Vendredi, 14 juin 2024
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    Massive : les maitres du manga gay

    Les lettres de noblesse associées aux mangas homoérotiques (ou Bara-Komi) sont dorénavant bien acquises et comptent de nombreux adeptes à travers la planète. Ce ne fut cependant pas toujours le cas puisque, jusqu’au début des années 2000, nombre d’artistes japonais subsistaient à peine avec une diffusion se limitant bien souvent aux cercles undergrounds.

    Cette anthologie hors du commun, où plusieurs des œuvres sont pour la première fois traduites en français, présente le panorama extrêmement riche de la diversité de la production de mangas érotiques gais, des années 70 jusqu’à nos jours, avec des incontournables comme Fumi Miyabi, Gai Mizuki, Gengoroh Tagame, Inu Yoshi, Jiraiya, Kazuhide Ichikawa, Kumada Poohsuke, Seizoh Ebisubashi et Takeshi Matsu.

    Au menu, une pléiade de corps massifs hypermasculins, ainsi qu’une présentation détaillée des artistes qui les ont créés. Chaque créateur se présente à travers une œuvre emblématique, des photographies, une analyse de sa production, de même qu’une entrevue très riche où il dévoile son parcours personnel tout en portant un regard très lucide sur sa sexualité et son esthétique.

    Les différents artistes portent également un regard fascinant, mais surprenant pour un lecteur non averti, sur l’évolution de la terminologie utilisée pour désigner le genre. Bien que le terme « Bara-Komi » s’est rapidement imposé au Japon pour désigner le manga érotique dessinée par des hommes gais et mettant en scène des hommes gais, le mot fut avant tout imposé par des hommes hétérosexuels à court de vocabulaire pour désigner le phénomène.

    Le paradoxe, c’est que la traduction littérale de « Bara » est « rose » : un terme péjoratif utilisé dans le japon des années 50 et 60 pour désigner les hommes gais (en français, l’équivalent serait sans doute « tante » ou « tantouze »). On peut sans peine imaginer pourquoi certains artistes, c’est notamment le cas de Gengoroh Tagame, soient bien évidemment agacés par cette association malvenue, mais qui s’est cependant imposée au fil du temps.

    L’ouvrage comporte également une brève et fascinante histoire du désir homosexuel masculin au Japon, allant des tréfonds du passé jusqu’à nos jours, la diversité du vocabulaire japonais pour désigner les différents types de modèles masculins (l’équivalent nippon de bear, twink, etc.), de même que sur l’évolution du secteur de l’édition homoérotique gaie japonaise.

    C’est avec plaisir qu’on y retrouve notamment un extrait de l’incomparable trilogie Goku, l’œuvre majeure de Tagame qui n’existe dorénavant que dans une traduction française rarissime, ainsi qu’une incursion dans la préhistoire avec deux hommes perplexes devant la sexualité féminine (Jiraiya), un dessinateur qui fantasme sur des sportifs dont il change allègrement le bas du corps (Takeshi Matsu), un duo de culturistes, amateurs de corde à danser, dont les frénésies sexuelles cachent une conclusion surprenante (Gai Mizuki) ou deux parrains de la mafia qui vont régler leurs conflits dans un corps à corps des plus surprenants (Kazuhide Ichikawa).

    Déjà un incontournable pour les amateurs avertis et une excellente introduction pour les curieux !

    INFOS | Massive : les maitres du manga gay / Anne Ishii, Chip Kidd & Graham Kolbeins, France : Dynamite, 2022, 280 p.

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