Vendredi, 1 juillet 2022
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    Longtemps considérés comme des parias, des transgenrenres deviennent des artistes à Bombay

    Sous un immense pont de Bombay, un collectif d’artistes transgenres transforme les hauts piliers en béton en peintures murales aux couleurs vives dans l’espoir de changer le regard des Indiens sur cette communauté discriminée.

    Appelés «hijras», ces personnes considérées comme étant de sexe masculin à la naissance et désormais reconnues comme un troisième genre, vivent en marge de la société indienne. Ils sont à la fois respectés et craints, certains hindous leur prêtant le pouvoir de bénir tout comme de maudire.

    Le plus souvent, ils se voient refuser des emplois et n’ont pas d’autre choix que de mendier aux carrefours des grandes villes du pays ou dans les trains. Certains sont payés pour donner leur bénédiction lors de mariages, de fêtes organisées pour la naissance d’un enfant ou pour la construction de nouvelles maisons. D’autres se livrent à la prostitution en dépit des violences dont ils sont parfois victimes.

    Le projet artistique Aravani entend lutter contre la stigmatisation et la marginalisation dont ils victimes en les présentant comme des artistes sur les lieux même où elles mendient ou sont victimes d’abus.

    Sur l’un des carrefours les plus fréquentés de Bombay, ces artistes ont peint les portraits d’habitants, parmi lesquels deux agents d’entretien, un vendeur de légumes et un policier. «C’est l’occasion pour nous de montrer notre talent», explique Deepa Kachare, une artiste transgenre. «Nous devons mendier auprès des gens en allant aux cérémonies de mariage, de naissance, dans les magasins, les trains, et certains d’entre nous sont des travailleuses du sexe», explique l’artiste qui affirme que les transgenres «aiment travailler dur et gagner de l’argent».

    Le collectif – dont les projets sont commandés par des gouvernements, des entreprises et des ONG – a réuni des dizaines de femmes, pour la plupart transgenres, afin de mener des projets d’art de rue dans plusieurs villes indiennes. «Les gens sont très heureux de nous voir travailler en tant qu’artistes», selon Deepa Kachare, 26 ans. “Maintenant, ils nous considèrent positivement quand ils nous voient”. Ce collectif artistique tire son nom de Lord Aravan, une divinité hindoue qui est «mariée» à des centaines de personnes transgenres chaque année lors d’un fête qui se déroule au sud de l’Inde.

    L’hindouisme compte de nombreuses références au «troisième genre», comme Shikhandi, un personnage de l’épopée Mahabharata, et les “hijras” ont occupé différentes positions dans la la société au fil des siècles, parmi lesquelles serviteurs du roi et gardiens de harem, selon les historiens.

    Les relations sexuelles homosexuelles étaient considérées comme un crime à l’époque coloniale. Ce n’est qu’en 2018 que la Cour suprême a abrogé cette loi, soit quatre ans après qu’elle eût reconnu l’existence d’un troisième genre. La communauté transgenre – que l’on estime à plusieurs millions – s’est battue pour mettre fin aux discriminations, mais beaucoup reconnaissent continuer à en souffir.

    «Ce qui me plait, c’est de leur dire (aux artistes transgenres) qu’elles sont capables de tout faire», explique l’artiste et cofondatrice d’Aravani, Sadhna Prasad, 29 ans. «Et le genre est vraiment quelque chose de secondaire, ce qu’ils font et ce qu’ils veulent faire dans la vie doit être la priorité». Une autre femme transgenre membre du collectif, Ayesha Koli, 25 ans – qui mendie toujours dans la rue – se félicite que sa kurta, une tunique traditionnelle désormais tachée de peinture, soit désormais un marqueur d’un autre genre.

    «Ces jours-ci, lorsque nous portons nos vêtements de peinture et que nous sortons, les gens nous demandent avec curiosité si nous peignons», a-t-elle déclaré. Nous sommes extrêmement fières de dire : «Oui, nous sommes des artistes et nous peignons».

    Rédaction avec AFP

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