Jeudi, 20 juin 2024
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    L’inimitable José Claer frappe encore

    Le personnage principal du roman Ainsi soit-iel (Éditions l’Interligne) a quarante jours pour résoudre les crimes d’un tueur qui tuent des enfants de sept ans avant de les cacher dans des bonhommes de neiges… C’est ainsi que l’auteur José Claer résume son dixième livre, une œuvre romanesque et poétique absolument déroutante qui fera vibrer les personnes qui aiment les histoires peu communes, les jeux avec le langage (quitte à ne pas connaître plusieurs mots par page) et la liberté de création.

    Ainsi soit-iel est ton 10e livre. Tu écris aussi beaucoup de poésie et de théâtre. Pourquoi avoir privilégié le roman cette fois?
    José Claer : Pour le souffle. Je voulais étirer cette histoire dans le temps et la traiter comme une poupée russe. Tout est parti d’une nouvelle vue à la télé : la disparition d’un enfant afro-québécois en mars 2018. Cette image-là m’a frappé. Je ne savais pas que j’allais la macérer au point que ça devienne le thème central du roman.

    En quoi le défi de création était-il différent de tes autres formes d’écriture?
    José Claer : La longueur! Moi, je peux écrire un poème en cinq minutes. Je suis un éjaculateur précoce de la création! J’écris extrêmement rapidement. Le roman se passe entre le mercredi des Cendres et Pâques, soit quarante jours. Et j’ai écrit le manuscrit en quarante jours en 2019. Ça n’a pas été un défi du tout. Lorsque je commence à avoir tellement d’idées que j’ai peur de les perdre, je me mets à les griffonner sur n’importe quoi. Je me retrouve avec un tiroir plein, comme un puzzle, et je dois ensuite les mettre en place.

    Le livre contient plus d’une forme et plus d’un style d’écriture. Comment le présentes-tu?
    José Claer : C’est un tout. Je veux que le lecteur soit autant dérouté que je l’ai été. Je suis un canal et je reçois plein de choses. Tout ce que je ne veux pas générer avec mon écriture, c’est l’indifférence. Qu’on aime ou qu’on haïsse, j’adore ça, car j’ai provoqué une émotion. Je veux déstabiliser les gens.
    On a beau dire que c’est un roman, le livre est tapissé de poésie bord en bord.

    J’ai l’impression que tu inspires et que tu expires la poésie.
    José Claer : J’ai une facilité et une rapidité à écrire de la poésie. Toute mon émotivité
    d’hypersensible me nourrit plus qu’elle ne me ronge à l’intérieur. On m’a déjà dit que je suis un poète dans la vie. C’est vrai. La vie est une fête. Sortir de chez moi est une fête. Alors, pourquoi ne pas embrasser le monde? Je ne veux entrer dans aucune boîte.

    Je suis à la retraite depuis le printemps à cause de la maladie, la COVID longue, mais je n’ai jamais fonctionné dans un milieu professionnel. Un jour, une amie m’a engagé et m’a dit que j’ai été son pire employé, mais la personne la plus merveilleuse qu’elle a côtoyée. Je ne fit dans aucun cadre.

    En te lisant, je voyais plusieurs références culturelles à d’autres œuvres qui me donnaient l’impression que tu avais une culture énorme. Quelle place occupe le savoir dans ta vie?
    José Claer : Quand je suis allé à l’Université d’Ottawa, ce n’était pas pour apprendre un métier. Ça ne m’intéressait pas de travailler. J’ai cumulé des connaissances générales sur tout : le théâtre, la mythologie, la religion, la géographie, l’histoire. Mon but était d’être un homme du siècle des Lumières. C’est tout ce que je voulais. Je ne m’imaginais pas payer un loyer un jour. Avec le temps, c’est devenu important pour moi de partager mes connaissances dans mes œuvres. J’ai envie d’ouvrir de plus en plus le livre de ma chair et de dire : « Allez-y, bouffez moi. Je suis un buffet all you can eat! »

    Tu viens juste de donner des représentations de la pièce de théâtre La papesse woke à Gatineau. Parle-moi de ce projet.
    José Claer : J’ai créé le spectacle avec Yolande Laroche, donc le nom d’artiste est Orchidée. Elle est folle braque! Je suis tellement sage à côté d’elle. La pièce est une téléréalité dans laquelle on peut gagner une job unique au monde, celle de devenir pape. On assiste à la première journée du gagnant, un homme trans enceinte. J’aime créer des malaises et des doutes. Le spectacle était classé dix-huit ans et plus, parce que je suis nu sur scène. Je suis un homme trans. Ça fait trente ans que j’ai fait ma transition. Pour moi, c’est important d’être validé dans chaque pore de ma peau.

    INFOS | AINSI SOIT-IEL de José Claer, Éditions L’Interligne, 2023.

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