Samedi, 31 juillet 2021
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    La marche contre l’homophobie à Pointe-Claire, c’était il y a 20 ans!

    Il y a vingt ans, le 27 mai 2001, plus de 4000 personnes ont pris part à une manifestation de solidarité contre l’intolérance envers un couple de même sexe formé de Roger Thibault et de Theo Wouters. Ces deux résidents de Pointe-Claire étaient victimes d’homophobie et de harcèlement de la part de certains voisins de la rue paisible où ils résidaient depuis plus de deux décennies. Retour sur cet événement marquant de notre histoire et un jalon du combat pour une acceptation sociale plus grande des couples de même sexe.

    «Ça fait 20 ans déjà; c’est incroyable comme le temps passe si vite. C’est comme si c’était hier pour nous. Pourtant, cela fait bel et bien 20 ans qu’on a marché pour nos droits ici à Pointe-Claire. […] Notre calvaire avec nos voisins a duré dix ans, mais maintenant on a la paix. Ça fait toute une différence», se rappelle Roger Thibault, 75 ans, et qui a pris sa retraite en 2006.

    À l’époque, le député Réal Ménard, du Bloc québécois, et Laurent McCutcheon (décédé en 2019), le fondateur de Gai Écoute (qui deviendra Interligne) et de la Fondation Émergence, étaient sur place pour s’adresser aux gens qui venaient des quatre coins de la ville en signe de soutien, même de l’extérieur de Montréal.

    «Cette immense réaction de la population et des médias est un signe tangible des avancées des communautés gaie et lesbienne québécoises. La marche de Pointe-Claire doit demeurer présente dans la mémoire collective des Québécois.es et devenir le symbole de courage et de lutte contre l’homophobie», avait déclaré, le jour de la marche, Laurent McCutcheon qui était le président de Gai Écoute à l’époque lors de cet événement organisé par Pierre Valois, le président de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Grand-Montréal (devenue le Conseil québécois LGBT) et pour qui cette marche avait la plus haute importance dans la lutte des droits. Pierre Valois et Laurent McCutcheon ont ainsi contribué immensément à faire connaître la cause du couple Wouters-Thibeault.

    Les élus n’étaient pas tous en faveur de cette marche. Rappelons que Bill McMurchie, maire de Pointe-Claire à ce moment-là, avait même déclaré: «vous êtes indécents dans votre parade du Gay Pride. Ici à Pointe-Claire, c’est pour les familles et les enfants». Exprimant, ainsi, étroitesse d’esprit et préjugés malvenus envers une différence qu’on rejetait. Il avait même tenté d’empêcher que les manifestants empruntent la paisible rue Parkdale où résident le couple Thibault-Wouthers proposant à la place que les manifestants se limitent à un champ…

    Lorsque les insultes, les agressions verbales et les tentatives d’agressions physiques surviennent, Roger et Théo habitaient déjà depuis une vingtaine d’années la maison de cette banlieue de l’Ouest de l’île, dotée d’un splendide jardin avec des fleurs et des étangs (avec des poissons). Les deux hommes, qui n’aspiraient qu’à une vie tranquille, se sont retrouvés dans la tourmente de démêlés judiciaires interminables où se sont succédées insultes, intimidations, poursuites et contre poursuites. Le couple s’est même fait dire à plusieurs reprises que leur place n’était pas dans Pointe-Claire, parce que le voisinage est constitué de familles avec des enfants, et qu’il devrait plutôt déménager dans le Village…

    Vingt ans plus tard, le couple vit heureusement des moments plus doux dans sa maison. «Le voisin d’à côté a quitté la maison en 2009, qui a été démolie pour faire place à une plus grande maison. Le voisin d’en face a, lui aussi, vendu sa maison et est déménagé en Ontario. Depuis, on a la paix totale dans le quartier», commente Roger Thibault, retraité du département d’aménagement à l’Université de Montréal.

    Pour sa part, Theo Wouters, 79 ans, a fermé son studio de couture en 2002 après avoir habillé, entre autres, Ann Birks de la joaillerie du même nom, l’ancienne gouverneure-générale du Canada Jeanne Sauvé, l’actrice Jeanne Moreau, ainsi que les familles Bronfman, Desmarais, etc. «J’ai pris ma retraite, mais occasionnellement, je fais du design lorsqu’il s’agit de quelque chose de très spécial qui m’est demandé par d’anciens clients», de dire Theo Wouters.

    «Notre nouveau voisin d’à côté est super, il nous fait des surprises et il est très amical. C’est complètement différent de ce que nous vivions auparavant», renchérit Roger Thibault.

    Rappelons que Theo Wouters et Roger Thibault ont été parmi les premiers couples à profiter du nouveau régime d’union civile au Québec, en s’unissant en 2002.

    «Theo et moi voulons remercier la communauté LGBT pour tout son appui, pour sa solidarité, qu’elle nous a offert dans notre combat. Ce fut un important moment pour nous. Nous avons réellement senti que la communauté était derrière nous. C’est ce qui nous a permis de continuer notre lutte pour nos droits et pour vivre en paix», conclu Roger Thibault.

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