Samedi, 17 janvier 2026
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    Jimmy Moore derrière les paillettes

    Derrière la reproduction du célèbre Eras Tour, qui a rallié plus de 65000 spectateurs et spectatrices, se cache Jimmy Moore : des décennies de carrière, des débuts cahoteux, des conditions de travail ardues, des conflits avec d’autres drag queens, une arrogance (ou une confiance?) qui dérange, mais aussi de la résilience, du travail et une persévérance à toute épreuve. C’est ce qu’on découvre en lisant son deuxième livre, La Taylor Swift du Québec, écrit avec simplicité, comme une discussion autour d’un café avec l’artiste.

    Qu’est-ce que ça t’apporte de publier des livres ?
    Beaucoup de fierté. Ça faisait partie de mes rêves d’artiste d’avoir un jour mes livres sur les tablettes. Ma plus grande joie, c’est de pouvoir me rapprocher de mon public et de mes fans, d’avoir un contact plus personnel avec les gens qui me suivent et de lire leurs commentaires après coup.

    Ton histoire d’amour avec Taylor Swift a commencé en 2014, quand tu as commencé à la personnifier ici et là. Onze ans plus tard, tu reproduis entièrement son Eras Tour. Est-elle devenue plus importante que Madonna dans ta carrière ?
    Ça me brise le cœur de répondre que oui, parce que Madonna m’a donné le courage de foncer dans la vie. Mais il n’y a rien de plus marquant que Taylor Swift depuis mes débuts. Ce projet-là, c’est le sommet de ma montagne. On est rendu à 33 représentations devant 65 000 spectateurs, dans des salles de 900 places, comme au Capitole, ou en plein air. Et il y a des gens qui reviennent encore et encore ! En trois ans, certaines Swifties ont vu mon spectacle plus de 25 fois !

    Pourquoi reviennent-elles, selon toi ?
    C’est une grande célébration. Environ 30 % du public, ce sont des enfants. C’est magique de les voir réagir à ce que je fais et leur énergie devient contagieuse pour le reste du public. Et puis, plusieurs personnes qui viennent me voir n’avaient pas les moyens d’assister à un concert de Taylor Swift. Je ne me compare pas à elle, évidemment, mais disons que c’est the next best thing pour vivre — ou revivre — cette tournée-là.

    Dans ton livre, tu décris les conditions de travail difficiles des artistes en général, et des drags en particulier. Pourquoi voulais-tu que le public comprenne ça ?
    Parce que je trouve important de dire les vraies choses. Plusieurs artistes ne montrent que le beau et sont dans le paraître, mais la vie, ce n’est pas que ça. Je voulais raconter ce qu’il faut traverser avant d’atteindre un certain confort sur scène. Peu d’artistes parlent de ça avec transparence. Il y a souvent beaucoup de crémage, des licornes et des paillettes. Moi, je veux montrer aussi les coulisses.

    Tu parles aussi d’un spectacle d’humour que tu avais monté et que tu n’as jamais refait, même s’il avait été très bien reçu. Pourquoi ?
    L’année de mes 35 ans a été la pire de ma vie. Rien ne fonctionnait. J’étais entre deux chaises… ou plutôt assis à terre. (Rires.) Et c’était de ma faute. Le spectacle allait bien, mais j’étais mal entouré à l’époque. Je me suis dit : je ne peux pas tout faire. C’était très bon, mais mon premier amour reste la personnification. C’est là que je m’épanouis vraiment.

    Tu écris qu’il existe, dans la famille drag, autre chose que l’exubérance et l’exagération. En quoi ta forme d’art est-elle plus réservée ?
    Je suis quelqu’un de calme dans la vie. Je ne suis pas du genre à crier ou sauter partout pour attirer l’attention. Mes spectacles commencent à 19 h. Après 75 minutes, je parle un peu au public, je prends le temps de saluer les gens, puis on repart pour un autre bloc de deux heures.
    Je suis avant tout un acteur. Je ne suis pas là pour mettre de l’avant ma personnalité, mais pour reproduire un univers et présenter un spectacle. C’est une approche différente de celle des drags plus flamboyantes.

    Tu soulignes que tes relations avec les autres drags n’ont pas toujours été faciles et que tu n’étais pas toujours agréable. Qu’est-ce qui se passait ?
    Quand j’ai commencé, j’avais la tête enflée. J’avais la chance d’avoir des producteurs très tôt dans ma carrière et j’étais souvent invité à la télé. Et, comme mon idole à l’époque c’était Madonna — une artiste pas particulièrement chaleureuse — je reproduisais un peu son attitude. Elle me collait à la peau à 100 %. C’était un copier-coller complet, et ce n’était pas une bonne idée. Aujourd’hui, si je croisais quelqu’un qui agit comme ça, je lui dirais que c’est une très mauvaise approche. J’imagine que ça causait indirectement des frictions avec d’autres drags. Et puis, j’ai toujours eu une grande confiance en moi, ce qui est souvent perçu comme de l’arrogance. Cela dit, oui, j’étais arrogant plus jeune. J’ai mis ça de côté avec le temps. C’était nuisible. Maintenant, je préfère laisser le travail parler pour moi.

    Qu’est-ce qui t’a poussé à défendre Sophie Durocher, malgré tout ce qu’elle a écrit sur les communautés LGBTQ+ ?
    J’avais lu plusieurs choses sur elle avant notre entrevue et je savais qu’on n’avait pas les mêmes opinions. Mais je trouvais que certaines réactions à son sujet étaient exagérées, comme des tempêtes dans un verre d’eau. Des fois, des gens s’en mêlaient pour se donner de l’importance et je ne comprenais pas. Un de mes designers, qui la connaît bien, me disait qu’elle était super gentille. Alors, j’ai voulu juger par moi-même.

    Et quand elle m’a reçu, elle était vraiment accueillante, drôle, ouverte. Peut-être qu’elle a changé… ou peut-être qu’elle est simplement plus nuancée qu’on le croit. Mais, aujourd’hui, il faut être très prudent avec ses opinions. Si on ne pense pas comme la majorité, on peut se faire annuler rapidement. Je voulais aller au-delà de ça et me faire ma propre idée.

    INFOS | JIMMY MOORE, La Taylor Swift du Québec

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