Dimanche, 14 juillet 2024
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    Who Sings the Queer Island Body ?, première expo solo de Kama La Mackerel

    Plusieurs d’entre vous connaissent Kama La Mackerel pour l’avoir vu.e sur scène. Aujourd’hui, iel offre sa première exposition. Originaire de l’île Maurice, l’artiste queer joue bien sûr avec la porosité des frontières qui sont pour iel artificielles, des constructions humaines issues du colonialisme. De l’appropriation des ressources naturelles, des personnes, jusqu’à celle des territoires. 

    Au fil de son parcours, Kama La Mackerel défie ses frontières par sa « queertitude », ses origines et son installation sur le territoire québécois, et tente de trouver un fil conducteur dans sa quête, qui passe indubitablement par un lien profond avec la nature qui la ramène aux sources, au commencement, avant son appropriation et son exploitation par la colonisation. Les îles ont été considérées dès leur « découverte » par les explorateurs comme des terrains de jeux pour l’exploitation des richesses et des peuples indigènes, mais aussi pour l’expérimentation scientifique, comme dans le cas des essais d’armes atomiques sur l’île de Bikini après la Seconde Guerre mondiale. 

    Kama La Mackerel est bien au fait du sort, du mauvais sort réservé aux îles tout au long de la colonisation et même après. « Il y avait dans la perception des îles, lors de leur découverte par les colonisateurs, quelque chose qui a tout à voir avec la carte postale, la beauté sauvage et belle », explique Kama La Mackerel. « Et en même temps un espace d’exploration mais à conquérir, la population comprise, et l’on connait aujourd’hui les conséquences, mais qui passent encore au second plan. Qui se souvient de la catastrophe écologique sur l’île Maurice en 2020, quand le pétrolier Wakashio s’échoue sur les côtes de l’île en déversant plus de 1 000 tonnes de fioul, et l’on pourrait multiplier les exemples. » 

    À travers les photos de l’exposition, la projection sur un support recouvert de sel, les tentures qui évoquent par des taches de couleur le contour des îles ou encore la tente installée avec deux grands poufs pour visionner une vidéo de la mer et des plages, Kama La Mackerel dépasse le message politique que l’on sent dans son projet, sur la réappropriation de sa propre histoire, celle de sa famille, pour renouer vers ce qu’iel appelle une spiritualité qui nous unirait avec la nature. « Je crois que notre démarche écologique que l’on peut voir ne peut se passer de cette démarche spirituelle, dans laquelle on [est] à l’écoute de la nature, de sa matérialité, de son souffle, de ses parfums », explique Kama La Mackerel. « C’est pour cela que je joue avec les textiles, entre autres, mais aussi avec le sel dont on connait tous l’importance et la symbolique, on dit bien le sel de la vie par exemple. »

    En fait, il faudrait changer notre regard et appréhender le monde qui nous entoure et ceux et celles qui l’habitent sans être aveuglé.e.s par le prisme néo-colonialiste, capitaliste et patriarcal blanc. Un grand défi, car pour Kama La Mackerel, même le concept de binarité du genre est un concept colonialiste se fondant sur la multiplicité des rôles auxquels s’identifier dans des traditions de peuples aujourd’hui disparus ou en voie de disparition par assimilation. 

    Une exposition à voir en prenant le temps de respirer autrement, en oubliant nos grilles de lecture bien trop réductrices et aliénantes. 

    INFOS : Jusqu’au 25 mars 2023
    Galerie McClure — Centre des arts visuels 350, avenue Victoria, Westmount
    visualartscentre.ca/mcclure-gallery

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