Samedi, 26 novembre 2022
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    Les différentes plumes de Samuel Larochelle

    Par les 1001 projets littéraires qui marqueront son automne, l’écrivain et journaliste Samuel Larochelle – auteur de plusieurs dizaines d’articles de ce magazine – ne chômera pas pendant la période automnale, avec notamment la sortie de deux livres, et la présentation de cabarets littéraires à travers la province.

    Tu es un collaborateur de longue date pour Fugues. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ce magazine?
    SAMUEL LAROCHELLE : Ça fait un peu plus de sept ans que je collabore pour Fugues. Pour moi, à l’origine, il y avait une volonté de diversifier les journaux et magazines avec lesquels je travaillais comme pigiste. J’avais toujours eu Fugues dans ma ligne de mire, je voulais un jour cogner à leur porte, parce que les questions LGBTQ+ sont hyper importantes pour moi. Je veux faire briller des personnes de la communauté dans plein de sphères de la société. Je veux qu’on les connaisse mieux, je veux les mettre en lumière, je veux faire réfléchir les gens avec mes chroniques d’opinion, mais dans chaque numéro, j’ai une chronique, et trois ou quatre articles. Donc la majorité de mon travail c’est de faire shiner les autres pour qu’on soit de plus en plus de personnes queer à être connues et reconnues, et à se faire entendre afin de prendre la place qui nous revient.

    On m’a raconté que, il fut un temps, certains médias n’acceptaient pas que des pigistes écrivent pour eux et pour Fugues, alors que moi on ne m’a jamais mis de bâtons dans les roues, il y avait une ouverture de la part de tous mes clients. Je sens que je profite d’un sentier défriché par d’autres avant moi qui ont eu des portes fermées.

    Comment t’est venu l’idée de ton 10e livre, Le plus petit sauveur du monde, un roman graphique sur un enfant éco-anxieux?
    SAMUEL LAROCHELLE : Il y a six ans, je suis allé au Théâtre La Licorne pour voir la pièce Des arbres, jouée par Sophie Cadieux et Maxime Denommée. C’est un couple dans la trentaine qui réfléchit à la question « Est-ce que c’est éthique/responsable/acceptable de mettre des nouveaux humains sur Terre avec l’état de la planète? » Ça m’avait beaucoup marqué. Dans les années qui ont suivies j’ai vu plein d’amis dans la vingtaine, dans la trentaine avoir ces mêmes questions-là. Je me suis dit « Qu’est-ce qui arrive si un enfant entendait ces questionnements-là? Est-ce qu’il va se sentir de trop? Et, en tant que parent, comment on arrive à le rechercher? » Ce livre est pour les 10 à 110 ans. Ça fait écho à nos peurs face à l’environnement. On a accès à la science et aux informations dans les médias. Maintenant j’ai l’impression qu’il faut s’adresser aux émotions pour nous réveiller et nous donner envie de bouger. Les lecteurs vont être shakés et conscientisés autrement.

    Tu explores différents genres d’écriture tels que le journalisme, la chronique, la fiction, la poésie… Pour toi, cette pratique multidisciplinaire est-elle fluide/affirmative ou plutôt exploratoire/expérimentale?
    SAMUEL LAROCHELLE : C’est les deux! Je réalise avec les années de pratique que tous les nouveaux essais sont plus naturels que je peux le penser; moins casse-gueule que je l’aurais imaginé. Le roman graphique qui vient de sortir, c’est la première fois que je fais un roman graphique. C’est une autre sorte d’écriture : moi j’ai l’habitude de faire des romans qui prennent entre 40 000 et 110 000 mots, là j’en avais 3500! Donc c’est raconter de manière concise, c’est laisser énormément de place à l’illustratrice pour qu’elle puisse non seulement décupler mes mots mais ajouter une part d’histoire avec ses propres illustrations, et ça n’a pas été lourd ou ardu. Ça s’est fait de manière très fluide, et le résultat me rend extrêmement fier. Donc je vois que ma plume est assez polyvalente de manière naturelle et qu’elle s’est entraînée depuis 10 ans à faire des romans pour adultes, pour ado, pour enfants, des récits poétiques, des biographies, des nouvelles, un roman graphique… Je rêve d’explorer tout le spectre de l’écriture. Je veux faire de la scénarisation de télé et de film. Un jour je veux essayer d’écrire une pièce de théâtre, des chansons. Dans les romans, je veux essayer de faire de l’horreur, du policier, peut-être du fantastique… tout en ayant à cœur les personnages et les émotions d’abord et avant tout. Je veux jouer dans tout ça et trouver mon aisance dans tout ça.

