Jeudi, 11 août 2022
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    Nos droits ne sont jamais définitivement acquis

    États américains condamnent aujourd’hui l’avortement. Un revirement dont on savait depuis longtemps qu’il se préparait. Mais quand il s’agit du droit des femmes, cela ne fait pas partie des enjeux politiques. Encore une fois, on peut s’essuyer les pieds sur elles, au nom d’un Dieu, de la Loi naturelle ou d’une  Constitution.

    Une décision inquiétante car la Cour suprême des États-Unis est dominée par une majorité de juges conservateurs. L’un d’entre eux, Clarence Thomas, dans son argumentaire enterrant le droit à l’avortement, a précisé qu’il fallait revoir toutes les jurisprudences concernant le respect de la vie privée, dont le droit à la contraception ou encore le mariage homosexuel qui ne seraient pas conformes à la Constitution. 

    De nombreux groupes minoritaires religieux radicaux ailleurs ne cessent de faire du lobbying auprès des autorités de leur pays, dans des prêches enflammés auprès de leurs ouailles pour contrer toutes les avancées progressistes en lien avec les libertés des droits de la personne. Et ces groupes ne se trouvent pas qu’en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, ils sont aussi au Canada.

    Il suffit de regarder les groupes qui soutiennent la candidate à la chefferie du Parti conservateur du Canada, Leslie Lewis, dont on connait son opposition à l’avortement et qui doit se sentir pousser des ailes depuis la décision de la Cour suprême américaine. Celles et ceux qui la soutiennent se tourneront vers l’autre candidat Pierre Poilievre si elles n’arrivent pas à se qualifier, Pierre Poilievre qui n’a rien d’un progressiste. Le député s’est opposé au mariage des personnes de même sexe en 2005 et même s’il se réclame être un pro-choix, c’est du bout des lèvres pour ne pas s’aliéner de potentiels électeurs et électrices. Rappelons aussi ses accointances avec les manifestations de chauffeurs qui occupaient le centre-ville d’Ottawa, manifestations financées par des groupes d’extrême-droite américains.

    Mais là encore, Ottawa, c’est loin, ce n’est pas le Québec. Disons que les groupes réactionnaires en connaissent un rayon question politique et peuvent en remontrer à celles et ceux qui se disent progressistes mais à voix basses.

    Lors des festivités de la Fierté à Toronto, les cliniques d’avortement en association avec Pride Toronto ont tenu à rappeler que les femmes américaines qui voudraient se faire avorter seraient accueillies à Toronto. Les LGBTQ ontariens ont démontré une solidarité qui fait chaud à voir. Mais peut-être ont-ils et elles compris que ce qui se passe à la frontière sud de notre beau pays peut avoir des répercussions sur le sol canadien. Peut-être ne sont-ils et elles pas sourd.e.s, ni aveugles à ce qui se passent dans le monde en ce qui a trait aux droits de la personne, comme ils et elles l’ont démontré pour les réfugié.e.s tchétchènes, peut-être qu’ils et elles savent mieux qu’au Québec que rien n’est jamais définitivement acquis, qu’un retour de balancier est toujours possible, et qu’il faut rester sur ces gardes, et ce n’est pas parce que le feu n’a pas pris dans la cour aussi grande qu’une province qu’il n’en est pas moins menaçant.

    Ici, à part des réactions individuelles sur les réseaux sociaux, aucun organisme n’a jugé bon et utile de dénoncer l’abolition de l’avortement chez nos voisins. Le Conseil québécois LGBTQ qui avait à son origine cette volonté de rappeler les valeurs que nos communautés défendaient fait preuve encore une fois d’un silence assourdissant. On me dira que c’est la fin juin, la semaine où beaucoup font relâche, ou encore que par manque de financement on ne peut se permettre un communiqué de presse. Comme s’il fallait perdre beaucoup d’heures pour rédiger un texte, et surtout même s’il fallait hypothéquer un quart de journée de vacances, l’enjeu en valait peut-être la chandelle. Aucun organisme LGBTQ n’a cru bon de s’associer aux groupes de femmes qui ont manifesté dimanche dernier au Québec en solidarité à leurs sœurs américaines devant ce recul encore impensable il y a peu de temps.

    Mais pourquoi demander de la solidarité, quand ces mêmes organismes ne soulignent même pas l’attentat homophobe perpétré à Oslo le 25 juin dernier, quand un islamiste radical a ouvert le feu pendant les festivités de la fierté sur le plus ancien bar gai de la capitale norvégienne. Bilan : deux morts (deux hommes gais à ce que l’on sait) et une vingtaine de blessé.e.s. Mais restons tranquillement chez nous, aucun organisme, ni même le CQLGBT ne nous demandera de rendre hommage aux victimes comme nous l’avions fait pour la tuerie d’Orlando en 2016. Il est vrai qu’il y avait eu 50 morts. À combien de morts devons-nous nous mobiliser, 5, 10, 20 ? Mais qui connaît Oslo ?

    La Floride a interdit toute forme de liberté d’expression LGBTQ+ qui ferait la promotion de l’homosexualité ou du transgenrisme. D’autres États américains forts de leur victoire sur l’interdiction de l’avortement, et qui font preuve d’homophobie et de transphobie, pourraient s’en inspirer pour restreindre nos libertés. Il n’y a pas que la Russie ou la Chine, ou d’autres pays comme l’Arabie Saoudite qui sont un frein à la liberté de chacun. Mais là encore, on se voile les yeux, on se bouche les oreilles, même pas une petite manifestation devant un consulat d’un pays homophobe à Montréal comme cela avait été le cas pour les Jeux olympiques de Sotchi (en 2014). Ne nous attendons pas non plus à beaucoup de dénonciation des atteintes aux libertés des femmes et des LGBTQ+ en décembre lors de la Coupe du monde de la FIFA au Qatar (pays qui applique en partie la loi islamique).

    Je l’exprimais dans la chronique de juillet paru mi-juin, le militantisme a disparu, la solidarité, si elle existe, se fait pour le petit entre-soi québécois. C’est très bien de remettre un prix à l’avocate camerounaise Alice Nkom, comme c’est très bien de récompenser des initiatives locales, voire pan canadiennes. Mais est-ce suffisant? Il faut peut-être développer de nouvelles solidarités, avec les femmes, avec les minorités culturelles, et ne pas avoir peur d’appuyer là où cela peut compter. Montrer que nous aussi nous sommes organisé.e.s et vigilant.e.s et en tant que minorités sexuelles et de genre, nous devons le faire savoir, le montrer et afficher notre détermination.

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