Dimanche, 3 juillet 2022
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    Nouvelle chaire de recherche sur la sexualité et les substances chez les LGBTQ  

    Lors de la rencontre avec Jorge Flores, le titulaire de la toute nouvelle Chaire de recherche du Canada TRADIS (trajectoires-diversité-substances) de l’UQÀM, le constat tombe. Recherches à l’appui, les communautés LGBTQ consomment plus de drogues que la moyenne de la population, plus précisément les gais, les bisexuels et les hommes trans.


    Et cette consommation a plusieurs visages. Elle peut être occasionnelle, récréative, lors de relations sexuelles en couple, à trois ou en groupe. Elle peut prendre plusieurs formes comme l’usage d’une seule substance ou le mélange de plusieurs substances, ce qui entraîne des conséquences et des effets bien différents. Or, si l’on en parle souvent, c’est pour évoquer généralement le chemsex, sans avoir un véritable portrait de cette consommation ni des personnes qui consomment ni des raisons qui les amènent à consommer.

    Jorge Flores est impliqué en recherche communautaire et s’intéresse à la consommation de substances dans les communautés LGBTQ depuis plus de 10 ans. Sa thèse de doctorat abordait déjà la consommation de drogues chez des hommes gais ou ayant des relations sexuelles avec des hommes. « Le constat est là, mais au Canada, comme au Québec, on n’a pas cherché à aller plus loin. » Ce constat sur la plus grande consommation de substances chez les personnes LGBTQ, il en a pris connaissance au-delà des études existantes sur le terrain. « En fait, il y a très peu d’études, sinon un constat, qui nous donne un portrait plus juste aussi bien sur qui consomme parmi les LGBTQ, quels types de substances ces personnes choisissent et surtout ce qui les motive à consommer », nous précise-t-il.
     
    Pour tenter d’y voir plus clair, la Chaire TRADIS s’est donné deux grands axes de recherche. « Le premier axe est de comprendre plus finement pourquoi les personnes LGBTQ consomment plus que celles hétérosexuelles », continue Jorge Flores, « de regarder, entre autres, si cela correspond à une stratégie particulière d’un groupe minoritaire, en lien aussi avec d’autres facteurs qui peuvent jouer leur rôle, comme celui de l’origine ethnique, ou encore des facteurs socioéconomiques, socioculturels, etc. ». Le second axe concerne des pistes de solutions. « On veut pouvoir développer et mettre en place, et bien sûr évaluer des programmes d’interventions et de services en fonction des connaissances que nous aurons découvertes dans le premier axe. En fait, avoir des services adaptés en ayant une approche communautaire à partir des groupes qui travaillent avec ces personnes-là, mais qui n’ont pas une connaissance appropriée ou plus fine de la problématique. »
     
    En effet, selon Jorge Flores, on tend à amalgamer et à réduire les consommateur.trice.s à une seule figure sans prendre en considération de multiples autres facteurs qui viennent s’ajouter à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre. « On oublie aussi de faire la distinction entre ceux et celles qui consomment de façon occasionnelle et celles et ceux qui sont devenu.e.s accros et qui ne peuvent plus avoir de relations sexuelles sans un arsenal de substances », continue Jorge Flores. « Entre un degré de consommation récréatif et un autre de degré de dépendance, il y a une grande marge. Enfin, j’ajouterai qu’il ne faut pas oublier dans l’équation ce que l’on oublie trop souvent, c’est la notion de plaisir, la valeur ajoutée au plaisir par l’utilisation de substances, mais aussi la diversification des pratiques possibles. »
     
    Contrairement à une idée reçue, selon Jorge Flores, parmi les drogues couramment utilisées au Québec, très peu seraient frelatées, pour une raison simple : les « dealers » risqueraient de perdre leur clientèle. Autre idée reçue : le fentanyl, cette drogue synthétique qui peut être dix fois plus puissante que les autres opioïdes, ne serait pas aussi répandu que dans d’autres provinces, entre autres la Colombie-Britannique. « Dans les cas d’overdose, ce que l’on remarque le plus ici c’est plutôt le dosage qui intervient : on prend trop d’une substance ou encore un mélange de substances mal dosées et qui peuvent avoir des effets dévastateurs », ajoute Jorge Flores. En somme, il faudrait que les utilisateur.trice.s soient mieux informés sur les drogues qu’ils consomment pour les utiliser de façon plus sécuritaire.

    Certaines drogues fonctionnent comme des relaxants, des analgésiques, alors que d’autres ont un pouvoir stimulant et ne peuvent pas être associées. « Au Québec, les substances les plus utilisées sont le crystal-meth, la cocaïne, la kétamine et les méthamphétamines »,
    conclut Jorge Flores.
     
    Comme le souligne aussi le professeur Flores, d’autres risques peuvent être induits lors de relations sexuelles sous substances, en matière de transmission d’ITS ou de comportements lors de relations BDSM, qui pourraient devenir extrêmes par perte de contrôle de chacun des partenaires.
     
    Bien entendu pour que les recherches soient les plus efficaces, il est nécessaire que des participants viennent parler de leur expérience. La chaire TRADIS est actuellement à la recherche de participants (hommes cis ou trans) qui consomment du crystal meth, dans le cadre d’une étude qui vise à cibler leurs besoins sur le plan des services. Les personnes intéressées peuvent écrire à : [email protected] ou appeler au 438-825-6712.


    INFOS | tradis.uqam.ca/la-chaire-tradis

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