Mercredi, 18 mai 2022
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    Hétérosocialité et guerres d’égos

    Avril ne te découvre pas d’un fil. C’est ce que dit le dicton au sujet de la température. Bref, tu dois bien te vêtir, si tu ne veux pas attraper un rhume, parce que ce n’est pas encore l’été (et parce que « plus personne n’attrape la COVID » car « on n’en parle plus dans les médias »).


    Au moment d’écrire ces lignes, bien sûr que des gens attrapent et meurent du coronavirus, mais une autre guerre plus visible, du moins plus tangible que celle bactériologique, retiens l’attention des médias. Avec raison, la guerre en Ukraine occupe l’espace médiatique. Cela dit, c’est une visibilité dont on n’aurait bien aimé se passer… Certes, la Russie en a décidé autrement. Si écrire sur un conflit est incertain, dans la mesure où tout peut changer, du moment d’écrire ces lignes, à leur publication sur papier, il n’en demeure pas moins que j’ai la très désagréable impression que l’Histoire, celle avec un grand H, celle écrite par des hommes avec un petit h, se répète.

    N’avons-nous rien appris de la Seconde Guerre mondiale ? Des trips d’égos des dictateurs ? De leurs envies d’expansion de territoires et de ressources? Des civils qui se trouvent pris en étau et qui y laissent leur peau au nom d’une politique internationale marquée au fer rouge du sceau capitaliste? Où sont passées les valeurs de paix, de non-violence, de respect et d’amour que prônait Gandhi ou chantait Lennon? Les avons-nous d’ailleurs déjà appliquées, sincèrement? Où est passée notre mémoire des atrocités des camps de concentration nazis, de la propagande du Troisième Reich?


    J’ai l’impression qu’on a tout mouché cela dans un kleenex pendant la COVID et qu’il est aussitôt parti dans la poubelle de l’oubli. Puis, on clamait la « libarté » dans les rues d’Ottawa, en pleurant sur le fait qu’une génération d’enfants avait été brimée par le port du masque à l’école, voire sacrifiée par les mesures sanitaires au quotidien. Sérieux? Demandez aux rares survivants d’Auschwitz et autres camps de concentration, comment une génération fut sacrifiée, comment un peuple, s’est fait exterminer devant leurs yeux. Quels sacrifices ils ont faits pour rester en vie ! Demandez à ces gens qui à l’heure d’écrire ces lignes fuient l’Ukraine pour la Pologne, laissant derrière eux leurs maisons bombardées et leurs amis tués dans la rue, au passage, si leur « libarté » est brimée… Il est parfois nécessaire de relativiser et d’arrêter de se regarder le nombril.

    S’informer, sur le présent et le passé, tant ici qu’à l’international. Comprendre que la bêtise humaine est là, peu importe l’endroit, et que sa lacune première est sa mémoire défaillante, ce défaut de se rappeler, ce « je ne me souviens pas » qui mène l’être humain à commettre les mêmes erreurs. Et même à tuer.

    L’orgueil. On s’encrasse à refuser d’admettre nos failles. À demeurer dans des systèmes qui nous tuent à petit feu. Qui régissent nos vies, parfois même à notre insu, si l’on n’est guère vigilants. Prenez la guerre en Ukraine. C’est dans l’urgence qu’on voit la « vraie » nature. Elle présente une surexposition de l’hétérosocialité, ce lien total de la femme à l’homme pensé comme naturel et immuable. Les hommes sont appelés au combat, alors que les femmes et les enfants quittent le pays. Les valeureux hommes prennent les armes, alors que les femmes, victimes, se sauvent avec les progénitures. C’est étonnant de voir dans la façon de présenter la nouvelle, dans l’urgence, qu’il n’y a aucune femme dans l’armée ukrainienne et que tous les hommes sont prêts à prendre les armes.

    Bien sûr, la réalité est toute autre. Plusieurs hommes tentent de fuir également et n’ont aucune envie de se battre, alors que certaines femmes désirent prendre les armes pour défendre leur patrie. Plus rarement, nous avons vu dans les médias de rares hommes fuir et dire « qu’ils ne voulaient pas se battre et qu’ils n’avaient jamais tenu une arme dans leur main de leur vie ». On nous présente cela comme le 5% d’exception, alors que c’est probablement 95% des gens en Ukraine. Ce serait d’ailleurs le même cas de figure si, demain, les États-Unis déclaraient la guerre au Canada. Bien que nous sachions qu’il y a beaucoup de femmes (courageuses) dans les Forces armées canadiennes… Des femmes courageuses, car pour ces dernières, l’ennemi est double, puisqu’il se retrouve fréquemment à l’intérieur des rangs, comme nous l’a reconfirmé l’actualité récente des cas d’agressions sexuelles par de hauts dirigeants.

    Tout ça pour dire que l’histoire se répète, comme la façon de la raconter. L’hétérosocialité domine le discours pour garder la femme dans les rangs. Si les femmes de la diversité sexuelle sortent du lot, en revanche, on en entend très peu parler. Ou on tente de les faire taire? C’est le prix à payer de l’hétérosocialité. Cela dit, « Invisibiliser c’est discriminer » pour reprendre le slogan de la campagne du Réseau des Lesbiennes du Québec. De ce fait, depuis des lustres nos sociétés discriminent les femmes de la diversité sexuelle.

    Saviez-vous que 2022 est le 40e anniversaire de la Journée de Visibilité Lesbienne? Je présume que non, et ce, malgré ses 40 ans d’histoire. Certes, ce n’est pas tant « votre faute » dans la mesure où les grands médias ne s’y intéressent pas et que l’évènement n’a jamais fait scandale, ou été viral, sur les médias sociaux. Bien sûr, ces femmes sont en marge de l’hétérosocialité donc le public est restreint. Bien que la visibilité soit vitale pour cette population marginalisée et tue, peut-être aussi qu’elles n’adhèrent pas à ces guerres d’égos. Qu’il ne faut pas s’armer d’égo et que l’égo ne vaut pas les armes.

    INFOS | Journée de visibilité lesbienne 2022

    RLQ – Réseau des lesbiennes du Québec – Femmes diversité sexuelle LGBT

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