Lundi, 4 juillet 2022
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    Rouge comme l’été

    Au moment où je vous écris, je ne sais pas encore si les étudiants ont fucké le Grand Prix ou si notre Premier minus est toujours aussi amorphe et incompétent, mais une chose est sûre, la crise sociale qui s’abat sur le Québec ne semble pas décourager les touristes de venir à Montréal, parce que si j’en juge par la quantité d’Américains qu’il y a en ville depuis quelques semaines, la saison touristique 2012 ne s’annonce pas pire qu’une autre.

    Ah! ces chers Américains qui gueulent toujours plus fort que tout l’monde et qui ne manquent pas une occasion de nous rappeler qu’ils sont le centre du monde! Toujours autant de classe! Mais ils ne sont pas les seuls à se croire supérieurs, si je me fie à l’impertinence des jeunes Français qui visitent mon cabaret et qui ne se gênent pas pour déranger le spectacle à coups de : « De la musique en français s’il vous plaît! » et de : «Parle moins vite, on ne comprend pas ton accent!» 

    Premièrement, mes chéris, on ne tutoie jamais une reine, et deuxièmement, votre musique est ben trop plate pour que je fasse jouer ça dans mon club. Pis pour ce qui est de mon accent, je vous rappelle qu’on parle le français de vos ancêtres, tsé là la gang de colons qui ont crissé leur camp après avoir perdu la guerre contre les Anglais. 

    Ça fait que si vous comprenez rien quand je parle, j’m’en contre-suce le gros orteil, moé j’parle comme de cossé que j’veux! Ah la belle langue de cheu nous! Toute en couleurs et toute en saveurs. Et quoi de mieux qu’une belle vente-trottoir pour l’entendre sous toutes ses coutures et tous ses accents. 

    Oubliez les mille et un festivals montréalais, vous voulez faire l’expérience de la diversité culturelle montréalaise, c’est dans une vente-trottoir que ça se passe. Quelle belle tradition que de liquider un tas de cochonneries, qui ont dormi dans le fond d’un magasin tout l’hiver, en les exposant sur une table de pique-nique en plein milieu d’une rue bondée de quétaines venus des quatre coins de la ville pour se faire arnaquer à la première occasion. 

    Maudit que j’aime ça moi magasiner dehors, même si chu pas dupe et que je sais très bien que la plupart du stock qui se retrouve dans la rue est au même prix que ce qu’il a toujours été à l’intérieur. Y’a rien que j’aime plus que d’aller scandaliser les vendeuses libanaises de la Plaza St-Hubert qui me disent le plus sérieusement du monde, quand j’me mets à essayer leurs belles robes de princesses, qu’il y a de plus en plus de jeunes hommes homosexuels qui aiment porter des vêtements pour femmes. Non, tu m’dis pas? Pas des homosexuels? Au secours, appelle la police ma noire! Ca s’peut pas, chu sûre qu’ils sont straights et que tu t’en es pas aperçu, darling!! Pis en passant, madame pleine de préjugés, chu pas un jeune homme, j’ai juste la pilosité du visage d’une Italienne. Chez nous on porte fièrement la moustache de mère en fille! Mais ce que j’aime par-dessus tout des ventes-trottoir, c’est de marcher dans la rue sans avoir à regarder partout avant de traverser, en rêvant d’un monde sans voitures qui polluent mon air, où je pourrais rouler à vélo sans jamais penser aux malades qui tournent les coins de rue en fou, et où je pourrais me balader la tête dans les nuages, tout en mangeant du bon blé d’Inde au beurre qui dégoûte sur ma belle blouse en crêpe de soie, en m’arrêtant au coin d’une rue pour admirer la faune de beaux garçons au crâne touffu, chemise ouverte et bermuda en jeans à taille tellement basse qu’on peut apercevoir la ligne naissante de leurs jeunes poils pubiens. 

    Ah! Shirley Théroux avait bien raison de chanter : « C’est beau un homme! » Et d’ailleurs, des beaux hommes, musclés et dégoulinants de sueur, j’ai pas fini d’en voir parce que dans quelques jours vous serez des dizaines de milliers à changer d’appartement en pleine canicule ou dans une pluie torrentielle qui fera encore déborder les égouts. 

    Moi, c’est les bras croisés, assise dans ma chaise en plastique tressé jaune orange fluo, que je m’amuserai à reluquer les beaux déménageurs au physique de bodybuilders. Croyez-en mon expérience de déménageuse compulsive (près de 10 appartements dans les derniers 20 ans!), Montréal regorge de très très beaux déménageurs. Et l’odeur de musc qui se dégage de ces hommes-là, j’vous dis pas. J’en bave de la noune. 

