Vous pensez peut-être que mon titre est une blague. Mais si vous rêvez secrètement que l’extrême droite prenne le pouvoir, que les femmes restent à la maison et que les gais retournent dans le placard, sachez qu’on va voler vos blondes les unes après les autres.
Pour le bien de cette chronique, je me suis inspiré de certains créateurs de contenu (dont Mr Williams sur TikTok) pour réfléchir aux mariages lavande qui ont existé pendant des décennies. Un mariage lavande, c’est quand deux personnes concluent une union de convenance pour dissimuler l’orientation sexuelle d’une des deux personnes ou des deux.
Maintenant, je ne veux pas en entendre un affirmer que je n’ai aucune chance de séduire la gent féminine, parce que j’ai pas ce qu’il faut pour satisfaire les femmes au lit. Premièrement, elles vont être libres de s’amuser avec d’autres gars sans que j’aie un mot à dire sur le sujet. Deuxièmement, je suis pas mal certain que je peux les faire mouiller grâce à mon arme secrète : je vais partager la fucking charge mentale !
Quand elles vont réaliser que je suis capable de publier 34 livres par mois, d’être journaliste à temps plein et d’organiser une douzaine de shows par année, tout en ayant une vie sociale, sportive et culturelle, elles vont voir qu’elles n’auront pas besoin de mettre des repas dans le congélo en prévision des soirs où je suis responsable des enfants.
En échange de notre mariage de convenance, je vais lui proposer tous les soirs un massage complet sans me tanner après trois minutes pour avoir du mauvais sexe. Promis, juré, je ne chialerai pas quand elle va proposer d’aller magasiner. Et non, ce n’est pas à cause du cliché voulant que les homos aiment donc ben faire les boutiques, comme si on était des robots fabriqués dans la même usine à gais. C’est parce que je suis capable de trouver les mots pour la convaincre qu’elle a trouvé les bons morceaux sans les réessayer 35 fois, avant d’aller au cinéma pour fantasmer sur nos acteurs préférés.
Autre avantage pour elle : quand on va marcher sur la rue, il n’y a aucune chance qu’elle se fasse voler avec son mari homosexuel, parce que j’ai passé ma vie à scruter tous les espaces où j’arrive pour éviter d’être jugé ou de me faire battre. Je vous le dis : les femmes vont être fières de se pavaner avec leurs maris gais qui prennent soin de leurs cheveux, de leurs faces et de leur forme physique, parce qu’on va quand même crouler sous les diktats dégueulasses de la beauté homosexuelle pour aller fourrer dans les lieux clandestins.
D’ailleurs, je prévois glisser dans le sac à main de ma future femme une liste des meilleures places où bruncher en l’encourageant à rester là-bas pendant des heures avec ses chums de filles, pendant que je couche avec le jardinier dans le gazebo. Je vais même aller la chercher en voiture pour qu’elle boive autant de mimosas qu’elle veut. À son retour, je vais lui mettre du vernis à ongles pendant qu’on fait un marathon de Love is Blind, Grey’s Anatomy et Gilmore Girls !
Quand ça va être le temps de se préparer pour assister au mariage de son cousin qui vit à Lavaltrie, elle n’aura pas besoin de se battre pour me convaincre de porter une chemise et un mouchoir qui matchent avec la couleur de sa robe, parce qu’on va tout avoir acheté un soir sur Internet, pendant que les p’tits monsieurs hétéros se donnent l’impression d’être encore en forme parce qu’ils jouent au hockey cosom dans un gymnase de cégep, même si, dans le fond, ils passent à peine 12 minutes sur le terrain.
Rendu au mariage, je vais remarquer le rouge à lèvres sur ses palettes, la brindille pognée dans ses cheveux et la bretelle qui dépasse de sa robe, parce qu’elle n’a jamais eu besoin de m’avertir quand elle raccourcissait ses cheveux d’un demi-pouce. À l’église, je vais lui fournir un mouchoir pendant qu’elle pleure, parce que les vœux des mariés sont beaucoup trop touchants, en sachant très bien qu’on va juger le linge de tout le monde dans le char entre l’église et la salle.
Plus tard en soirée, on va se bourrer la face dans le gâteau sans culpabilité, parce qu’on va courir le lendemain dans nos leggings moule-culs qu’on a achetés ensemble. Et quand le party va commencer, on va sortir nos meilleurs moves sur une toune de Chappell Roan, pendant que les petits dudes nous regardent sur les lignes de côté.
J’entends déjà les monsieurs hétéros prétendre qu’on les menace de soutirer leurs femmes, mais j’ai des petites nouvelles pour eux : les femmes peuvent choisir pour elles-mêmes et il existe des situations où l’évidence est beaucoup trop forte pour la combattre. Ce que j’essaie de vous dire, les boys hétéros, c’est que vous devriez vous battre avec nous pour qu’on garde nos droits si vous voulez avoir encore un mince espoir de garder vos blondes.

