Samedi, 26 novembre 2022
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    Les racines secondaires : prendre la route queer avec Vincent Fortier

    À l’âge adulte, Philippe apprend l’existence de Maurice, un oncle gai qui a fui sa région pour les rues chaudes et revendicatrices de Montréal, avant de s’envoler vers l’Alaska où il s’est établi dans une maison résolument queer. Quelques décennies plus tard, son neveu, lui-même homosexuel, décide de suivre ses traces pour se découvrir et tenter de mieux connaitre le passé des communautés LGBTQ+. Les racines secondaires (Del Busso) est le deuxième livre de Vincent Fortier, qui a publié Phénomènes naturels en 2020.


    Qu’est-ce qui t’interpellait dans cette rencontre posthume entre deux générations d’homosexuels ?
    Vincent Fortier : J’avais envie que le personnage de Maurice soit presque plus queer que son neveu. J’aimais qu’on voie une génération marcher dans les traces des générations précédentes. Et comme je ne connaissais pas tant l’histoire queer, j’avais envie d’aller à la rencontre du passé. Surtout de nos jours, alors que plusieurs voix de nos communautés sont en train de disparaitre. On doit les écouter et montrer cette histoire à un grand public. Pendant longtemps, derrière un discours d’une certaine ouverture, on sentait que ça voulait dire : « Faites ce que vous voulez dans vos chambres à coucher, mais on ne veut pas le savoir. »


    On suit Philippe et Maurice à travers leurs écrits respectifs. Qui sont-ils à tes yeux ?
    Vincent Fortier : Même s’ils ont tous les deux le réflexe d’aller voir ailleurs pour comprendre un peu mieux qui ils sont, ils ont un vécu très différent. Philippe a un côté queer pas toujours assumé qui vient sur le tard. Maurice a été un peu forcé à prendre ce chemin. C’était une question de survie dans son cas. Ça l’a poussé vers la revendication. La génération de Philippe profite des gros combats menés dans le passé. Il y a quelque chose d’un peu plus passif. Je ne sais pas à quel point on se rend compte des acquis et de comment ils ont été obtenus.


    Tu abordes le concept de la famille choisie. Sens-tu que les personnes LGBTQ+ d’aujourd’hui ont encore le réflexe de se construire de nouvelles familles ?
    Vincent Fortier : Ça varie d’une personne à l’autre, selon les manques de chacune. Peu importe qu’on ait une famille biologique aimante et présente, il peut y avoir un désir d’aller vers des gens qui nous ressemblent. Quand on est avec d’autres personnes queers, on se sent plus à l’aise, alors qu’avec nos familles, on choisit ce qu’on se permet de dire et les luttes qu’on abandonne. Le fait de ne pas avoir à penser à ça avec notre communauté, notre famille choisie, c’est quelque chose qui nous permet de grandir et de faire baisser l’anxiété.


    Qu’avais-tu en tête en écrivant les scènes d’affection entre Philippe et son père ?
    Vincent Fortier : Cette relation est la première chose qui m’est venue à l’esprit à propos de Philippe. Maintenant que son père perd la carte, il vit une communication qui, sans être totalement absente auparavant, se déploie de manière plus physique. Je trouvais ça intéressant que le personnage se rende jusqu’à la démence pour que ça débloque entre eux.


    As-tu visité l’Alaska pour sentir et vivre ce que tes personnages ont expérimenté ?
    Vincent Fortier : J’y suis allé en 2016. Normalement, quand je voyageais, je proposais des idées d’articles de voyage à quelques publications, mais j’ai décidé de quitter ma carrière de journaliste durant ce voyage. J’aurais vraiment aimé écrire sur l’Alaska, mais j’étais dans une « écoeurantite » du métier. Cela dit, l’idée ne m’avait pas quitté. Je voulais m’exprimer sur cet endroit que j’avais beaucoup aimé, qui force la contemplation, qui est tellement grand et différent. Lorsque j’ai écrit la majeure partie du livre, en 2021, ça faisait cinq ans que je voulais me pencher là-dessus.


    Tu as fait beaucoup de recherches sur le quotidien des personnes queers et sur les
    mouvements de revendications. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

    À quel point il y a peu d’archives sur le sujet. Les reportages journalistiques et neutres sont peu fréquents. J’ai découvert plusieurs récits personnels avec une grande charge émotionnelle, dont plusieurs m’ont fait pleurer. Dans mon livre, Philippe et Maurice écrivent eux aussi en choisissant de partager certaines choses et d’en laisser d’autres derrière.


    Tes deux livres plongent au cœur de réalités queers. Pourquoi explores-tu ces thématiques ?
    Vincent Fortier : Parce que c’est ce que je connais et parce que je découvre ma propre queerness. J’essaie aussi d’être le moins imposteur possible. Je ne suis pas un auteur de formation. Alors, je cherche à écrire sur ce qui me touche le plus.


    INFOS | LES RACINES SECONDAIRES, Vincent Fortier, Del Busso, 2022.

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