    Ah oui, parlez-moi d’un homme, un vrai avec du poil sur les bras, des fesses rondes comme un ballon de soccer et un lunch dans l’fond du pantalon qui pourrait me nourrir pendant une semaine. Même si c’est pas l’envie qui me manque de déménager, j’peux-tu vous dire que chu ben contente de pas avoir à chârier tout le contenu de mes 1200 pieds carrés à la grosse chaleur, à la pluie battante ou en plein milieu d’un concert de casseroles. 

    Comme je vous plains donc mes amours! Vous allez passer l’été à vivre dans vos boîtes et à décrasser votre nouveau logement. Et n’oubliez surtout pas de marquer ce qu’il y a dans vos boîtes si vous voulez pas être pognés pour manger dans des chaudrons et vous laver la tête avec du savon à vaisselle. 

    Si je peux vous donner un p’tit conseil, ne rangez pas la boîte à outils sous la pile de linge d’hiver, elle pourrait vous être utile dès les premières heures. Et surtout, gardez la crisse de p’tite clé bâtarde IKEA pas loin dans le fond de votre sacoche, ça serait donc d’valeur de taper à l’ordinateur couché à terre sur une table pas de pattes. Pis faites pas comme ma sœur Nicole qui emmène sa boîte de recyclage (c’est pas une boîte pour ranger vos vieux 33 tours) et ses menus de restaurant avec elle. 

    Si vous déménagez sur la Rive-Sud, ça m’étonnerait ben gros que la pizzeria de la rue Masson vienne livrer jusque chez vous! Et doux Jésus que j’envie pas ceux qui devront passer le mois de juillet à repeindre leur logement en entier parce que le locataire d’avant se sentait l’âme artiste en couvrant les murs de barbots psychédéliques à la peinture à l’huile. Et je vous dis pas comme ce sera agréable de dormir dans les odeurs de peinture et de vernis de plancher quand il fera encore 30 degrés dehors à 4 heures du matin. 

    Certains d’entre vous, les chanceux, prendront leur douche dans un bain noir de la crasse de quelqu’un que vous connaissez pas parce que vous serez trop paresseux pour récurer quoi que ce soit après avoir passé la journée à transporter des meubles qui pèsent une tonne pis quand la douzaine de bières que vous avez bues au gros soleil commencent à vous taper su’l coco. 

    À moins que vous soyez un maniaque de la propreté, comme la Portugaise qui a emménagé dans mon ancien appartement et qui commençait à frotter avant même que mon stock soit tout sorti, je vous conseille plutôt d’attendre au lendemain pour bouger le moindre doigt. Si vous déménagez avec votre amoureux pour la première fois vous allez voir mes chéris que la première nuit d’amour à se rouler dans la poussière tout crottés su’l plancher d’bois franc risque d’être la plus mémorable de votre premier (et souvent dernier) séjour en concubinage. 

    Les autres, je vous souhaite bonne chance avec vos 4 colocs qui font jamais la vaisselle dans votre 12 ½ mal chauffé de la rue Frontenac où on entend les voisins roter. Bonne chance aussi à ceux qui partent avec leur meilleur ami qui risque de devenir un peu plus un coloc qu’un grand chum quand vous réaliserez qu’il y pas mal plus de trafic dans sa chambre que dans la vôtre! 

    Les jeunes snobs qui font chier tout l’monde avec leur condo tout neuf, j’espère juste que le lit king size que vous avez acheté à crédit chez Pier 1 rentrera dans votre chambre grande comme un garde-robe et on se reparlera dans un an quand vous aurez mis votre condo en vente parce que vous aurez baisé tous les gars potables qui habitent dans un rayon d’un kilomètre sur Grindr. 

    Pis oubliez surtout pas d’avertir Bell, Hydro, Vidéotron et les 34 autres compagnies qui gèrent votre vie. Ça serait ben plate de pas avoir de câble pour regarder Call TV le soir de votre arrivée dans votre nouveau domicile. Pis ceux qui ont pas encore trouvé d’appartement, dépêchez-vous, il vous reste une semaine pour réserver un lit à l’accueil Bonneau. 

    En attendant qu’un juge éclairé invalide la loi 78, je vous souhaite un joyeux déménagement, de joyeuses ventes-trottoir et surtout, un été rempli de folies, de partys, de soupers su’l BBQ, de sorties en famille, de nuits sous la tente au camping, de tours de pédalo au chalet, de manifestations, de concerts de casseroles et de pichets de sangria sur une terrasse à Ou-tremont en rêvant qu’on se débarrasse à l’automne du pire Premier ministre de l’histoire de notre belle province. Je vous frenche!

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