Samedi, 26 novembre 2022
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    Club Q : «Il y a eu des gens très courageux»

    La fusillade au Club Q un bar gai de Colorado Springs a fait 5 morts et 25 blessés, dans la nuit du 19 au 20 novembre, avant que le tireur présumé ne soit arrêté par la police. Témoignages et réactions d’une soirée cauchemardesque.

    Recroquevillé dans la cour de la discothèque, le barman Michael Anderson était sûr qu’il allait mourir lui aussi en écoutant les coups de feu  tirés à l’intérieur qui tuaient ses amis et collègues. « Je me suis juste senti seul, vraiment seul et terrorisé», raconte-t-il. «Je n’avais pas mon téléphone avec moi. J’avais peur de ne même pas pouvoir dire adieu à ma mère. »

    Quelques instants auparavant à peine, il servait des boissons au clients du bar. Un spectacle de drags venait d’avoir lieu pour marquer la Journée du souvenir transgenre, célébrée internationalement le 20 novembre. La musique avait repris de plus belle et il a commencé à entendre des bruits secs éclater.

    « J’ai levé les yeux et vu l’ombre d’une personne de haute taille qui tenait un fusil. J’ai bien vu le fusil, se souvient-il. «Rafale après rafale. C’était absolument terrifiant. »

    Redoutant d’être pris pour cible, Anderson a rampé jusque dans la cour où il s’est retranché, avec un collègue, entre un mur et une cabine, en quête d’une protection quelconque.

    Le tireur maîtrisé et arrêté par la police
    À l’intérieur, un homme — arrêté par la police et identifié comme Anderson Lee Aldrich, 22 ans —, tirait sur la foule présente de manière indiscriminée, tuant 5 personnes et en blessant 25 autres dont certaines grièvement. 

    « J’ai vu un fusil sortir de la porte sur la cour, le canon d’un fusil qui dépassait, se souvient Anderson. C’est là que j’ai eu le plus peur. Parce que je savais ce qui allait se passerIl allait nous trouver. »

    Ce qui s’est produit alors laisse Anderson éternellement reconnaissant envers des personnes qu’il considère comme des héros : deux individus  présents sur place — selon la police — se sont précipités vers le tireur et l’ont maîtrisé. En relevant les yeux, Anderson l’a vu plaqué au sol. « Ces gens très courageux l’ont battu et frappé, l’empêchant de faire plus de dégâts », dit-il.

    De telles violences surviennent régulièrement aux États-Unis mais pour Anderson et d’autres membres de la communauté LGBT à Colorado Springs, ville d’environ un demi-million d’habitants, la menace semblait lointaine. « La communauté ici a des liens très étroits, observe-t-il.Tout le monde se connaît. Nous sommes comme une famille. Nous pensions toujours que cela ne pourrait jamais arriver ici, jamais à Colorado Springs, jamais au Club Q, poursuit-il. Mais peut-être nous disions-nous cela pour pouvoir sortir et nous sentir en sécurité. »

    Rhétorique anti-LGBT
    Anderson espère que le tireur passera le reste de ses jours en prison. Et le pays, pense-t-il, doit changer de visage. Moins de deux semaines auparavant, durant les élections de mi-mandat, plusieurs candidats en quête de voix ont amplifié leur rhétorique anti-gay et anti-trans. Les politiciens doivent revoir leur stratégie, juge-t-il.

    « Les gens qui crachent ce genre de choses pensent que c’est inoffensif, que cela fait simplement partie de leur guerre culturelle, mais leur guerre culturelle a des conséquences réelles et je l’ai constaté par moi-même », conclut-il.

    Une communauté sous le choc
    Un drame dont le bilan aurait pu être bien plus lourd sans le courage de deux personnes, qui sont parvenues à maîtriser l’assaillant. 

    S’il n’y a pas davantage de morts, «c’est largement grâce à l’intervention d’une ou deux personnes, qui ont désarmé cet homme. Elles ont ensuite utilisé le fusil non pas pour lui tirer dessus mais pour le frapper et l’immobiliser», a réagi le maire de Colorado Springs, John Suthers, qui qualifie la bravoure des deux clients de «véritable acte d’héroïsme». 

    «Ils ont sauvé des dizaines et des dizaines de vies», a indiqué l’un des deux propriétaires du Club Q, Matthew Haynes, lors d’une veillée qui s’est déroulé dimsche soir. «Alors que tout le monde s’enfuyait, quelqu’un a couru avec sang froid sur l’agresseur»

    Son associé, Nic Grzecka, ajoute qu’une seconde personne aurait aidé à maintenir l’assaillant plaqué au sol. Selon lui, la fusillade aurait duré à peine deux minutes, et la police serait arrivée trois minutes plus tard. «Je ne connais même pas le nom de ces gens. Mais ce qu’ils ont fait est incroyable», considère-t-il, cité par le New York Times

    Joshua Thurman, 34 ans, a témoigné auprès de CNN être en train de danser lorsqu’il a entendu les tirs. Pensant dans un premier temps qu’il s’agissait de la musique, il a continué à s’amuser. «Quand j’ai entendu une autre série de tirs, avec d’autres clients nous sommes allés dans le vestiaire, où nous nous sommes mis à terre après avoir verrouillé la porte», a-t-il raconté.

