Dans un futur éloigné, un cyborg parvient à neutraliser son protocole de sécurité et à devenir autonome. Sitôt fait, il prend deux décisions capitales : adopter le nom de Murderbot (AssaSynth, en VF) et se gorger de milliers d’heures de séries télévisées kitchs. Malheureusement, le groupe d’humains qu’il doit protéger affronte de multiples périls qui perturbent son écoute !
Interprétée par un Alexander Skarsgård qui navigue avec maestria entre indifférence, incrédulité et fascination à l’endroit de ses compagnons humains, la série alterne entre satire, drame, humour slapstick et action, tout en proposant des questionnements plus profonds sur ce qu’est véritablement un être humain. En effet, les cyborgs sont des êtres composés d’éléments technologiques et biologiques ayant le même statut qu’un grille-pain. Lorsque l’équipage réalise qu’il est doté de conscience, il hésite donc entre la méfiance pour cet électroménager potentiellement meurtrier et les questionnements existentiels : peut-on réduire en esclavage ce qui n’était tout d’abord perçu que comme un simple objet ?
Relaté du point de vue du cyborg, celui-ci partage sa critique mordante des comportements humains qu’il considère comme puérils. Il se demande cependant s’il n’a pas été infecté par un virus d’empathie, puisqu’il se surprend à prendre des décisions illogiques afin de leur venir en aide. En effet, l’exploration d’une planète amène son cortège de problèmes, allant d’attaques de créatures féroces (incluant une scène de copulation mémorable) à des forces ennemies qui ont décimé un autre groupe d’explorateurs.
Par ailleurs, AssaSynth est hanté par des souvenirs violents et confus qui agitent sa mémoire tampon : qu’est-ce que cache son passé ? Heureusement qu’il peut compter sur ses séries télé pour oublier ces visions perturbantes, en particulier Apogée et déclin de la Lune sanctuaire, qui assume à fond les clichés du genre. Bien qu’il soit dénué d’organes génitaux (une vision particulièrement troublante) ou même du moindre intérêt pour la romance, certains de ses compagnons portent sur lui un regard concupiscent et se demandent même s’il pourrait faire office de sexbot. La série se distingue d’ailleurs en présentant un futur où la notion d’une hétérosexualité hégémonique est évacuée, ce qui se manifeste notamment dans les hésitations des membres d’un trouple, qui ne suscitent qu’une exaspération polie chez leurs compagnons de voyage.
La série est basée sur une série de romans de Martha Wells qui a remporté de nombreuses récompenses, dont les prestigieux prix Hugo, Julia-Verlanger et Nebula. Apple TV en propose une adaptation très fidèle à l’écran, tant par le ton sarcastique de son personnage titulaire, que par l’enfilade de scènes d’action ou dramatiques, le tout mâtiné d’une dose d’humour très efficace. Comme la série de romans se compose de sept volumes, on ne peut qu’espérer une adaptation des autres opus.
INFOS | Les dix épisodes de Murderbot (AssaSynth) sont disponibles, en anglais et dans un excellent doublage français réalisé au Québec, sur Apple TV.

