Cela faisait un bon moment qu’une adaptation de roman sentimental pour le petit écran n’avait pas enflammé Internet — Bridgerton, quelqu’un ? — mais voilà que Heated Rivalry arrive à point nommé pour combler l’appétit vorace des amateur·rice·s de romances. Adaptée de la série de romans à succès Game Changers de Rachel Reid, et signée par le créateur, scénariste et réalisateur Jacob Tierney (Letterkenny), cette production originale de Crave — diffusée sur HBO Max aux États-Unis — s’est rapidement imposée comme un sujet brûlant, tant chez les critiques que chez le public. Et pour une raison principale : son refus assumé de faire semblant que le sexe n’existe pas.
⚠️ Attention : divulgâcheurs pour l’épisode 4 de Heated Rivalry ⚠️
Lorsqu’il est présent, le sexe peut devenir un puissant outil de développement narratif, aussi essentiel que les silences, les non-dits et les regards échangés hors de la chambre. En ce sens, Heated Rivalry frappe juste. L’évolution de la relation entre les deux protagonistes peut être suivie presque exclusivement à travers la manière dont ils s’embrassent, se touchent — et oui, couchent ensemble, dans une variété de positions qui en dit long sur leur intimité grandissante.
Il serait donc erroné — voire malhonnête — d’affirmer, comme l’ont fait certain·e·s critiques, que les scènes sexuelles de la série n’ont aucune fonction narrative. La relation entre Shane Hollander (Hudson Williams) et Ilya Rozanov (Connor Storrie) se construit autant derrière des portes closes que dans les scènes où ils peinent à mettre des mots sur leurs émotions. Nulle part cette dynamique n’est aussi évidente que dans le 4e épisode qui porte le titre de « Rose », écrit et réalisé par Tierney : probablement l’épisode le plus torride de la série à ce jour, mais aussi celui qui se conclut par l’un de ses échanges les plus déchirants.

On a beaucoup insisté sur le caractère très adulte de Heated Rivalry, mais on a souvent négligé de reconnaître que les rencontres sexuelles entre Shane et Ilya servent bel et bien l’arc narratif global, tant sur le plan amoureux que personnel. Rivaux acharnés sur la glace — Shane est capitaine des Metros de Montréal, qui affrontent régulièrement l’équipe d’Ilya, les Raiders de Boston —, les deux hommes laissent émerger une vulnérabilité inattendue dès que les codes du hockey s’effacent.
Plus réservé et inexpérimenté au départ, Shane gagne peu à peu en assurance au fil des années, notamment à travers les textos secrets qu’il échange avec Ilya sous le pseudonyme de « Lily ». Ces messages deviennent progressivement aussi audacieux que ceux d’Ilya, révélant un désir qui dépasse largement le cadre d’une simple aventure. L’épisode « Rose » confirme d’ailleurs que leurs rencontres ont toujours été limitées à la saison de hockey : des rendez-vous clandestins dans des hôtels, soigneusement planifiés lors des matchs entre leurs équipes. Or, hors saison, il devient de plus en plus difficile pour eux de ne pas penser l’un à l’autre.
Si les sauts temporels de la série ont suscité certaines critiques, l’épisode 4 les utilise avec efficacité pour démontrer que leur relation a évolué bien au-delà de la sexualité, même s’ils sont incapables de se l’avouer. Le montage d’ouverture — alternant collisions violentes sur la glace et corps emmêlés dans un lit ou sous la douche — est explicite, certes, mais ce sont surtout les moments où ils guettent fébrilement leur téléphone qui trahissent l’attachement profond qui s’est installé. Lorsque les Metros remportent la coupe deux années de suite, Ilya observe Shane soulever le trophée depuis son salon, souriant malgré l’amertume de la défaite.
Tout culmine lors d’une rencontre qui devait être, au départ, un autre rendez-vous secret banal. Mais un glissement subtil s’opère. Pour la première fois, Ilya invite Shane à rester. Ils dorment ensemble. Ils partagent un repas. La scène du sandwich marque un tournant : Ilya ne prend pas soin de Shane dans un contexte sexuel, mais dans un geste du quotidien, simple, presque domestique. Shane, déstabilisé, ne sait pas comment accueillir cette attention.
Sur le canapé du salon, la mise en scène souligne la distance physique et émotionnelle entre eux. Peu à peu, elle se réduit — notamment après un appel d’Ilya avec son père malade, Grigori. Mais cette proximité demeure fragile ; elle bascule rapidement vers le terrain connu du sexe, plus sécurisant, moins chargé émotionnellement.
Jusqu’ici, ils ne s’étaient jamais appelés que par leur nom de famille. Or, dans un moment d’abandon, ils utilisent pour la première fois leurs prénoms. Ce détail, en apparence banal, suffit à faire éclater les défenses de Shane. Paniqué par ce que cela signifie, il se retire brusquement, inventant un prétexte pour partir.
C’est dans ce contexte qu’il s’engage ensuite dans une relation publique avec l’actrice Rose Landry (Sophie Nélisse), incarnation de tout ce qu’il croit pouvoir assumer : une romance visible, socialement acceptable, sans risque apparent. Le problème n’est pas Rose — la série évite d’ailleurs les clichés habituels —, mais le mensonge que Shane entretient envers lui-même.
À deux épisodes de la fin de la saison, l’issue de la saison demeure incertaine. Mais si Heated Rivalry respecte la règle d’or de toute grande romance, Shane et Ilya sont probablement destinés à se retrouver (d’autant plus qu’on vient d’apprendre que la série vient d’être renouvelée pourra moins une saison.


