Samedi, 22 juin 2024
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    La plus belle réaction de parents à un coming out

    Il a 13 ans et il a toujours cru qu’il préférait les filles, jusqu’à ce que son meilleur ami devienne plus qu’un ami, que ses sentiments se révèlent réciproques et qu’ils se mettent en couple. Lorsque l’adolescent a fait son coming out bisexuel à sa famille, ses parents semblaient avoir lu le manuel sur l’art d’accueillir son enfant avec ouverture. Sans blague… quand j’écoutais sa mère raconter la situation, mon petit cœur a failli lâcher !

    Il faut dire que j’aimais déjà leur clan depuis longtemps. Ce sont des personnes de cœur, dynamiques et accueillantes. Je me souviens même qu’un jour, le garçon dont il est question dans la chronique me disait être victime d’intimidation à l’école, parce qu’il aime les arts, parce qu’il assume sa sensibilité (my hero!) et parce qu’il porte du vernis à ongles une fois de temps en temps pour s’exprimer. Quand il témoignait de ce qu’il vivait, j’ai senti une retenue chez lui : il a préféré ne pas répéter les méchancetés qu’on lui balançait par la tête. Et je mettrais ma main au feu qu’il essayait de me protéger, car les insultes étaient à caractère homophobe. Il ne voulait tout simplement pas que ces mots odieux se rendent à mes oreilles. J’aurais certainement pu les entendre et compatir avec sa situation, mais j’ai eu droit à sa considération.

    Des mois plus tard, sa mère m’a raconté que son gars leur a appris qu’il est bisexuel et en couple avec son ami. Dans les secondes qui ont suivi, elle et son mari ont évité tous les vieux clichés. Leurs réactions n’avaient rien à voir avec la fermeture, l’incompréhension, l’idée que c’est sûrement juste une phase, qu’il est trop jeune pour savoir ce qu’il veut ou l’impression — digne d’un autre temps — qu’ils avaient sûrement fait quelque chose de pas correct pour que leur enfant soit ainsi. Non. Rien de cela. Que du positif. Et même plus !

    La mère et le père, bien au fait des nuances dans la vie des personnes LGBTQ+, ont pris soin de mentionner à leur garçon que c’était très correct de se définir bisexuel et qu’ils ne doutaient aucunement de son orientation sexuelle, mais qu’il n’était pas obligé d’affirmer aimer les filles seulement parce qu’il avait passé des années à dire qu’il s’y intéressait. Ils ont ajouté que s’il se sentait plutôt homosexuel, il n’avait pas à prétendre aimer quand même les filles pour se rapprocher en partie des préférences de la majorité des garçons. Puis, ils ont précisé qu’une orientation sexuelle était un sentiment très personnel qui peut varier avec le temps et qu’il avait le droit de se définir bisexuel à 13 ans, homosexuel dans six mois, hétéro dans quelques années ou autre selon l’évolution de ses désirs.

    Ce duo de parents ne possède pas seulement un talent inné pour accueillir leurs enfants, leurs goûts, leurs activités, leurs rêves et leurs préférences, sans leur imposer une image préfabriquée du bonheur ou de ce qu’iels devraient devenir pour les remplir de fierté. Dans la maisonnée, autant les garçons que les filles peuvent se mettre du vernis, et pas seulement du noir ou du bleu, car ce sont des couleurs traditionnellement associées à la masculinité. Toutes les couleurs vives sont permises. Dès qu’ils en ressentent l’envie, les garçons peinturent leurs ongles. Et s’ils font face à des commentaires genrés et homophobes par des jeunes arriérés à l’école, plutôt que d’effacer leurs ongles, ils mettent une couleur encore plus flash !

    Mon petit doigt me dit qu’ils se permettent d’être eux-mêmes à 100 %, parce que leurs parents les encouragent et parce que leur père fait comme eux. Même s’il a grandi dans une région loin des extravagances de la métropole (comme moi) et que nous n’avons jamais vu un seul garçon agir de la sorte durant nos études secondaires ; et même s’il occupe un travail en posture d’autorité, que les gens associent à tort ou à raison à la masculinité toxique, il porte du vernis quand le cœur lui en dit.
    Mieux encore : le jour où ses patrons l’ont convoqué dans leurs bureaux pour lui demander de retirer son vernis dans le cadre de ses fonctions, parce que ça ne « faisait pas professionnel », il ne s’est pas débouté.

    Il a demandé à la direction si elle allait imposer aux nombreuses femmes qui exercent le même métier de ne jamais porter de vernis, et il a refusé d’effacer ces petits morceaux de couleurs inoffensifs.
    Il affiche ses convictions avec la même vigueur dans sa vie personnelle. Même si son père est le représentant par excellence des hommes de Cro-Magnon, qu’il balance des paroles homophobes comme d’autres boivent de l’eau et qu’il a en horreur l’idée que son fils et ses petits-fils mettent parfois du vernis, le papa du garçon de 13 ans persiste et signe. Si sa réaction et celle de sa femme au coming out bisexuel de leur garçon m’a renversé de joie, ce qui me rend encore plus heureux, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux et nombreuses comme eux.

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