Mercredi, 7 Décembre 2022
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    Bouffée de chaleur

    Quelques jours à peine et on pourra d’ores et déjà dire adieu au plus bel été de ces dernières années. Pourtant, on semble oublier que le beau temps s’étend souvent au-delà de la date fatidique du 21 septembre. Et c’est pas moi qui va s’en plaindre car c’est en septembre (comme dans la belle chanson de Gilbert Bécaud) que se concentre tout mon été.

    A défaut de faire le tour du Québec comme je me le promets à chaque été, j’irai au moins une fois aux chutes 69, au Spa Balnéa, souper chez mon ami Frédéric à Eastman, pisser dans mes culottes à la Ronde (parce que chu le genre de fille qu’y’a peur dans la Pitoune), m’évader quelques jours à New York pour voir des Musicals ou à San Francisco pour voir des fesses poilues au Folsom Street Fair et si la température le permet, peut-être j’irai même me faire bronzer toute nue sur la plage d’Oka ou sur le top de la montagne au Camping Plein Bois. 

    Que de beaux projets, j’me peux pus, l’été est loin d’être fini mes touts p’tits. Mais en ce moment on est ben trop occupé à nous parler de la rentrée pour que je me soucie de ce que je vais faire en septembre. 

    Rentrée scolaire aux accents de petits carrés rouges, rentrée télévisuelle qui ne pourrait pas plus me laisser indifférente que les premiers mots d’Eddy et Nelson, rentrée culturelle qui risque de m’intéresser davantage quand sera venu le temps de téter des billets à René-Richard Cyr pour aller applaudir à tout rompre sa version musicale de Ste-Carmen de la Main et rentrée parlementaire à la saveur d’une autre élection provinciale qui me laisse pantoise devant les grossièretés et les âneries qui sortent de la bouche de nos politichiens pendant cette campagne estivale ennuyante comme une veillée dans un centre de personnes âgées (sauf les soirs de Bingo, parce que là ça brasse). 

    Dans le cas d’une fille comme moi qui travaille depuis 25 ans dans un milieu qui est à des jours et des lunes de la réalité de monsieur et madame tout l’monde, la rentrée ça ne veut pas dire grand-chose. Moi ma rentrée c’est au printemps que je la fais. Et ça fait longtemps que je ne vais plus à l’école (les toilettes de l’UQAM ça ne compte pas!) mais ça ne m’empêche pas d’être heureuse de voir débarquer un peu de chair fraiche venue des régions. 

    Enfin de parfaits inconnus qui ne risquent pas de me reconnaitre dans un couloir de sauna. Code régional 819, mon corps est prêt à se sacrifier pour votre première expérience montréalaise! Et même si j’ai laissé loin derrière moi mes souvenirs d’écolière, je ne peux m’empêcher d’être excitée comme une vierge le soir de ses noces quand je vois les mots : «Vente pour la rentrée» dans une vitrine du centre-ville! 

    Ça me rappelle quand ma mère m’emmenait magasiner pour renouveler ma garde-robe scolaire chez Sears aux Galeries d’Anjou. Col roulé jaune moutarde, pantalon brun en jersey extensible, souliers Pepsi, doux Jésus que la mode était donc belle dans ce temps-là. Mais l’école c’est pas juste une question de look, oh que non, il faut travailler fort si on veut être compétitif avec les Asiatiques, n’est-ce pas monsieur Legault! Et l’école ça peut être ben chiant quand ça fait 4 fois que tu coules ton cours de philosophie au Cegep parce que le vieux schnock qui donnait le cours ne semblait pas comprendre que les 3 tomes, de 400 pages chaque écrits en caractères lilliputiens, des Essais de Montaigne, qui datent de 1572, c’est pas le genre de lecture qui inspirait à la réflexion la jeune femme moderne que j’étais. 

