Lundi, 27 mai 2024
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    « Encore », le conte de toxicomanie tranquille de Marie Darsigny

    La toxicomanie est un terreau fertile en histoires, en drames et en anecdotes. Pourtant, la consommation de drogues et d’alcool est presque toujours racontée du point de vue de la réhabilitation ou de la déchéance. Rarement de la perspective d’une personne qui assume sa consommation et qui embrasse une forme de transition, comme le fait l’écrivaine Marie Darsigny en se racontant avec une honnêteté déroutante dans Encore : conte de toxicomanie tranquille (Éditions du remue-ménage).

    Crois-tu que le fait d’assumer ta consommation dans un livre est l’équivalent d’un deuxième coming out ?
    Marie Darsigny : Ça me stresse autant qu’un coming out d’orientation sexuelle pourrait le faire. Surtout que j’étais très fonctionnelle dans ma consommation, peu importe ce que ça veut dire : quand tu arrêtes de consommer, tu réalises que tu ne fonctionnais pas si bien que ça. Néanmoins, je ne pense pas que les gens qui n’étaient pas proches de moi s’en rendaient compte. Donc, c’est un peu une annonce. Quand j’ai reçu des copies du livre, ça m’a fait quelque chose de voir mon nom sur une couverture où on peut lire le mot « toxicomanie ». J’ai un rapport complexe avec les étiquettes. C’est un passage nécessaire de nommer les choses dans la vie, mais une partie de moi sait que c’est dit désormais. Quand on annonce quelque chose, un peu comme un coming out LGBTQ+, ça devient une idée fixe dans la tête des gens, alors que tout peut changer.

    Quels aspects voulais-tu mettre en lumière ?
    Marie Darsigny : Je voulais explorer les causes de ma dépendance. J’avais une interrogation et une culpabilité, parce que ça ne va pas si mal dans ma vie. Alors, pourquoi je me tourne autant vers la drogue et l’alcool ? À travers le livre, je parle beaucoup de mon enfance et de mon adolescence. Pendant que j’écrivais, ma mère m’a d’ailleurs redonné de vieux papiers qu’elle avait chez elle : des méritas de meilleure élève au primaire ou mon certificat de gardienne avertie. Je ne comprenais pas ce qui était arrivé. J’aurais aimé raconter plus d’anecdotes de consommation, mais je voulais aussi me protéger là-dedans.

    Pourquoi partager une perspective transitoire et assumée ?
    Marie Darsigny : Ça aurait été plus facile de faire une vignette sur la pire période dans ma consommation ou sur le moment où je me suis rétablie, mais comme le livre a été long à écrire, ça a influencé ce que j’écrivais. Quand je l’ai commencé, en 2019, je consommais encore. J’étais quasiment dans le peak. Si je l’avais écrit vite, ça aurait sans doute été une photo de ce moment. Par contre, avec les développements qui se sont produits, ça s’est compliqué. Je pense que mon livre peut rejoindre des personnes qui ne s’identifient peut-être pas comme dépendantes et qui ont seulement eu des passes de consommation. Dans mon cas, ma consommation se passait toujours dans des circonstances précises.

    Que réponds-tu à des gens qui prétendraient que tu encourages la consommation ?
    Marie Darsigny : Je ne pense pas encourager les gens à consommer. Je dis qu’il peut y avoir de bonnes raisons de consommer, en autant qu’on est au courant des conséquences. Moi, je sais que ça va au-delà de ma santé. Ça scrape mes relations. Quand je consomme, je me chicane avec du monde. Ça ne me tente pas. Si je lisais ce livre-là écrit par quelqu’un d’autre, ça me ferait du bien de voir qu’il y a des nuances. L’idéal serait d’encourager la consommation responsable et les informations sur la consommation. Dans le fond, on veut juste avoir les informations et prendre nos décisions. Au-delà de ça, je dis dans le livre que je savais très bien que ce n’était pas bon pour moi, mais je ne pouvais pas m’en empêcher et ça me faisait vivre des états agréables sur le coup. C’était comme une automédication. Je préférais faire quelque chose de mauvais pour ma santé que de sentir ma souffrance.

    Est-ce que l’écriture du livre t’a révélé des aspects de toi ?
    Marie Darsigny : Je ne dirais pas que l’écriture du livre m’a éclairée. Même après l’avoir terminé, mon rapport à ma consommation n’est pas devenu vraiment clair. L’écriture a même ouvert d’autres questions. Cela dit, le fait d’écrire sobre a eu un effet sur ma mémoire. Il y a plusieurs trucs que j’avais oubliés, qui me revenaient en écrivant. Je me disais : « Voyons donc que j’ai fait ça. Je me suis mise en danger ! »

    Tu fais un clin d’œil à Marguerite Duras qui a affirmé un jour être surprise d’avoir été aussi prolifique avec l’alcool qu’elle ingurgitait. Es-tu surprise d’avoir terminé ton livre ?
    Marie Darsigny : C’était plus facile pour moi d’écrire dans le temps que je consommais, de par la nature up and down de la consommation et les émotions fortes qui venaient avec. Tout ça me poussait à écrire. Aujourd’hui, il y a quelque chose dans la vie quotidienne, sobre et un peu monotone, qui fait que j’ai moins envie d’écrire. Cela dit, c’était trop pour moi, ces montagnes d’émotions. Et je suis capable de tout faire à jeun. Ça me surprend. Mais je suis capable.

    INFOS | Encore : conte de toxicomanie tranquille, de Marie Darsigny, Éditions du remue-ménage, 2023, 176 pages.

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