À l’heure où les droits des personnes 2ELGBTQI+ sont en recul dans plusieurs régions du monde, où certains pays adoptent des lois homophobes et transphobes et où d’autres demeurent silencieux face à cette régression, il importe de souligner les prises de position du Canada et du gouvernement Carney, qui réaffirment leur engagement envers les communautés 2ELGBTQI+.
C’est notamment pour rappeler cet engagement que la députée d’Hochelaga–Rosemont–Est et secrétaire parlementaire de la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Marie-Gabrielle Ménard, a accordé cette entrevue à Fugues.
Avec une prise de position comme celle-ci, le gouvernement s’inscrit dans l’héritage de Justin Trudeau. Comment voyez-vous le rôle du Canada dans la protection des droits de la personne?
Marie-Gabrielle Ménard : Plus que jamais, dans le contexte international actuel, le Canada est observé. J’ai toujours soutenu que, lorsque nous prenons la parole à l’international en tant que nation, nous nous adressons aussi à nous-mêmes. En février 2026, j’ai été envoyée par le gouvernement pour représenter le Canada à l’Organisation des Nations Unies dans le cadre de la Commission de la condition de la femme. Lors des échanges informels avec des représentants de différents pays, ce qui revenait souvent depuis le désengagement des États-Unis sur ces questions, c’était de savoir si le Canada continuerait d’occuper la place qui a toujours été la sienne parmi les chefs de file en matière de droits de la personne.
Comme il l’a fait l’an dernier, le premier ministre Mark Carney a tenu à hisser le drapeau arc-en-ciel sur la Colline du Parlement au début du mois de juin afin de donner le coup d’envoi aux célébrations de la Fierté. C’est un geste symbolique, certes, mais qui traduit aussi une volonté politique.
Au-delà de cette démarche symbolique, quels sont les gestes posés par le gouvernement pour endiguer le recul auquel nous assistons?
Marie-Gabrielle Ménard : Il faut rappeler que notre gouvernement consulte systématiquement les spécialistes des communautés 2ELGBTQI+, de même que les responsables des organismes communautaires. Leur expertise nous permet, notamment dans le cadre des travaux des comités parlementaires, de produire des rapports accompagnés de recommandations. Il existe donc une préoccupation constante du gouvernement à l’égard de l’égalité des femmes et de l’égalité des genres. On peut également rappeler que le premier ministre a demandé des compressions budgétaires dans plusieurs secteurs, mais qu’il a choisi d’épargner le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres.
C’est la preuve qu’il existe une limite au-delà de laquelle les droits, l’égalité et l’inclusion ne sont pas négociables. Dans le même esprit, on peut souligner le projet de loi visant à lutter contre la haine, adopté en juin dernier. Celui-ci prévoit que les crimes motivés par la haine constituent une circonstance aggravante lors de la détermination de la peine, ce qui concerne notamment les communautés 2ELGBTQI+. Nous avons également reconnu le féminicide et renforcé les dispositions relatives au contrôle coercitif dans le Code criminel. Ce sont des messages très forts qui démontrent qu’il existe une ligne que nous ne franchirons pas.
Nous devons maintenant travailler en collaboration avec les provinces, puisque le Code criminel relève du gouvernement fédéral, alors que l’administration de la justice est de compétence provinciale.
Comment expliquez-vous le recul auquel nous assistons?
Marie-Gabrielle Ménard : C’est un phénomène complexe. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est de voir des discours homophobes, transphobes et misogynes être repris par des jeunes. Les réseaux sociaux jouent un rôle d’amplificateur, puisque ces discours circulent désormais à l’échelle internationale. Nous devons nous demander d’où ils viennent, par quels canaux ils se diffusent et comment ils parviennent à rejoindre les jeunes générations.
Nous réfléchissons à la meilleure façon de les contrer. Nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais reconnaître le problème constitue déjà une première étape. Nous dénonçons ce recul dans chacune de nos prises de position publiques. Pour mieux comprendre et mieux agir, nous avons besoin d’expertise. Cette expertise se trouve sur le terrain, notamment au sein des organismes communautaires. À partir de cette connaissance, notre rôle, comme gouvernement, est de continuer à renforcer le filet social. Concernant ce recul, on peut également se demander si, comme cela s’est souvent produit dans l’histoire, chaque avancée sociale ne s’accompagne pas d’une forme de résistance. C’est peut-être ce que nous vivons actuellement. Combien de temps cette période durera-t-elle? Je ne le sais pas. En revanche, je sais qu’il faut poursuivre les efforts de prévention, de sensibilisation et d’éducation. C
ette préoccupation face au recul de l’acceptation des personnes 2ELGBTQI+ s’est-elle traduite par l’annonce faite le 9 juin dernier par la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Rechie Valdez, d’investissements supplémentaires destinés aux organismes qui œuvrent auprès de ces communautés ainsi qu’aux festivals de la Fierté afin de les aider à assumer leurs coûts de sécurité?
Marie-Gabrielle Ménard : Cet ajout de financement démontre clairement que le gouvernement est préoccupé par la situation. Il faut rappeler que, dès 2023, des sommes importantes avaient déjà été accordées aux organismes communautaires ainsi qu’aux festivals de la Fierté. Je sais que, pour plusieurs, ces sommes demeurent insuffisantes compte tenu de l’augmentation constante des coûts de fonctionnement et des difficultés liées au recrutement et à la rétention du personnel. Toutefois, le gouvernement fédéral fait sa part. Comme je l’ai déjà expliqué, le gouvernement actuel démontre, par des gestes concrets, à quel point il est sensible à l’ensemble de ces enjeux.
Alors que les organismes de la Fierté sont confrontés à une hausse des coûts en matière de sécurité, ainsi qu’à des préoccupations croissantes liées à la haine et au harcèlement, le gouvernement fédéral contribue à ce que ces événements puissent se dérouler en toute sécurité et être couronnés de succès. Grâce à des investissements continus dans le secteur 2ELGBTQI+, notamment 54,6 millions de dollars sur cinq ans, puis 10,9 millions de dollars par la suite, le gouvernement fédéral soutient les organismes afin de renforcer les collectivités et de favoriser la participation à l’économie et à la société canadiennes.
Ces investissements comprennent également 7,5 millions de dollars sur cinq ans, puis 1,5 million de dollars par la suite, afin d’aider les festivals de la Fierté à composer avec la hausse des coûts de sécurité et d’assurance, et à continuer d’offrir des espaces sécuritaires
et accueillants.

