Le Parlement du Sénégal a adopté mercredi une loi qui renforce considérablement la criminalisation des relations entre personnes de même sexe. Désormais, celles-ci pourront être punies de cinq à dix ans de prison, soit le double des peines prévues auparavant.
Le texte, soutenu par le premier ministre Ousmane Sonko, a été adopté par 135 voix pour, aucune voix contre et trois abstentions, dans un contexte où les personnes LGBTQIA+ font déjà face à une forte stigmatisation sociale. La décision suscite de vives inquiétudes chez plusieurs organisations de défense des droits humains.
Un durcissement du code pénal
La réforme modifie l’article 319 du code pénal, en vigueur depuis 1965, qui punissait jusqu’ici les « actes contre nature avec une personne de même sexe » d’une peine allant de un à cinq ans de prison.
La nouvelle loi prévoit une définition plus détaillée de ces actes et élimine la référence aux « actes impudiques » contenue dans la version précédente du texte.
Selon plusieurs observateurs, la loi pourrait également permettre de sanctionner l’« apologie » ou le soutien à l’homosexualité, même si la portée exacte de ces dispositions reste encore floue.
Un climat social déjà hostile
Le durcissement de la législation survient après plusieurs arrestations récentes de personnes LGBTQIA+. Au Sénégal — pays majoritairement musulman et socialement conservateur — l’homosexualité demeure fortement stigmatisée.
À la fin février, le gouvernement avait déjà annoncé son intention de renforcer les lois existantes, affirmant répondre à des demandes exprimées par certains leaders religieux et acteurs politiques.
Inquiétudes des organisations de défense des droits humains
Plusieurs organisations internationales, dont Human Rights Watch, ont rapidement dénoncé la nouvelle loi et ses conséquences possibles.
Selon elles, ce durcissement pourrait entraîner une hausse des dénonciations, des arrestations arbitraires et des violences envers les personnes LGBTQIA+. Les groupes de défense des droits humains s’inquiètent également de l’impact sur l’accès aux soins, notamment pour les personnes vivant avec le VIH.
L’organisme français STOP Homophobie estime pour sa part que la nouvelle législation risque d’aggraver une situation déjà fragile.
« Cette loi expose davantage les personnes LGBTQIA+ aux violences, au chantage et aux arrestations arbitraires. Criminaliser davantage l’homosexualité ne règle aucun problème social. Cela crée surtout un climat de peur pour des citoyens déjà marginalisés », affirme l’organisation.
Un débat plus large sur le continent africain
La décision du Sénégal s’inscrit dans un débat plus vaste sur les droits des personnes LGBTQ+ en Afrique. Alors que certains pays ont récemment adopté des lois plus répressives, d’autres ont entamé des démarches pour dépénaliser l’homosexualité.
Pour les associations locales, l’enjeu dépasse largement la question juridique : ces lois ont des effets concrets sur la sécurité, la santé et la vie quotidienne des personnes concernées.
Une loi appelée à entrer en vigueur
La nouvelle législation doit encore franchir les dernières étapes de promulgation avant d’entrer officiellement en vigueur.
Pour les organisations de défense des droits humains, il s’agit d’une évolution préoccupante dans un contexte où la peur et la stigmatisation demeurent déjà très présentes.
Plusieurs groupes internationaux appellent désormais les autorités sénégalaises à reconsidérer cette décision et à tenir compte de ses conséquences sociales et humaines pour les personnes LGBTQIA+.

