Lundi, 13 avril 2026
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    Étoile, saison 1, et le charme enivrant d’un hystérie bien contrôlée!

    Rien ne va plus pour le New York Metropolitan Ballet et pour le Ballet national de Paris : les ventes de billets périclitent et la survie même des deux institutions est menacée. Afin de créer un buzz, les deux corps de ballet décident d’échanger leurs danseurs et danseuses étoiles. Mais rien ne se déroule évidemment comme prévu.

    L’idée est fort intéressante, puisque quoi de mieux que de mêler la dramédie avec une vision envoûtante de corps finement ciselés au cœur de chorégraphies à couper le souffle ? Et Dieu sait que la série n’en est pas avare, alternant entre répétitions et représentations sur scène, que ce soit dans des numéros intimistes ou des mouvements de grands ensembles. Ce qui, au départ, désarçonne un peu est que le ton de la série s’inscrit à 9 sur l’échelle de Richter de l’hystérie et de l’extravagance.

    Un étonnement rapidement évacué lorsqu’on réalise qu’il faut tout prendre au deuxième, voire au troisième degré. En effet, les débordements des personnages sont parfois à ce point outranciers qu’on s’abandonne rapidement à leurs outrecuidances et mots d’esprit. À titre d’exemple, « Ce n’est pas d’ma faute si tu ne peux pas interpréter mes silences » ou « Je n’arrête pas d’entendre l’absence d’applaudissements ». De même pour l’anecdote, très sérieusement relatée, d’une grand-mère femme-tronc qu’on déposait sur le rebord d’une fenêtre afin qu’elle puisse apprécier les spectacles.

    Les têtes dirigeantes des deux institutions, Jack McMillan (Luke Kirby) et Geneviève Lavigne (Charlotte Gainsbourg), se déchirent pour maintenir la prédominance de leurs corps de ballet respectifs, malgré une histoire passionnelle qui n’aspire qu’à renaître. Cheyenne Toussaint (Lou de Laâge) interprète l’Étoile parisienne parachutée aux É.-U. et constitue sans aucun doute l’un des personnages les plus narcissiques de l’histoire récente de la télévision. Lors d’une audition visant à lui dénicher un partenaire de danse, elle se délecte ainsi en relatant aux aspirants danseurs l’histoire de sa grand-mère sanguinaire castrant tous les hommes du village.

    Tobias Bell (Gideon Glick) est un chorégraphe névrosé et socialement inepte, qui angoisse à l’idée de ne pas retrouver sa marque de dentifrice Crest à Paris. Gabin Roux (Ivan du Pontavice) est un danseur délicieusement baveux qui cherche à sortir de la misère, mais se voit constamment rabaissé, alors que Mishi Duplessis (Taïs Vinolo) est une jeune danseuse instrumentalisée par une mère qui ne voit en elle qu’un moyen de bonifier sa carrière politique. Pour attiser les flammes sous cette marmite déjà instable, on retrouve Crispin Shamblee (Simon Callow), un marchand d’armes qui finance le New York Metropolitan Ballet pour l’amour de l’art, mais surtout pour s’acheter une certaine respectabilité. Calculateur jusqu’au bout des ongles, il se déplace avec des doublures qui serviront de cibles en cas d’attentat. Il faut également noter la présence du comédien québécois Yanic Truesdale dans le rôle de Raphaël Marchand, qui décoche à tout vent un lot de flèches bien acidulées.

    Évidemment, les histoires amoureuses pullulent, mais celle qui offre la progression la plus nuancée se tisse entre Tobias et Gabin. Chacun est pétri de ses propres insécurités, mais une tension épidermique frémit entre les deux hommes et, malgré une trahison qui menace de tout faire sombrer, ils se retrouveront dans une scène d’anthologie, où une chorégraphie est déconstruite sur scène, devant public, et se conclut par une déclaration émouvante.

    Lorsque j’ai entamé la série, je pensais qu’elle se classerait dans la catégorie « plaisir coupable », mais force est de constater qu’il s’agit bien d’un « plaisir tout court » tant elle parvient à maintenir un rythme soutenu, une enfilade de répliques savoureuses et une certaine dose d’émotion. On ne peut qu’être impatient de voir la suite, puisqu’une saison 2 est déjà annoncée !

    INFOS | Les huit épisodes de la série Étoile sont disponibles, en anglais et dans deux doublages français, dont un excellent qui a été réalisé au Québec, sur Prime Video.

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