Il fut un temps où Nicki Minaj incarnait une forme de subversion pop : exubérante, camp, excessive, adorée par les communautés LGBTQ+. Une artiste qui jouait avec les identités, les performances de genre et les codes du hip-hop masculiniste. Mais ce temps semble désormais révolu. À 43 ans, la rappeuse autrefois célébrée pour son audace créative s’enfonce dans une posture inquiétante : intolérante, conservatrice, et désormais ouvertement alignée sur l’idéologie MAGA.
Le dernier épisode en date en est une démonstration brutale.
Une attaque homophobe assumée
Lundi 19 janvier, Nicki Minaj s’en est prise publiquement au journaliste Don Lemon, ouvertement gay et marié depuis 2024 à Tim Malone. En cause : un reportage de Lemon sur une manifestation dans une église de St Paul, au Minnesota, où des protestataires ont interrompu un service religieux pour dénoncer la présence d’agents de l’ICE dans l’État.
Dans une publication sur X, écrite en majuscules rageuses, Minaj a qualifié Lemon à l’aide d’une insulte homophobe, l’a traité de « disgusting » et a réclamé son incarcération : « LOCK HIM UP!!!!! » Une rhétorique qui, jusque dans ses mots, épouse sans détour le vocabulaire trumpiste.
Pour accompagner son délire numérique, la rappeuse a publié une image de poupée Chucky — un visuel qu’elle avait déjà utilisé pour attaquer le gouverneur démocrate Gavin Newsom lorsqu’il exprimait son soutien aux enfants trans. La haine, chez Minaj, n’est plus une maladresse : elle est devenue un langage.
Le mépris du journalisme, le mépris des queers
La réponse de Don Lemon, sobre et cinglante, a mis en lumière le vide intellectuel de l’attaque :
« Je ne suis pas surpris que Nicki Minaj ne comprenne pas le journalisme et se mêle de sujets qui dépassent ses capacités. »
Il a ajouté que l’image la plus appropriée pour représenter la chanteuse serait plutôt une “Pick Me Doll” — référence à ces figures publiques prêtes à tout pour obtenir l’approbation d’un groupe dominant, même au prix de renier leur propre public.
Et c’est bien là que le bât blesse.
Une trahison politique et culturelle
Depuis plus d’un an, Nicki Minaj a multiplié les prises de position anti-LGBTQ+, tout en s’affichant comme une fervente partisane de Donald Trump. Ce virage a d’abord laissé ses fans perplexes. Il est aujourd’hui impossible à ignorer.
En novembre dernier, elle relayait des propos alarmistes de Trump sur la prétendue « menace existentielle » pesant sur les chrétiens au Nigeria, exprimant sa « profonde gratitude » envers l’ancien président pour son soutien à la chrétienté. Lorsque des fans — majoritairement LGBTQ+ — ont osé lui rappeler que Trump représente une menace directe pour leurs droits, Minaj a répondu avec un mépris glaçant.
À un fan inquiet, elle a écrit : « Imagine entendre que des chrétiens sont persécutés et être incapable d’avoir de l’empathie pour eux parce que tu es obsédé par Trump… »
À un autre : « Imagine entendre que des chrétiens sont MURDERED et faire ça à propos du fait que tu es gay. »
Le message est clair : pour Minaj, les personnes LGBTQ+ sont désormais coupables de réclamer trop d’attention, trop de droits, trop de reconnaissance. Une rhétorique classique de la droite conservatrice — reprise mot pour mot.
Le faux équilibre moral
Minaj prétend encore qu’elle « défendra » les personnes LGBTQ+ de la même façon qu’elle défendrait des chrétiens persécutés. Une déclaration creuse, aussitôt contredite par ses actes : partage de contenus anti-trans issus de la Maison-Blanche, attaques ciblées contre des journalistes gays, glorification d’un mouvement politique qui criminalise les personnes trans et diabolise les communautés queer.
Le masque est tombé.
Turning Point USA : la scène de la rupture
Le point de non-retour est survenu lorsqu’elle est montée sur scène lors d’un événement de Turning Point USA, organisation ultraconservatrice connue pour ses positions anti-LGBTQ+, anti-avortement et pro-Trump. Aux côtés d’Erica Kirk, Minaj s’est justifiée : elle serait « tannée de se faire pousser autour ».
Elle a qualifié les MAGA de « cool kids », vanté une administration Trump « pleine de cœur et d’âme », et lancé, sous les applaudissements, cette tirade sidérante : « Boys, be boys… It’s OK. Be boys. There’s nothing wrong with being a boy. »
Une phrase qui, dans le contexte actuel de violences contre les personnes trans et non binaires, résonne comme un signal politique clair : l’alignement avec une vision rigide, excluante et dangereuse du genre.
“MAGA Minaj” : le surnom qui colle
Lorsque la drag queen Heidi N Closet (RuPaul’s Drag Race) a rappelé qu’elle avait déjà qualifié Minaj de « MAGA Minaj » il y a cinq ans, la rappeuse n’a pas répondu sur le fond. Elle s’est contentée de corriger une faute de grammaire — then versus than — posture typique de quelqu’un à court d’arguments mais avide de domination symbolique.
Le message, encore une fois, était limpide : le mépris plutôt que le dialogue.
« She is not our friend »
La réaction de la communauté LGBTQ+ ne s’est pas fait attendre. Pride UK a publié un message sans équivoque : « Dear LGBTQ+ Venues… Please refrain from playing any Nicki Minaj music. She is not our friend. »
Plus de 1,8 million de vues, des dizaines de milliers de mentions j’aime, et des commentaires désactivés tant la colère était palpable. Pour beaucoup, la rupture est consommée.
La fin d’un pacte
Nicki Minaj n’est plus une artiste controversée par provocation. Elle est devenue une figure réactionnaire par conviction. En attaquant un journaliste gai, en relayant des discours anti-trans, en s’alignant sur MAGA, elle ne choque plus : elle exclut.
Il y a quelque chose de profondément tragique à voir une artiste façonnée par une base queer décider, consciemment, de cracher sur celle-ci pour obtenir l’approbation d’un pouvoir conservateur qui ne l’aimera jamais vraiment.
Nicki Minaj a peut-être encore des succès commerciaux. Mais culturellement, politiquement et moralement, elle a déjà quitté la scène qui l’a portée.

