Du 10 au 13 septembre, le Festival courts queer d’image+nation revient pour une sixième édition qui fait voyager le regard du Québec aux Prairies, de Toronto à Winnipeg, mais aussi bien au-delà des frontières canadiennes. Six programmes composent cette édition où se côtoient récits bispirituels et indigiqueer, désirs saphiques, histoires trans, familles choisies, humour, animation, science-fiction et prises de position politiques.
Le court métrage a toujours constitué un formidable laboratoire pour le cinéma queer. Moins contraint par les impératifs commerciaux du long métrage, il permet souvent aux cinéastes émergent·e·s d’expérimenter avec les formes, les identités et les récits — et de raconter des réalités encore peu présentes sur les écrans.
C’est précisément ce territoire que continue d’occuper le Festival courts queer d’image+nation (I+N FCQSFF), qui célèbre cette année sa sixième édition, du 10 au 13 septembre.
La programmation rassemble des cinéastes émergent·e·s et établi·e·s au sein de six programmes : Voix autochtones / Indigiqueer Voices, Queerment Québec, Encounters / Amour, Declarations, ainsi que deux cartes blanches confiées à des festivals queer canadiens, Inside Out Toronto : Local Heroes et Reel Pride Winnipeg : Reveal Your True Colours.
Le résultat est moins un portrait uniforme du cinéma LGBTQ+ actuel qu’une succession de regards très différents sur ce que signifie être queer aujourd’hui.
Des voix autochtones aux futurs indigiqueer
Parmi les propositions les plus fortes se trouve Voix autochtones / Indigiqueer Voices, entièrement consacré aux perspectives bispirituelles et indigiqueer.
Dans Wînipêk, de James Dixon, l’expérience autochtone dans les Prairies devient le point de départ d’une réflexion sur la dépossession culturelle, le sentiment de déconnexion et le désir de renouer avec la Terre.
La cinéaste Amanda Strong emprunte quant à elle les chemins de la science-fiction avec Inkwo: For When the Starving Return (Inkwo à la défense des vivants). Dans un futur proche, Dove, une jeune personne fluide de genre, découvre les pouvoirs de son Inkwo, une médecine autochtone, alors qu’une horde de monstres menace les vivants.
Le programme passe également par les traumatismes laissés par les pensionnats avec Cross, de Tyrel Lougheed, dans lequel une femme autochtone raconte à son petit-fils ce qu’elle a vécu lorsqu’elle était enfant.
Le Québec dans toute son étrangeté queer
Avec Queerment Québec, image+nation poursuit parallèlement sa vitrine annuelle consacrée au court métrage queer d’ici.
Les tonalités y sont particulièrement variées.
Itty Bitty Betty, de Laura Buchanan, suit une femme vivant recluse parmi ses figurines miniatures, jusqu’au jour où une rencontre vient menacer la sécurité de son univers soigneusement refermé sur lui-même.
Dans le très court Muses, Simon Vermeulen utilise plutôt la danse, la musique et le langage corporel pour raconter la relation de pouvoir entre un danseur et son chorégraphe.
Plus sombre, Pass the Salt, de Karan Archana Singh, installe presque toute son action autour d’une table à dîner. Un fils tente d’y préserver une certaine normalité tandis que les délires de sa mère prennent de plus en plus de place. Derrière cette situation familiale se dessinent l’amour, le déni et le contrôle.
Et puis il y a Transvengence, de Kaye Adelaide, avec Tranna Wintour, qui ne fait certainement pas dans le réalisme tranquille : une femme trans meurt pendant une chirurgie de féminisation faciale… mais refuse manifestement de laisser un petit détail comme la mort interrompre son parcours.

Désirs, rencontres… et zombies
Le programme Encounters / Amour s’intéresse aux différentes manières de se rencontrer, de tomber amoureux, de désirer quelqu’un — ou de tenter de survivre à ce qui vient ensuite.
No Love Lost, de Quintina Lawrence, suit ainsi deux femmes noires queer découvrant ensemble leur premier amour dans un récit placé sous le signe de la sensualité et de la tendresse.
Dans The Ride, de Zack Hamm, Sean et Louis profitent plutôt d’un trajet nocturne en voiture pour revenir sur leur parcours commun de gestation pour autrui.
Le titre de A Bird Hit My Window and Now I’m a Lesbian, de Carmela Marie Murphy et A J Dubler, résume déjà assez merveilleusement son argument : une inconnue apparaît chez Gray avec le cadavre d’un oiseau qui vient de percuter sa fenêtre. L’enterrement improvisé de la pauvre bête amènera Gray à regarder autrement sa propre identité lesbienne.