    Quand il est sorti, il raconte avoir vu des corps allongés au sol, jonché de verre et du sang. Aujourd’hui, la communauté LGBTQI+ du Colorado est sous le choc : «Comment pouvons-nous reprendre le cours de nos vies sachant que quelque chose comme ça peut arriver ?» demande, en larmes, Joshua Thurman.

    La tuerie fait évidemment écho à celle du Pulp à Orlando le 12 juin 2016, l’une des attaques les plus meurtrières depuis le 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui avait fait près d’une cinquantaine de morts et ébranlé le monde entier, mais aussi celle d’Oslo le 25 juin dernier ou de Bratislava le 13 octobre dernier.

    Les réactions politiques n’ont pas tardé à apparaître, dans ce pays tristement habitué des tueries de masse, y compris venant de personnalités homophobes. C’est notamment la représentante Alexandria Ocasio-Cortez qui a répondu à l’une d’elles : « Vous avez joué un rôle majeur dans la montée de la rhétorique anti-LGBT+ et des mensonges anti-trans alors que vous passiez votre temps au Congrès à bloquer les lois les plus sensées sur le contrôle des armes à feu. Vous ne vous en tirerez pas avec des “pensées et prières”. Faites votre examen de conscience et évoluez. »

    Pour plusieurs activistes, cette tuerie qui cible encore des personnes LGBTQ+, est le symbole d’une parole homophobe et transphobe décomplexée.

    «Alors que nous attendons des réponses sur ce qui s’est passé et pourquoi au Club Q, je reste navré et en colère.» déclare Michael Anderson. «Bien qu’horrible, la fusillade de masse au Club Q de Colorado Springs ne devrait pas être une surprise. C’est ce qui se passe lorsque la rhétorique violente et la législation anti-LGBTQ sont dirigées sans relâche contre notre communauté.»

    Si les motivations du tueur présumé ne sont pas encore connues, de nombreux activistes états-uniens pointent la responsabilité de celles et ceux qui attisent et entretiennent la haine à l’égard des personnes LGBTQI+, qu’ils soient éditorialistes ou élus. Sans oublier que ces discours de haine interviennent dans un contexte de recul législatif : plusieurs États des États-Unis ont effectué des retours en arrière particulièrement inquiétants, notamment avec la loi Don’t Say Gay en Floride, mais aussi de nombreuses lois empêchant l’accès aux soins pour les personnes trans ou les restreignent dans leur pratique sportive.

    «Nous devons nous unir à mesure que nous en apprenons davantage – pour pleurer et nous souvenir de ceux que nous avons perdus, pour honorer les personnes courageuses qui ont riposté et sauvé la vie d’autres personnes pendant l’attaque et lutter pour une enquête approfondie et déterminer la motivation derrière cette attaque», a déclaré Cathy Renna du National LGBTQ Task Force, un organisme de défense des droits et de recherche d’une plus grande justice et d’égalité pour les personnrs LGBTQ. «Ce que nous savons avec certitude, c’est que la violence armée est une épidémie en cours dans ce pays, et nous devons trouver des moyens de contrôler l’accès et l’utilisation des armes automatiques.

    «L’accès accru et incontrôlé aux armes à feu, associé à la montée de la propagande violente, de la rhétorique haineuse et des mensonges destinés à provoquer une rage alimentée par la haine, a relégué ce pays dans une zone de guerre» poursuit Cathy Renna. «Il est temps que les dirigeants de notre pays cessent de se recroqueviller devant ceux qui utilisent des interprétations mal informées et intentionnellement fausses de la loi sur la liberté religieuse et la restauration et du 2e amendement. Il est maintenant temps d’adopter une politique fédérale de non-discrimination et une réforme des armes à feu. Les citoyens de ce pays méritent mieux de la part des législateurs que nous élisons. Les pensées et les prières n’ont jamais suffi. Nous devons pleurer; nous devons guérir, mais nous avons aussi besoin que le Congrès agisse. Et ne vous inquiétez pas… nous continuerons à danser, à caracoler et à vivre à haute voix, mais nous nous organiserons également et riposterons avec férocité, amour et vérité jusqu’à ce que la non-discrimination et la réforme des armes à feu soient réalisées.»

    Le signe alarmant d’un climat délétère, mais surtout d’un retour en arrière ? Viser des lieux de fête LGBTQI+ n’a rien d’insignifiant : ces attaques sèment la violence et la mort dans des endroits bâtis pour être des endroits où toute personne LGBTQI+ peut trouver un refuge et être elle-même, être protégée et faire communauté avec les siens. Ces endroits d’où sont justement partis des élans de résistance dans les années 60 contre la répression policière, à San Francisco à la Compton’s Cafeteria en 1966, puis à New York avec les émeutes de Stonewall en 1969.

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