Jeudi, 28 octobre 2021
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    Une pasteure transgenre renvoyée poursuit l’Église baptiste

    Junia Joplin s’est identifiée comme personne transgenre lors d’un sermon en ligne l’été dernier. Elle allègue que son renvoi de l’Église baptiste est discriminatoire et injustifié. Elle vient de déposer une poursuite devant les tribunaux. 

    L’identité de genre de la révérende Junia Joplin était celle d’un homme lorsqu’elle a accepté l’emploi de diriger l’église baptiste Lorne Park de Mississauga en 2014 jusqu’à ce qu’elle annonce à sa congrégation qu’elle était une personne transgenre au cours d’un sermon en ligne, en juin 2020.

    Junia Joplin affirme avoir obtenu le soutien de plusieurs membres de sa congrégation ainsi que d’autres églises baptistes et organisations.

    La plainte allègue que l’église de Mississauga l’a suspendue dans les jours qui ont suivi sa sortie du placard et qu’aucune date de réintégration ne lui a été donnée.

    La poursuite soutient que Junia Joplin a fait l’objet d’une décision injuste de la part de l’Église à la suite de plusieurs séances de discussions publiques au cours desquelles des fidèles ont questionné son geste avant de se prononcer en faveur de son renvoi en juillet 2020.

    Les motifs du congédiement
    L’église baptiste Lorne Park a déclaré mercredi qu’elle était passée par un processus de tentative de discernement de la volonté de Dieu après l’annonce de Junia Joplin et qu’elle l’avait fait de manière prudente et réfléchie. En fin de compte, la congrégation a voté pour mettre fin à son emploi en tant que pasteur principal de l’église, avec la majorité des votes de résiliation pour des raisons théologiques, a indiqué David Huctwith, président du conseil exécutif de l’église, dans un communiqué. Nous lui avons offert ce que nous pensons être une juste indemnité de départ.

    Dans une entrevue, Mme Joplin a expliqué cette semaine que son renvoi et la façon dont elle a été congédiée ont provoqué en elle une forme d’anxiété entourant son travail pastoral et sa vie ecclésiale qu’elle n’avait jamais ressentie auparavant.

    «Je faisais mes premiers pas dans ma transition en société. C’était déjà une période difficile en soi et n’importe quelle personne transgenre vous dira que ça peut être une expérience terrifiante qui nous rend plus vulnérables», dit-elle. «C’est une période durant laquelle tout soutien est indispensable et, malheureusement, pour beaucoup d’entre nous, il est impossible de l’obtenir au travail», poursuit Mme Joplin.

    Il est étonnant que son renvoi se soit produit dans le contexte d’amour et de partage d’une communauté de foi, dénonce-t-elle, confiant également traverser l’une des périodes les plus difficiles de sa vie.

    Mme Joplin dit espérer que sa poursuite permette au Canada de devenir un pays plus inclusif et plus sécuritaire pour les personnes transgenres.

    Je ne veux pas que d’autres subissent le même sort ou que d’autres membres de la communauté LGBTQ+ n’entrent en contact avec des communautés religieuses qui ne sont pas disposées à les accueillir de façon inconditionnelle, sans réserves ni restrictions, explique-t-elle.

    Les indiscrétions des fidèles
    Dans sa plainte, Mme Joplin soutient qu’elle a cherché durant son passage à la tête de l’église Lorne Park à diriger un ministère inclusif et progressiste à l’endroit de la communauté LGBTQ+avec le soutien de l’Église baptiste.

    Le document explique que les Églises baptistes du Canada, au Québec et en Ontario, à laquelle l’église Lorne Park est affiliée, ont ordonné des femmes pasteures durant plus de 70 ans.

    Lors de discussions publiques, la poursuite allègue que certains membres de la congrégation lui ont posé des questions profondément personnelles au sujet de sa transition, de sa sortie du placard et de l’impact éventuel de ces événements sur l’église et les fidèles.

    Le document souligne que Mme Joplin a reçu la directive de ne pas discuter de sujets semblables avec sa congrégation de Mississauga.

    Toujours selon la poursuite, les membres de la congrégation ont par la suite été appelés à se prononcer sur le renvoi de Mme Joplin, qui avait obtenu son poste à contrat pour une durée indéterminée, ou sur la réduction de la durée de son contrat.

    Ceux qui ont voté en faveur de son licenciement ont dû préciser si leur choix avait été dicté par leurs croyances religieuses.

    Sur les 111 électeurs, 58 fidèles ont voté en faveur de son congédiement en partie ou entièrement à cause de leurs croyances.

    Une poursuite de 200 000 dollars
    La plainte, dont le montant atteint près de 200 000 $ en dommages, allègue que l’église a enfreint le Code des droits de la personne de l’Ontario, qui interdit à l’emploi toute discrimination basée sur le sexe, l’identité de genre et l’expression de cette identité.

    En Ontario, le Code autorise les organisations religieuses à accorder une préférence à ceux qui partagent la même foi au sein de leur congrégation respective avant de l’accorder à des fidèles appartenant à d’autres dénominations.

    Cette exemption ne s’applique toutefois pas lorsque la foi est associée à des compétences liées à un emploi au sein d’une organisation religieuse et elle ne permet aucune discrimination contre les personnes sur la base de leur identité de genre. Les avocats de la poursuite affirment que l’exemption inscrite dans le Code serait inconstitutionnelle, si le tribunal devait statuer qu’elle s’applique dans la cause de leur cliente, parce qu’il est déraisonnable et injustifiable, selon eux, de limiter le droit à l’égalité enchâssé dans la Charte canadienne des droits et libertés.

    D’après les informations de la Presse canadienne et de CBC

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