systèmes automatisés de Meta, particulièrement lorsqu’ils concernent les femmes ou les communautés LGBTQ+.
La PDG de l’entreprise, Michelle Shnaidman, affirme que Meta n’a jamais fourni d’explication claire avant la fermeture du compte. L’entreprise soutient même que certaines publications auraient été pénalisées simplement pour avoir utilisé le mot « clitoris ».
Un exemple qui illustre parfaitement ce que plusieurs dénoncent depuis des années : les algorithmes de modération semblent souvent incapables — ou peu intéressés — à distinguer l’éducation sexuelle, la santé ou l’expression queer de contenus jugés « inappropriés ».
Meta invoque ses politiques… encore une fois
Dans une déclaration transmise à Mashable, Meta affirme que le compte de Bellesa avait enfreint ses politiques concernant la sollicitation sexuelle.
L’entreprise insiste également sur le fait que ses règles s’appliquent de la même manière à tous les utilisateurs et rejette les accusations de discrimination envers certaines communautés.
Mais ce discours commence à convaincre de moins en moins de gens.Car chaque nouvelle vague de suspensions semble toucher les mêmes types de contenus : sexualité queer, santé reproductive, art queer, drag, militantisme LGBTQ+ ou éducation sexuelle.
Pendant ce temps, les plateformes de Meta continuent d’être régulièrement critiquées pour leur incapacité à freiner efficacement les discours haineux, la désinformation et les campagnes d’extrême droite. Pour plusieurs observateurs, le contraste devient difficile à ignorer.
Une « modération » qui fragilise les communautés
Selon Repro Uncensored, les comptes suspendus ne sont pas de simples vitrines commerciales ou des profils d’influenceurs. « Ces espaces fonctionnent comme de véritables infrastructures communautaires », rappelle l’organisation.
Pour plusieurs personnes LGBTQ+, particulièrement dans des régions plus isolées ou conservatrices, Instagram et Facebook servent souvent d’espaces d’information, de soutien psychologique, d’éducation sexuelle et de mobilisation communautaire.
Lorsqu’un compte disparaît soudainement, ce ne sont pas seulement des abonnés qui sont perdus : ce sont des réseaux entiers de solidarité, de visibilité et de partage de connaissances qui sont fragilisés.
Et contrairement aux grandes entreprises médiatiques traditionnelles, plusieurs organismes queer n’ont ni les ressources ni les contacts nécessaires pour récupérer rapidement leurs plateformes lorsqu’elles sont suspendues.
Des « erreurs » qui se répètent constamment
Meta affirme que plusieurs comptes mentionnés par Repro Uncensored ont depuis été restaurés et reconnaît que certaines suspensions ont été imposées « par erreur ».
Mais cette défense soulève elle-même une autre question : combien de fois une erreur peut-elle se répéter avant qu’elle cesse d’en être une?
Ce n’est pas la première fois que Meta est accusée de censurer ou de limiter des contenus LGBTQ+. Il y a quelques mois, le conseil de surveillance indépendant de l’entreprise avait conclu qu’Instagram avait supprimé à tort une publication célébrant la visibilité lesbienne provenant d’un compte brésilien.
En décembre dernier, plus de 50 organisations queer et groupes de défense des droits reproductifs avaient également dénoncé ce qu’elles qualifiaient comme « l’une des plus importantes vagues de censure » observées sur les plateformes de Meta.
Plus récemment encore, l’entreprise australienne Sydney Sauna affirmait avoir perdu définitivement son compte Instagram sans avertissement préalable.
À force de répétition, plusieurs militants ne parlent plus simplement de défaillances techniques ou de modération excessive. Ils parlent désormais d’un biais systémique.
Le corps queer demeure perçu comme problématique
Le cœur du problème est peut-être là. Depuis des années, les plateformes numériques traitent souvent les corps queer, la sexualité LGBTQ+ et l’éducation sexuelle comme des contenus intrinsèquement sensibles, risqués ou potentiellement inappropriés.
Cette logique produit une situation absurde où des contenus éducatifs, artistiques ou militants sont régulièrement supprimés, alors que des publications sexualisées hétéronormatives ou certains contenus haineux demeurent parfois visibles beaucoup plus longtemps.
Pour plusieurs créateurs et militants LGBTQ+, cette réalité crée un climat constant d’autocensure. Quels mots peut-on utiliser? Quels corps peut-on montrer? Quels sujets deviennent « trop explicites » lorsqu’ils concernent des personnes queer?
À une époque où les réseaux sociaux sont devenus essentiels à la visibilité des communautés LGBTQ+, ces décisions algorithmiques ont des conséquences bien réelles.
Et chaque nouvelle suspension rappelle une vérité de plus en plus difficile à ignorer : malgré ses discours sur l’inclusion, Meta continue de traiter une partie importante de l’existence queer comme un problème à contrôler plutôt qu’une réalité à protéger.

