Samedi, 17 janvier 2026
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    Combattre la noirceur du monde

    J’ai un aveu gênant à faire : toutes mes plantes sont mortes le même jour… Les feuilles de certaines d’entre elles se sont asséchées. D’autres se sont maquillées avec des picots noirs. Sans oublier celle qui s’est recroquevillée en petite boule comme le pénis d’un gars sué stéroïdes. Qu’est-ce qu’elles essaient de me dire ?

    Est-ce un signe annonciateur de la Sixième Extinction ? La vie qui se venge parce que j’ai fait l’erreur de couper ma chevelure légendaire ? Ou ma punition après avoir laissé mes plantes pendant deux heures dans le camion de déménagement quand y faisait -19 oC ? Ouin… j’ai fait ça. Le 14 décembre dernier, après 28 jours dans ma nouvelle maison en Estrie, où je prévoyais continuer ma vie, je suis revenu vivre sur l’île de Montréal et j’ai tué mes buddy de la photosynthèse.

    Ce jour-là, le mauvais sort a commencé sa job de destruction dans ma vie et à travers le monde.

    Le 28 décembre, je me suis brûlé au deuxième degré. Dès le 7 janvier, la Californie a été ravagée par les pires feux de forêt de son histoire. Le 20 janvier, un ogre qui mange des minorités pour déjeuner est revenu dormir à la Maison-Blanche. Le 4 février, j’ai appris que j’avais une maladie de la peau causée par une trop grande charge de stress et que mon corps allait être fucking laite pendant 12 semaines. Le 6 février, le Parti québécois a refusé d’appuyer une motion dénonçant la montée de l’homophobie.

    Le 14 février, toutes les références aux personnes trans et queers ont disparu du site Web du monument national américain célébrant la révolte de Stonewall, alors que ce sont des femmes trans qui ont lancé les émeutes ayant mené à la consolidation du mouvement LGBTQ+. Le 18 mars, la Hongrie a adopté une loi pour interdire la marche des Fiertés, en précisant que la police utiliserait des outils de reconnaissance faciale pour identifier les personnes qui défient la loi.  

    Depuis le 14 décembre, la moitié des gens que je croise me parle de mon retour à Montréal comme si c’était un échec et comme si j’avais pris une décision impulsive. La réalité, c’est qu’après des années à sur-analyser le projet pour changer de région et changer de vie, j’ai vécu l’expérience sur le terrain, je me suis senti comme une plante qu’on a sorti de son pot et qu’on a crissé sur la pelouse avec les feuilles qui pognent dans le vent.

    J’ai compris que je n’étais pas prêt comme je l’imaginais à recommencer ma vie à zéro en solo. Une amie m’a raconté qu’elle avait déménagé en Estrie durant la pandémie et qu’elle pleurait presque tous les soirs toute seule dans sa belle maison : à cet instant, j’ai senti toutes les cellules de mon corps me dire que c’est ça qui m’attendait. Je suis donc retourné à Montréal. Fier d’avoir essayé et encore plus fier de me donner le droit de revenir.

    J’ai décidé de m’inspirer des mots de Brianna Wiest en faisant confiance aux occasions manquées et aux petits signes avant qu’ils ne deviennent grands. J’ai décidé de donner mon attention aux petites contractions de la vie, aux nuits d’insomnie, aux gens qui ne voient pas ce que j’ai à offrir et aux endroits qui me font ressentir un malaise. J’ai décidé d’avoir confiance en ce qui ne fonctionne pas, parce que ça pourrait être en train de me guider vers ce qui va fonctionner.

    J’ai appris à regarder à travers le brouillard. J’ai vu que les Conservateurs n’avaient pas gagné aux dernières élections. J’ai remarqué que les personnes LGBTQ+ sont de plus en plus nombreuses en politique. Aux côtés de Manon Massé chez Québec solidaire, on retrouvait jusqu’à tout récemment Jonathan Pedneault en tant que co-chef du Parti vert du Canada et Charles Milliard dans la course à la chefferie du PLQ.

    J’ai pris le métro jusqu’à Laval pour assister à un match de La Victoire en réalisant que je n’avais jamais vu autant de queers et de petites familles hétéros avoir du fun au même endroit. J’ai admiré Pierre Lapointe chanter la chanson queer et militante, « Hymne pour ceux qui ne s’excusent pas », devant 1,8 million de personnes à Star Académie. J’ai guéri à 99 % de ma maladie de peau. Près de 200 000 personnes ont bravé l’interdiction de la Pride à Budapest en défilant dans les rues. Et… j’ai vendu ma propriété en Estrie à un couple queer qui fera vibrer les murs de cette propriété centenaire à ma place.

    Évidemment, je n’essaie pas de vous convaincre d’attendre que le monde se replace sans rien faire. Mais je souffle à vos oreilles que la vie trouve toujours un moyen de nous envoyer des signes pour nous rappeler que la beauté existe encore et qu’on a raison de combattre la noirceur une étoile à la fois. La preuve : il y a quelques jours, toutes mes plantes ont recommencé à pousser… parce que je n’ai jamais accepté qu’elles meurent. Et nous non plus, on ne va jamais disparaître. Bonne Fierté !

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    3 Commentaires

    1. C’est regrettable, mais ce glissement s’explique par plusieurs facteurs, tels que l’écho de certaines idéologies virilistes auprès de certains hommes gays, la remise en question de la politisation identitaire de certains électeurs, ou encore des stratégies de séduction spécifiques de certains partis de droite.

    2. J’ajouterai que c’est pas juste plus à droite, mais c’est la polarisation qui est la norme maintenant : soit d”extrême droite ou d’extrême gauche… et moins de centristes comme moi.

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