    Comme je plains la génération après moi qui a probablement dû se taper la Prophétie des Andes et la philosophie de matante de Paulo Coelho. Ce n’est pas pour rien que je me suis retrouvée à l’option théâtre de l’UQAM. J’étais beaucoup plus dans mon élément en soubrette de Molière et en belle-sœur de Tremblay qu’à me poser des questions du genre : «Qu’est-ce que l’Homme? Que suis-je, moi, dans ce monde?». Non mais on s’en branle la rosette de Lyon! L’Homme quand il se prend trop au sérieux c’est parfois un gros épais (n’essayez pas de me poursuivre Docteur Barrette, j’utilise ici le mot gros comme un adjectif) et moi, ce que je suis dans ce monde, je suis Dieu, je l’ai déjà dit cent fois! Maudit cours plate! J’haïssais, j’haïs et j’haïrai toujours la philo! Après on se demande pourquoi les jeunes décrochent! Heureusement qu’il y avait Passe-Partout pour répondre à toutes nos questions existentialistes sinon tous ceux qui ont coulé leur cours de philo seraient sûrement bipolaires aujourd’hui. 

    Et que pourrais-je bien vous dire sur la rentrée télé que vous n’avez pas encore vue sur la couverture d’un magazine à potins dans le line up de chez Pharmaprix? C’est pas la nouvelle cuvée 2012-2013 qui risque de m’exciter le poil de la raie car depuis que je n’ai plus le câble et que je peux choisir ce que j’ai envie de voir à l’heure que je veux sur internet ou sur Netflix, je ne ressens pas l’impatience de savoir qui sera la nouvelle prof dans 30 Vies non plus que de me taper une autre émission de cuisine animée par un quelconque Curieux Taouin. Mais par contre, c’est avec grande impatience et beaucoup d’excitation que j’attends la rentrée théâtrale, la seule vraie rentrée qui me fait frétiller et applaudir de la noune. 

    Ah le théâtre, que serais-je sans lui? Probablement accro aux télés-réalités! Mais je n’aime pas que le théâtre dans la vie. J’ai tout aussi hâte d’entendre les suggestions littéraires des chroniqueurs culturels, de retrouver mon siège réservé à l’Opéra et de rêver en feuilletant le catalogue du Festival du Nouveau Cinéma. 

    D’ailleurs, j’me demande encore pourquoi nos gouvernements n’en font pas un élément essentiel de leur programme de parti. On dira bien ce qu’on voudra mais les vrais remèdes à la morosité d’un peuple sont dans sa culture. Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs, que le cinéma nous divertit, que la lecture nous instruit et qu’il n’y a pas meilleure thérapie que le rire? Trouvez-moi un chef qui va me parler de culture avant de me parler d’économie et de santé et je vote pour lui les yeux fermés. (sauf s’il s’appelle Jean Charest!) 

    Mais ne vous en faites pas, j’aurai les yeux bien ouverts quand viendra le temps de choisir celui ou celle qui pourra le mieux s’investir dans la vie de mon quartier et défendre mes intérêts à Québec. Parce que oui, je vote d’abord pour l’être humain avant même de me soucier à quel parti il appartient (sauf s’il appartient au parti de Jean Charest). Si on faisait tous pareil, on arrêterait de se plaindre qu’on a les politiciens qu’on mérite. Parce que c’est pas vrai qu’on a mérité le pire premier ministre des 100 dernières années, qui n’a jamais été élu par une vraie majorité, quand on sait qu’une bonne partie de la population n’a pas voté pour lui ou n’est jamais allé voter. 

    Alors c’est décidé, le 4 septembre je vote avec ma tête et avec mon coeur. Et j’espère que vous en ferez tout autant. Ça suffit les votes stratégiques pour faire tomber un parti, même si ce n’est pas l’envie qui manque pour s’assurer la défaite des libéraux de Jean Charest (je l’ai-tu assez dit que je voterai pas pour lui?) Car si on veut être bien représenté et avoir du vrai changement c’est pas en votant pour le/la moins pire qu’on va l’avoir. 

    Si la tendance se maintient, je sens que je vais porter fièrement la moustache avant le mois de novembre. Bonne rentrée mes chéris, moé j’m’en vas lire des bandes dessinées effouerrée dans le gazon devant la track de chemin de fer près du marché Atwater. Qui m’aime me suive!

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