Lundi, 27 juin 2022
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    Travailler tous ensemble à diminuer les infections, ITSS

    Toute population confondue, plus de 40 000 Québécois recevront cette année un diagnostic positif de gonorrhée, de syphilis, d’hépatite C, de VIH, etc., ce qu’on appelle des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Il y a aussi ceux qui ignorent qu’ils sont porteurs de telles maladies. Les groupes les plus touchés sont les jeunes de 15 à 24 ans, les hommes gais ou bisexuels et les utilisateurs de drogues injectables.

    En 2008, 386 personnes, principalement des gais, ont été infectées par le VIH, soit plus d’une personne par jour! Face à de tels constats, le ministère de la Santé et des Services sociaux tente de mobiliser la population et les différents groupes concernés. Les diverses agences gouvernementales, mais aussi les groupes communautaires et le milieu gai sont sollicités pour participer à un effort collectif où l’information, la prévention et la disponibilité de condoms deviennent essentielles. 

    On apprend cela à travers un document émanant de deux agences gouvernementales. Il s’agit du 4e Rapport national sur l’état de santé de la population du Québec intitulé L’Épidémie silencieuse, les infections transmissibles sexuellement et par le sang et qui comprend plusieurs sections spécifiques traitant des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH). «Il s’agit là d’un appel à la mobilisation. Nous avons un grand problème d’ITSS. C’est une préoccupation. Il faut donc mobiliser les ressources à la fois du système de santé et du milieu, en l’occurrence ici les commerces de la communauté gaie, pour briser la chaîne de transmission par le dépistage et le traitement de ces maladies», indique le Dr André Dontigny, le directeur de la Direction du développement des individus et de l’environnement social au ministère de la Santé et des Services sociaux.

    Le cas de la syphilis est assez probant. En 2001, il n’y avait qu’un cas par mois. En 2006, il y en avait un par jour! On était retourné au niveau de 1984. En 2008, l’épidémie de syphilis n’avait pas régréssé et elle touchait encore principalement les hommes gais et bisexuels. Dès les premières pages de ce rapport, les intervenants — y compris le mi-nistre de la Santé, le Dr Yves Bolduc — citent l’exemple que le VIH/sida avait suscité en termes de mobilisation et de campagnes afin de diminuer les infections. Avec la percée de la trithérapie, donc une meilleure qualité de vie pour les séropositifs, le VIH a presque été relégué au rang de «maladie chronique». On a baissé la garde, il y a eu une banalisation dans la société en général et dans la communauté gaie en particulier: «ce fut un gain, on a amélioré la vie des gens, mais cela a entraîné une augmentation des infections», souligne le Dr Dontigny. On ne doit cependant pas repartir à zéro.

    Le cas de McGill
    Il y a des expériences concluantes, riches et efficaces au Québec, il faut donc tabler sur celles-ci. L’Unité hospitalière de recherche, d’enseignement et soins sur le sida du Centre universitaire de santé McGill en est un bon exemple. Elle s’est développée depuis 1983. Médecins, infirmières, psychologues, travailleurs sociaux, pharmaciens et intervenants communautaires œuvrent tous main dans la main au traitement des personnes séropositives. Il s’agit d’une approche globale qui a fait ses preuves. Petit à petit, d’autres institutions universitaires ont emboîté le pas à McGill. Cette section a aussi, récemment, pris en charge les personnes qui ont été co-infectées avec l’hépatite C vu leur nombre en croissance. «Ces gens reçoivent des services adaptés à leurs besoins, poursuit le Dr Dontigny. Ce sont des initiatives intéressantes. Il faut faire encore mieux et partager ces connaissances pour que les milieux universitaires, hospitaliers et communautaires travaillent à améliorer les choses; les rapports lancent l’invitation en ce sens.»

    Partager les expériences
    Le Dr André Dontigny note aussi l’utilisation, par le Centre de Santé et de Services sociaux (CSSS) de Vaudreuil-Soulanges, d’une «ordonnance collective» qui permet à des infirmières, advenant un test positif de chlamydia, de recommander un traitement et de diriger la personne vers un pharmacien communautaire pour obtenir le traitement requis et ce, sans passer par un médecin. «Nous savons qu’il y a une recrudescence de chlamydia, de gonorrhée ou de syphilis, on pourrait se servir de l’exemple de l’ordonnance collective de la Montérégie, partager et diffuser l’information aux autres CSSS et étendre cette ordonnance», explique ce médecin.

    Si le rapport parle de campagnes publicitaires et d’interventions de masse ou vers les groupes les plus à risques, dont les hommes gais, il ne faut pas s’attendre à un déferlement de subventions. «Nous fonctionnons à l’intérieur d’un cadre budgétaire défini, nous sommes en un temps de restrictions budgétaires, mais il faut travailler avec les réseaux établis et nos partenaires, et orienter nos actions à des coûts gérables», dit-il. C’est pourquoi le document spécifie aussi d’impliquer, dans le cas de la communauté gaie, les groupes communautaires ainsi que les commerces (saunas, bars, sites de rencontres en ligne, etc.) afin de mieux adapter la stratégie de prévention pour faire en sorte, entre autres, que les gens utilisent le condom.

    «On a un problème [la croissance des ITSS], il faut agir, agir mieux, et que les gens fassent ce qu’il faut, tous ensemble, afin que l’on puisse partager les connaissances et les expériences», termine le Dr Dontigny.

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