Samedi, 13 avril 2024
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    Portrait d’une Amérique post-11 septembre : « Sexe et dépendance » de Stephen McCauley

    Stephen McCauley est un auteur qui monte tranquillement. Comme il le dit avec humour, il n’est pas encore passé à Oprah Winfrey pour que la vente de ses livres soit multipliée par cent. Pourtant, un de ses premiers romans, L’objet de mon affection, a fait l’objet d’une adaptation cinématographique avec, dans le rôle principal, Jennifer Aniston. Son dernier ouvrage, Sexe et dépendance, subira le même sort en France, sous la direction de Sam Karman. Qu’est-ce qui fait que l’on s’attache au ton de Stephen McCauley que certains comparent à celui d’Oscar Wilde, mais en moins cynique ou à celui d’Evelyn Waugh, en moins caustique? 

    Ne lui demandez pas. Stephen McCauley laisse le soin de le définir aux critiques et aux exégètes. D’ailleurs, l’auteur reste discret, voire réservé, quant à sa création. Ce n’est pas de la fausse timidité, mais un trait de son caractère qui répugne à se mettre en avant. Aucune grande confidence sur une œuvre à construire. Il écrit parce qu’il en a toujours rêvé.

    À peine ose-t-il avancer une posture qui lui est propre et qui caractérise ses personnages. «Je me sens toujours comme un outsider dans le monde, et même au sein de la communauté gaie. J’ai toujours posé un regard extérieur sur le monde qui m’entourait et surtout sur les gens. En fait, mes personnages ont des individualités ou des personnalités mal adaptées à la société dans laquelle ils vivent.»

    Des personnages inadaptés mais qui essaient de se conformer par tous les moyens que ce soit. Pas de rébellion chez eux sinon le désir de se transformer pour un mieux-être hypothétique et parfois illusoire. L’humour de Stephen McCauley va naviguer sans cesse entre leur réalité, leurs rêves et les gestes qu’ils tentent pour les faire coïncider. Rencontrer un gourou new-wave, acheter et revendre des appartements, déménager dans un autre État, ou encore, comme le héros de Sexe et dépendance, Williams Collins, tenter de s’en sortir par la volonté, en utilisant les mêmes recettes que pour cesser de fumer ou de boire, après avoir fait le terrible constat qu’il était dépendant aux rencontres sexuelles par Internet.

    Par petites touches, Stephen McCauley saisit ses malaises existentiels et en tire des portraits drolatiques, mais à l’inverse des grands maîtres auxquels quelques critiques l’ont associé, ses personnages restent profondément sympathiques. Ils n’en sont, pour nous lecteurs, que des miroirs moins déformants… puisqu’ils nous renvoient l’image de notre propre quête.

    Attention, Stephen McCauley n’est ni un moraliste, encore moins un critique social. Il nous montre seulement, sans chercher à expliquer, prouver ou convaincre. L’auteur n’a aucune de ces prétentions et à la limite, pas même celle d’être un grand écrivain. D’ailleurs, il le confie : «Je n’ai aucune méthode de travail, je n’ai pas beaucoup de discipline et j’écris très lentement. Et j’éprouve réellement beaucoup de plaisir seulement quand le livre est terminé.»

    Si l’homosexualité tient une grande place dans ses romans, elle n’est curieusement qu’une simple composante d’un ensemble plus vaste. «Mon point de vue est déterminé par le fait que je suis gai, et que je connais cet univers, mais comme d’autres, cela s’arrête là. Je laisse ces questions-là aux critiques.» Dans Sexe et dépendance, pas de crise autour de la sortie du placard, pas de scène sur l’homophobie, ou elles appartiennent au passé, comme si les aspirations de chaque personnage transcendaient l’orientation sexuelle.

    Il faut dire que l’univers de Stephen McCauley se limite à la petite bourgeoisie cultivée bostonienne qui aurait tout pour être heureuse à la manière d’enfants gâtés, qui aurait été réveillée par les événements du 11 septembre et qui chercherait un sens à la vie en découvrant la relativité de toute chose.

    Sexe et dépendance / Stephen McCauley. Montréal : Flammarion Québec, 2006. 352p.

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