Dimanche, 29 mars 2026
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    Queerer les sets carrés, la découverte du trad queer avec Charly Mullot

    Charly Mullot ne correspond pas à l’image stéréotypée d’un.e passionné.e de musique traditionnelle québécoise. L’artiste multidisciplinaire de 33 ans, cofondatrice du festival Brûlances, assume sa transfémininité avec une esthétique punk douce. Pas de ceinture fléchée, de veste à carreaux ou de cuillères en vue. Pourtant, Charly, qui est originaire de Picardie, en France, « trippe trad » depuis son enfance, séduit.e par le côté rassembleur de la musique et de la danse, et l’aspect intemporel des contes.

    Également conteuse queer et cofondatrice du Collectif Trad Queer Québec, iel est à l’avant-garde d’une vague de jeunes artistes et danseurs de la diversité de genre qui ne se gênent pas pour « queerer » les arts traditionnels — la musique, la danse, le chant a cappella et le conte. Arrivée au Québec en 2019, Charly a tâté la scène trad québécoise en allant à des soirées de danse et de conte, des concerts et des festivals à saveur trad. « Je voyais bien qu’il y avait d’autres personnes queer dans ces événements-là, mais on n’était pas connectés entre nous. » Iel a mis sur pied le collectif Trad Queer Québec sur Facebook avec la chanteuse et gigueuse Flo Mailhot-Léonard, du groupe Germaine; le groupe compte maintenant plus de 150 membres, et une retraite des membres en personne dans le Bas-Saint-Laurent, l’été dernier, a attiré plusieurs dizaines de participant.e.s.

    « C’était très puissant », se remémore Charly Mullot. « Il y a eu des ateliers de percussion [et] de chant, des cercles de discussion sur l’oralité et les figures queer dans le conte. C’était un événement de partage, de solidarité, puis aussi de réflexion stratégique. Qu’est-ce qu’on fait, et qu’est-ce qu’on peut continuer à faire ensemble ? »

    Dans la dernière année, iel constate que les personnes queer sont de plus en plus visibles dans les soirées de musique et de conte traditionnelles, à Montréal et en région. Dans le cadre du Festival interculturel du conte de Montréal, iel a coorganisé une veillée multidisciplinaire — une soirée participative qui mélange la chanson, le conte, la musique, la gigue et les danses « callées » (sets carrés) — pour décloisonner les disciplines et souligner la présence des personnes queer dans le milieu trad et de « tradeux.ses » dans le milieu artistique queer.

    La Veillée Trad Queer avait lieu à guichets fermés, avec un public intergénérationnel émerveillé.
    « Deux cents personnes… pour une veillée avec “queer” dans le titre ! » s’enthousiasme
    encore Charly Mullot. Les événements grand public font aussi plus de place aux artistes et aux récits queer. Les plus jeunes « câlleurs » (animateurs et animatrices de danse) prennent la peine de dire que l’homme et la femme, dans le contexte de la danse, sont « juste des rôles traditionnels », ou de remplacer les « câlls genrés » par des termes épicènes — anges et diables, druides et gnomes, pommes et poires, ou plus créatifs encore. On voit des hommes danser avec d’autres hommes, ce qui était très rare il y a quelques années à peine.

    La richesse intergénérationnelle
    Les grandes soirées et festivals à saveur trad attirent un public de plus en plus intergénérationnel, issu de disciplines artistiques et de perspectives politiques et sociales variées. Pour certains jeunes participants queer, la communauté trad est devenue une famille choisie, ou une façon de renouer avec leur culture d’origine alors qu’ils ont perdu le contact avec leur famille. « Le milieu du folklore a tendance à être plus âgé », réfléchit Charly Mullot. « Moi, je vois ça comme une connexion incroyable qu’il faut continuer à créer. Les queers ont besoin de vieux, puis les vieux ont besoin de jeunes. Continuons à transformer les veillées pour qu’elles plaisent à tout le monde et qu’elles soient agréables et sécuritaires pour la vieille garde de passionné.e.s de folklore et les jeunes qui ont besoin de reconnecter avec leurs racines et avec cette culture. »

    Certains traditionalistes, habitués à entendre un câlleur dire « les femmes au milieu, les hommes autour », sont un peu confus par le décloisonnement des rôles de genre et des disciplines artistiques. D’autres en profitent pour essayer de nouvelles choses et expérimenter avec leur propre expression de genre. Charly Mullot ne veut pas dire que tout est rose tout le temps, mais elle est résolument optimiste. « Si tu viens à un événement trad, je ne peux pas garantir que tu ne seras jamais mégenré. Mais tu ne seras pas seul.e, il y a de plus en plus de [participants] queer et de plus en plus d’alliés. Viens nous voir. »

    INFOS | Découvrez le collectif Trad Queer Québec sur Facebook et le monde des contes de Charly Mullot à charlymullot.com.

    Une veillée trad queer multidisciplinaire a été présentée au Festival interculturel du
    conte de Montréal 2025. https://festival-conte.qc.ca

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