On ne présente plus le chercheur et sociologue Michel Dorais, qui a consacré sa carrière à comprendre l’exclusion, entre autres chez les personnes de la diversité sexuelle et de genre. En collaboration avec Radjoul Mouhamadou, enseignant en science politique, il publie Mon Québec inclusif : 12 voix engagées. Douze personnalités ont été invitées à s’exprimer sur la question de l’inclusion. Elles sont d’origine québécoise ou le sont devenues.
Elles proposent leur regard, parfois façonné par leur expérience ou celle de leurs parents, par leur pratique et par leur engagement. Toutes, en fait, prêchent pour un Québec qui, plus qu’inclusif, serait sans exclusion. Rencontre avec Michel Dorais.
D’où vous est venue, à Radjoul Mouhamadou et à toi, l’idée, d’une part, de faire le point sur l’inclusion des personnes minorisées au Québec et, d’autre part, de demander à 12 auteurs et autrices de réfléchir à l’inclusion?
Michel Dorais : J’avais cette idée de parler d’inclusivité et j’en ai parlé autour de moi, notamment à Pascale Navarro, qui est une voisine, ou encore à Radjoul, qui enseigne au Cégep de Sainte-Foy et que je croisais souvent dans les rues de Québec. Nous avons fini par en parler. En fait, nous étions inquiets de la montée des discours de droite qui viennent du Sud et qui s’installent tranquillement ici. Des discours qui ne s’inscrivent plus seulement dans l’intolérance, mais dans la haine. Je ne pense pas que le mot soit trop fort. Cela nous a motivés puisque nous avions envie de parler de la diversité humaine. Au moins la moitié du livre parle de la diversité sexuelle et de genre et l’autre moitié, de personnes issues de l’immigration récente ou ancienne, donc de la diversité culturelle.

Comment avez-vous choisi les personnes qui ont participé à cet ouvrage?
Michel Dorais : J’avais établi une liste de 15 personnes et 11 ont dit oui tout de suite. Certain·es sont des ami·es, d’autres sont simplement des connaissances, mais je connaissais leur travail depuis longtemps, comme Alexandre Dumas, par exemple, qui est un historien spécialiste de l’histoire du Québec. Et ils et elles sont toustes québécois·es, même si certain·es viennent d’horizons lointains, comme Fabrice Nguena. Ce sont des personnes qui ont des voix fortes et qui nous donnent le goût d’agir, de réagir. Nous pouvons toustes agir pour lutter contre l’exclusion et le rejet. Les personnes réunies dans cet ouvrage sont, en quelque sorte, des exemples.
Dans ton texte, que tu intitules La recette oubliée de Janette, tu prends exemple sur la façon dont elle abordait les problèmes sociaux et surtout sur sa manière d’être à l’écoute des invité·es à ses émissions.
Michel Dorais : Bien sûr. Janette Bertrand avait ce sens inné de la relation avec ses invité·es. Elle les traitait avec respect et abordait des sujets méconnus du grand public. Sa façon d’être, sa bienveillance et sa curiosité ont contribué à ouvrir les esprits au Québec. Une recette assez simple : l’empathie, la curiosité intellectuelle, le respect de l’autre. C’est ce que l’on retrouve dans tous les textes de celles et ceux qui ont contribué au livre.
Janette Bertrand déconstruisait les préjugés, qui naissent avant tout de l’ignorance. Et c’est bien contre cette ignorance et la désinformation, de plus en plus présentes à l’égard des personnes issues de l’immigration ou encore de celles de la diversité sexuelle et de genre, que nous devons lutter. Il faut empêcher que l’ignorance prenne le pas sur la connaissance.
Mais encore faut-il que cette connaissance soit accessible, tant sur le plan monétaire qu’intellectuel.
Michel Dorais : Nous tenions beaucoup à ce que ces témoignages soient accessibles au plus grand nombre. En somme, il s’agit d’aller au-delà des étiquettes que l’on pose trop facilement, en oubliant que rien de ce qui est humain ne doit nous être étranger. L’inclusion passe par ces rencontres avec les autres, quels que soient leur origine, leur âge ou leur appartenance à la diversité sexuelle ou de genre.
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Douze textes qui portent des réflexions et qui sonnent comme autant d’appels à l’action, avec un message d’ouverture et de compréhension. Un premier pas pour que le Québec soit réellement inclusif.
INFOS | Mon Québec inclusif : 12 voix engagées. De Mélikah Abdelmoumen,
Julie-Maude Beauchesne, Maxime Beauregard-Martin, Pascale Cormier,
Samuel Desbiens, Alexandre Dumas, Pascale Navarro, Fabrice Nguena,
Maïka Sondarjee, Alexis Vollant, Radjoul Mouhamadou,
Michel Dorais. Somme toute – Éditions, 2026, Disponible dès le 1er septembre

