Vendredi, 24 avril 2026
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    Kama La Mackerel

    Artiste multidisciplinaire

    À quel point ton art est-il relié à une volonté de changer la société?
    Kama La Mackerel : Mon art est profondément lié à une dimension sociale et politique. Je travaille avec les histoires que nous portons, que nous héritons, que nous répétons parfois sans même en être conscient·e·s. Certains de ces récits deviennent dominants, presque invisibles tant ils semblent aller de soi, tandis que d’autres sont réduits au silence. Mon travail, c’est d’ouvrir des espaces où d’autres récits peuvent exister, où l’on peut ralentir, écouter autrement, se laisser déplacer. Je crois profondément que l’art peut être un lieu de transformation. Un lieu où l’on peut rencontrer de l’inconfort, oui, mais un inconfort qui ouvre, qui rend possible autre chose. Pour moi, cette transformation est intime et collective. Elle commence dans le corps, dans la sensibilité, et elle rayonne ensuite dans nos manières d’être en relation, dans nos façons d’habiter le monde.

    Sens-tu que les institutions sont plus ou moins ouvertes qu’avant?
    Kama La Mackerel : Après une quinzaine d’années de pratique ici, je sens qu’il y a davantage d’espace aujourd’hui pour des voix comme la mienne — des voix qui sont situées, politiques, traversées par des questions de décolonialité, de genre, de mémoire. Cette ouverture ne vient pas de nulle part : elle est le fruit de luttes, de mouvements collectifs, de personnes qui ont insisté pour exister. En même temps, cette ouverture reste souvent conditionnelle. Elle existe à l’intérieur de cadres institutionnels qui, eux, changent beaucoup plus lentement. On peut être accueilli·e à condition de ne pas trop déranger. À condition que cela reste lisible, encadré, parfois même digérable. Les structures de pouvoir, elles, restent largement les mêmes. L’ouverture est encore fragile, partielle. Elle repose beaucoup sur la représentation, et pas encore assez sur une transformation réelle des systèmes.

    Les membres de ton entourage sont-iels aussi éveillé·e·s socialement que toi ?
    Kama La Mackerel : Plus on s’ancre dans sa pratique, plus on devient précis·e dans ses valeurs, dans ce qu’on accepte, dans ce qu’on ne peut plus porter. À partir de là, il y a des personnes qui arrivent dans notre vie comme une évidence, parce qu’il y a une compréhension commune, une sensibilité partagée. Et puis, il y a des relations qui se transforment, qui s’éloignent, parfois qui se brisent.

    Pour moi, le plus difficile, ce n’est pas tant l’éloignement. C’est quand quelque chose se
    fracture à un endroit plus profond. Ça, ça demande du temps, du soin, et parfois ça laisse des traces. En même temps, je reste profondément ancrée dans une foi en la transformation humaine. Je crois que chacun·e chemine à son rythme, avec ses propres résistances, ses propres ouvertures, ses propres seuils.

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