Est-il trop tard pour encore parler des messages de haine reçus par Cédrik Verreault, l’attaché de presse du maire de Québec, Bruno Marchand ? La Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie est passée, néanmoins le 17 mai n’est qu’un rappel que le combat doit se poursuivre tout au long de l’année.
Cédrik Verreault a eu le courage de rendre publics les messages orduriers qu’il a reçus. Combien de personnes 2SLGBTQ+ sont encore victimes de la violence de certains propos et parfois d’agressions physiques ? Combien n’ont pas la possibilité, comme Cédrik Verreault, de dénoncer ce qu’elles subissent ? En ce sens, il ne faut pas se taire et rappeler, encore et encore, que nous n’accepterons jamais de nous taire, de plier devant ce « terrorisme hétéronormatif » qui, malheureusement, a encore pignon sur rue, sans être réellement inquiété.
Nous avons toustes été, un jour dans nos vies, victimes de harcèlement, de violence verbale et physique, et nous en gardons les traces. En ce sens, le 500e numéro de Fugues, (l’édition de mai 2026) est aussi un rappel des luttes menées, mais aussi de celles qui restent à faire à travers la voix de personnes engagées, de longue date ou récemment. Nous devons être solidaires, entre autres, de tous les organismes qui, depuis de nombreuses années, dispensent un message d’ouverture ou ont, comme la Fondation Émergence, mis sur pied cette Journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Le 17 mai est un symbole rappelant la nécessité de se tenir debout face à l’adversité. Cédrik Verreault a heureusement reçu des messages de soutien de toute la classe politique, rappelant que de tels comportements étaient inadmissibles. On peut les remercier de ce soutien. Mais on peut aussi s’interroger sur les actions supplémentaires que pourrait prendre le gouvernement, pour s’attaquer vraiment à l’homophobie et à la transphobie. Des ministres rappelleront l’existence du Bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, du plan d’action gouvernemental de lutte ou encore le financement des organismes dont la mission est la sensibilisation et l’information pour l’inclusion des personnes de la diversité sexuelle et de genre. Mais est-ce suffisant ?
Sans oublier les contradictions qui sont nées et creusent un écart entre les intentions et les actes. Pour rappel, le gouvernement qui a signé le nouveau plan d’action a aussi, sans consulter les communautés, mis sur pied un Comité des sages pour «réfléchir» aux transitions de genre chez les plus jeunes. Aucune personne trans ne siégeait sur le comité. Le même gouvernement a décidé que les prisons ne tiendraient pas compte de l’identité de genre, mais du sexe biologique à la naissance, incarcérant des femmes trans dans des prisons pour hommes. On pourrait ajouter les réticences à intégrer l’écriture inclusive dans toutes les communications gouvernementales.
Il ne suffit pas, en tant qu’ élu.e.s, de se répandre devant les micros en rappelant que les messages de haine, « c’est pas bien ! », pour soutenir Cédrik Verreault. Ce n’est plus suffisant. Il faut clairement — et fortement — dénoncer les discours haineux portés par des groupes conservateurs et/ou religieux et, osons le dire, d’extrême droite. Le plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie signale dès la première page, en intertitre, Un Québec engagé pour le respect des droits…, c’est-à-dire un rappel des valeurs défendues et protégées par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Bien sûr, des mesures ont été prises pour que cette Charte ne soit pas qu’une simple déclaration d’intention. Mais ces mesures doivent être actualisées et répondre adéquatement aux changements dont nous sommes témoins aujourd’hui : un recul pour les personnes 2ELGBTQ+ au Québec comme ailleurs.
Depuis quelques mois, les organismes québécois 2ELGBTQI+ ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Encore une fois, leur inquiétude s’est manifestée avec les propos haineux tenus contre l’attaché de presse du maire de Québec. Comme le soulignait Laurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence, sur le site de l’organisme : « Ils (ces propos) témoignent d’une banalisation grandissante de la haine dans l’espace public, y compris ici, au Québec. »
Un constat partagé par l’ONU, qui se déclare préoccupée par la discrimination persistante au Canada et qui invite Ottawa à renforcer les programmes de formation destinés aux fonctionnaires, aux agents des forces de l’ordre et à intensifier la sensibilisation du public aux droits de la personne.
Il faut peut-être passer de l’indignation à l’action. Entre autres, les élections provinciales s’en viennent et il faudra interpeller les différents partis sur leur programme à l’égard des groupes minorisés 2ELGBTQI+. Leur rappeler aussi que nous ne nous contenterons pas simplement de promesses. Nous demanderons des comptes, quelle que soit la couleur du parti au pouvoir.
Les propos haineux, racistes, misogynes, homophobes et transphobes peuvent être condamnés par la justice. Bien évidemment, sur les réseaux sociaux, l’anonymat évite souvent toute poursuite contre celles et ceux qui les utilisent comme déversoir de leur haine. Les dirigeants des réseaux sociaux devraient aussi s’assurer que leurs plateformes ne soient pas des vecteurs de propos appelant à la violence. En somme, il nous faut redoubler de vigilance, faire entendre nos voix et peut-être répéter les engagements du 17 mai tous les jours de l’année.