Et parce qu’une rupture amoureuse n’est apparemment pas suffisamment compliquée, Last Call, de Tricia Hagoriles, ajoute des zombies à l’équation : un couple de lesbiennes récemment séparé doit collaborer avec un barman désabusé pour survivre à une attaque dans un bar queer en déclin.

Du queer qui ne demande pas la permission
Avec Declarations, le ton devient résolument plus frontal. image+nation présente le programme comme du « queer plein la face » : des films qui utilisent le genre, le drag, le désir et la résistance comme autant de gestes d’affirmation.
L’animation Dragfox, de Lisa Ott, raconte la rencontre entre Sam, en quête d’identité, et un mystérieux renard qui l’entraîne dans une aventure fantastique.
Dare to Be Fabulous transforme pour sa part un braquage en découverte familiale inattendue : Alessandro veut prouver à son père qu’il est un redoutable gangster, mais le bar qu’il décide de dévaliser avec un ami s’avère être un établissement de drag queens. Et la vedette du spectacle n’est autre que… son père.
Dans un registre complètement différent, Gay Jesus, d’Aaron Jin, revisite Jésus et sa mission terrestre à travers le prisme de l’homosexualité et des obstacles intériorisés.
Quant au formidablement intitulé I Want to Violently Crash Into the Windshield of Love, de Fernanda Tovar, il suit La Guera, une jeune rappeuse de Mexico incapable de retrouver son flow depuis une peine d’amour. Une rencontre avec un ami chaman et quelques grillons contribueront à une guérison pour le moins inhabituelle.
Montréal dialogue avec Toronto et Winnipeg
Cette sixième édition cherche aussi à créer des ponts entre différentes scènes du cinéma queer canadien.
L’équipe du festival Inside Out de Toronto signe ainsi Local Heroes, une sélection de films de la métropole ontarienne.
On y trouve notamment Boygirl, de Michal Heuston, construit à partir de journaux intimes d’enfance et de poésie pour raconter le monde intérieur d’un enfant genderqueer, ainsi que Rooms of Her Own, de Yi Shi, où un·e cinéaste queer retourne en Chine et retrouve une mère dont le regard sur le patriarcat s’est transformé.
Dans Can You Feel It Now?, d’Isak Vaillancourt, le récit prend la forme d’un futur spéculatif où une personne des Premières Nations chargée de l’accueil et une personne issue de la diaspora africaine réinventent le « premier contact » autour de la solidarité et de la guérison.
Winnipeg est également de la partie avec Reveal Your True Colours, une rétrospective d’une heure réunissant des courts métrages primés au fil des éditions du Reel Pride Film Festival.
Parmi eux, Cruising in Gomorrah, de Coby Friesen, entraîne deux amis d’enfance dans une excursion de camping où foi chrétienne, désir homosexuel et présence surnaturelle finissent par entrer en collision.
Adore, de Beth Warrian, s’intéresse plutôt à Luci, une femme queer péruvienne-canadienne qui offre à son neveu la robe à paillettes dont il rêve pour Noël — avant de constater qu’elle reproduit elle-même certains des interdits et préjugés dont elle voulait pourtant le protéger.
Enfin, Better Late Than Never, d’Ande Brown, condense en une seule minute le parcours de transition d’un homme trans plus âgé et rappelle avec simplicité qu’il n’existe pas d’âge limite pour devenir soi-même.
Un festival accessible partout au pays
Cette volonté de décloisonnement ne concerne d’ailleurs pas seulement la programmation. Le volet virtuel permet notamment à Queerment Québec de rejoindre le public ailleurs au Canada, tandis que le modèle à contribution volontaire vise à rendre les films accessibles indépendamment des moyens financiers des spectateur·rice·s.
Dans un paysage où les longs métrages et les séries accaparent facilement l’attention, le Festival courts queer rappelle surtout à quel point le format court demeure essentiel à l’écosystème culturel LGBTQ+.
En quelques minutes, ces films peuvent permettre à une idée de naître, à une identité rarement représentée d’occuper enfin l’écran ou à un·e jeune cinéaste de développer un langage qui lui appartient.
Et lorsque l’on met bout à bout ces fragments venus de Montréal, Toronto, Winnipeg, des communautés autochtones et de plusieurs coins du monde, c’est finalement une cartographie particulièrement vivante du cinéma queer contemporain qui se dessine.
I+N FCQSFF 06 — Festival courts queer d’image+nation
Du 10 au 13 septembre 2026
Six programmes de courts métrages
Programmation virtuelle et formule à contribution volontaire

