Mercredi, 26 août 2026
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    Xénia Gould, créer pour faire vivre notre communauté

    L’artiste multidisciplinaire Xénia Gould (parfois mieux connue sous le nom de Chiquita Mére) a particulièrement brillé cet été. L’Acadienne a été nommée coprésidente d’honneur de Fierté Montréal, elle que l’on pouvait déjà retrouver sur les grands écrans de la province dans le film François.e. Avec le lancement de son nouveau livre, Juste vider ton cœur, et ses spectacles à venir avec Sami Landry, rien ne laisse croire qu’elle chômera cet automne.

    Comment as-tu réagi quand on t’a appris que tu allais être coprésidente d’honneur de Fierté Montréal?
    Xénia Gould : J’étais vraiment surprise et touchée. Presque 10 ans passés, j’étais présidente d’honneur au Festival de la Fierté de Moncton, River of Pride. Fait que presque 10 ans plus tard, de me voir donner cette plateforme-là à Fierté Montréal, c’est quand même un moment full circle. Ça m’a pris longtemps à feeler comme si je faisais partie de la communauté montréalaise, puis là, on dirait que c’est la cerise sur le top qui me confirme que j’en fais partie. Mais que je fais non seulement partie de la communauté montréalaise, [que je peux aussi apporter] mon acadienneté avec moi. Je suis pas Québécoise, je suis une Acadienne qui vit à Montréal, au Québec. On n’efface pas ça dans ma pratique, c’est ça que les gens aiment, c’est ça que le monde aime voir, c’est ça qui les intéresse, je pense, en partie.

    Quel message as-tu voulu partager avec cette plateforme que Fierté Montréal t’a offert?
    Xénia Gould : Vraiment, la chose que moi je voulais partager, c’était de parler de l’art et de la création. Pour pouvoir me rendre à ce moment full circle-là de presque 10 ans plus tard, il a fallu que je saute dans différents médiums artistiques sans savoir what the fuck que je faisais. J’ai commencé en humour, j’avais jamais fait d’humour de ma vie. J’ai commencé en poésie, j’avais jamais écrit un poème. J’ai été en cinéma, j’avais jamais fait de montage de ma vie… Tous ces différents médiums-là, à chaque fois, c’était vraiment de façon autodidacte, puis c’était de façon un peu « sauter dans le néant sans savoir qu’est-ce que je fais ».

    Ce qui m’a apportée à ce point-ci, c’est ce qui m’a amenée à me découvrir comme artiste, mais aussi à me découvrir dans mon identité de genre en tant que femme trans. C’est à travers le drag que j’ai pu commencer à questionner mon genre. Je suis vraiment grateful que j’aie cette plateforme-là, que je puisse partager mon parcours puis hopefully inspirer des gens autant à Montréal que dans des petites villes qui sont pas Montréal.

    Xénia Gould / CRÉDIT PHOTO : HAMZA ABOUELOUAFAA

    Tu sembles augmenter en popularité au fil des années. Comment vis-tu ça? Cela vient-il avec un certain stress?
    Xénia Gould : Je dirais que non, parce que ça a été quand même graduel puis ça a été
    vraiment le fun, puis ça a vraiment été de belles opportunités qui m’ont apportée jusqu’ici. Avec la coprésidence, ce que je veux vraiment mettre de l’avant, c’est que je me suis rendue ici en créant. Tu sais, je me suis pas réveillée puis j’ai dit : « OK, dans 8 ans, je vais devenir coprésidente d’honneur », comme non! C’est en me lançant constamment… en étant vulnérable, puis en mettant mon art out in the world que j’ai pu arriver à des opportunités qui m’ont amenée à d’autres opportunités, qui m’ont amenée à d’autres opportunités. Ça fait effet boule de neige.

    On est dans un monde qui veut nous effacer comme communauté. Le monde va dire que c’est brave ce que je fais pour m’affirmer, mais en moi, c’est juste que j’ai continuellement créé. Je pense fortement qu’à la place de se cannibaliser, c’est le temps qu’on crée! Que ce soit bon, que ce soit mauvais, que ce soit sexy, que ce soit drôle, que ce soit intellectuel, que ce soit militant, que ce soit musical, comme whatever que nous, comme communauté, on a en nous, c’est le temps qu’on le partage out in the world.

    C’est sûr que des fois, ça peut paraître difficile parce qu’il y a la peur de partager de quoi de vulnérable dans notre art, mais on a des téléphones, on a du papier, on a des crayons, on a les choses dont on a besoin pour créer, puis même si on n’est pas confiant·e dans ça, je pense vraiment qu’il faut qu’on se lance puis qu’il faut qu’on s’encourage entre nous à créer. Parce que c’est notre façon très matérielle de montrer au monde qu’on est ici. C’est à nous de créer ces espaces-là puis ces œuvres-là. Puis, que ce soit bon ou pas, who cares! Plus on crée de choses, plus on sera visibles.

    Je veux rappeler au monde que c’est un énorme privilège de vivre dans une grande ville où il y a des institutions qui sont là pour nous soutenir, que ça fait longtemps qu’elles sont là. Il y a des institutions culturelles, des ressources, de l’argent, plus de gens en nombre qui sont comme nous. On a tout en place pour pouvoir créer. Puis d’avoir grandi dans une petite ville, on n’a pas ce privilège-là, on n’a pas le même argent, on n’a pas les mêmes ressources, on n’a pas le même nombre de gens. Fait que moi, j’ai à dire à ces gens-là qui vivent peut-être dans une situation où, comme, ils feelent qu’ils méritent mieux ou ils feelent qu’ils sont meant pour mieux, ben moi, je leur dis : créez!

    Cet été, on a pu te voir dans le long-métrage François.e, une comédie signée Jean-François Asselin, avec Louis Morissette et Pascale Devrillon. Que tires-tu de cette expérience?
    Xénia Gould : J’ai adoré mon expérience. C’est mon premier long-métrage. Dès le début, quand j’ai vu que c’était Gabrielle Boulianne-Tremblay qui faisait la coécriture du scénario, j’étais comme « je suis down », parce qu’il y avait [une personne trans] à l’écriture — pas juste à la dernière minute pour faire sûr qu’on coche toutes les boîtes, non, non, quelqu’un qui est intégré dans le processus. Quand ça vient à l’art queer, il y a cette idée, des fois, dans la communauté, qu’il faut que ce soit « pour et par » tout le temps. Moi, je pense pas que ça soit vrai. Je pense que, des fois, ça peut être pour les alliés, par un mélange de monde. Je pense que ce film-là, c’est un film majoritairement pour les alliés qui a été coécrit puis coscénarisé avec la communauté en tant que telle. Fait que j’ai trouvé ça une énorme réussite, parce qu’on apprend à sensibiliser les gens à nos réalités de personnes trans, spécifiquement comme femmes trans.

    C’est pas des vécus qu’on voit souvent dans une belle lumière. Dans des séries genre CSI ou Law & Order, les femmes trans sont vues comme mortes, sur le point de mourir, en train de se faire battre… On a toute cette espèce d’énorme caricature qui nous déshumanise et qui nous laisse constamment dans une position de victime. D’avoir ce film-là, c’est de [faire comprendre à travers l’humour] qu’on est des personnes, on n’est pas des concepts théoriques. D’avoir une œuvre québécoise qui nous humanise à travers l’humour, moi, j’étais trop contente d’en faire partie.

    INFOS | Pour en connaître plus sur Xénia Gould / Chiquita Mère
    https://linktr.ee/chiquita.mere

    INSTA https://www.instagram.com/chiquita.mere

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