    Tu présentes depuis quelques années le Cabaret Accents Queers. Tu produiras désormais un tout nouveau cabaret érotique, la soirée SEXXXU. Comment t’es-tu rendu là?
    SAMUEL LAROCHELLE : Le Cabaret Accents Queers accueille uniquement des artistes des communautés LGBTQ+, mais c’est pour tout le monde : le public est super diversifié. L’organisation de l’évènement m’a demandé si j’avais envie de faire un tout nouveau cabaret, un cabaret érotique. Ça faisait super longtemps que j’avais l’idée de faire un cabaret érotique dans mon baluchon d’idées. Donc j’ai embarqué tout de suite quand on m’a proposé de produire le show [SEXXXU] d’environ 90 minutes et de choisir des plumes. Il va y avoir un mélange de chroniques d’opinion, d’humour, de nouvelles, et ça va être soit sexy, soit sexu, soit trash, soit coquin. Des coups de gueule, des trucs rigolos, des trucs qui vont émoustiller les gens. C’est plein de courts textes pour garder un rythme. C’est des artistes avec des styles très différents : Gabriel Cholette, Patrick Sénécal, Marie-Sissi Labrèche, Catherine Éthier, Anne-Marie Dupras et Isabelle Massé. C’est gratuit!

    Penses-tu que la littérature érotique est acceptée au Québec? Qu’elle n’est pas caricaturée?
    SAMUEL LAROCHELLE : Au Québec, il y a eu une ouverture assez grande grâce aux trois recueils de nouvelles érotiques publiés chez Québec Amérique : Nu, Travaux manuels et Pulpe. C’était dirigé par Stéphane Dompierre. Il y avait plein de plumes différentes, hyper talentueuses, et ça a connu un gros succès. Et avant eux, une autrice comme Marie Gray a beaucoup défriché le terrain de la littérature érotique en lui donnant des lettres de noblesse. C’est sûr qu’il y aura toujours des gens pour dire que des littératures de genre (comme érotique, polar, science-fiction…) que c’est de la sous-littérature, mais moi je dis à ces gens qu’ils sont des sous-humains d’avoir des préjugés de marde comme ça.

    Es-tu d’accord que la littérature queer gagne en popularité au Québec? Si oui, comment expliques-tu ce phénomène?
    SAMUEL LAROCHELLE : Il y a assurément une effervescence du côté de la littérature queer. Depuis environ une décennie, nos histoires ne sont plus confinées à des maisons d’édition nichées. On a accès aux maisons d’édition généralistes qui rendent nos œuvres accessibles au très grand public. On est lu par beaucoup plus de personnes, on est célébré, on gagne des prix… On a dépassé les enjeux du coming out ou de la quête de soi, qui ont toujours été essentiels, qui le sont encore si on arrive à leur trouver des facettes originales. Mais là il y a plusieurs autres enjeux queers. Il y a aussi des histoires que la thématique principale n’est pas queer, mais il y a des petits éléments, comme mon roman graphique. L’éco-anxiété est au cœur de tout, mais j’ai quand même décidé que les parents soient deux mamans. Je n’explore pas comment elles ont eu Florent [le protagoniste]. Je n’explore pas ce que ça fait d’être un couple lesbien en 2022. Mais ce choix tout naturel est quand même un petit
    statement politique, et jamais ça n’a posé problème à la maison d’édition. Au contraire, on célèbre et on encourage ça. Qu’est-ce qui explique cette ouverture? À la fois l’ouverture grandissante de la population face aux enjeux LGBTQ+, et – peut-être que je suis naïf en disant ça – souvent les milieux artistiques et de communication sont plus ouverts à la différence, donc peut-être qu’il y avait un petit pas d’avance et que ça a aidé à influencer la société dans son élan vers l’ouverture.

    Et qu’en est-il dans les régions? On voit des artistes « de région » comme Kevin Lambert, Antoine Charbonneau-Demers et toi-même gagner en popularité…
    SAMUEL LAROCHELLE : Je vois que ça s’ouvre beaucoup dans les régions du Québec sans que ce soit parfait. Mon ancienne école secondaire a depuis des années une politique d’encadrement pour les jeunes personnes qui veulent faire une transition de genre. Y a beaucoup d’écoles montréalaises qui ne peuvent pas en dire autant.

    Cela étant dit Kevin Lambert, Antoine Charbonneau-Demers, Nicolas Giguère et moi-même, on est quatre plumes qui venons d’endroits loin des grands centres urbains. On a déménagé à Montréal – la plupart – pour plein de raisons qui nous regardent. C’est sûr que l’effervescence culturelle et la liberté en tant que personnes queer nous attirent, mais cette liberté-là est en train de faire sa place dans les régions aussi.

    INFOS | Le roman graphique Le plus petit sauveur du monde et la biographie du chanteur Bruno Pelletier sont en librairie depuis septembre.

    La 7e édition du Cabaret des mots de l’Abitibi-Témiscamingue aura lieu du 11 au 14 octobre.

    La 1ère édition de La soirée SEXXXU aura lieu le 21 octobre à la Maison de la culture Janine-Sutto à Montréal.

    Le Cabaret Accents Queers – Édition spéciale à Québec sera présenté dans le cadre du Festival Québec en toutes lettres le 22 octobre. Jean-Paul Daoust, Marilou Kraft, Éric Leblanc, Hervé Métal et Pascal Cormier sont de la programmation.

    La 4e édition montréalaise du Cabaret Accents Queers sera présentée le 19 novembre à la Maison de la culture Janine-Sutto. MP Boisvert, Eugénie Lépine-Blondeau, Tranna Wintour et deux invités surprise sont de la programmation.

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