Alors que les droits des personnes trans font l’objet d’attaques politiques répétées en Amérique du Nord, la 12e Marche trans annuelle de Montréal prendra la rue ce samedi 15 août. Derrière le mot d’ordre « Pour la libération trans! », une coalition exceptionnellement large entend rappeler que les enjeux trans dépassent largement les questions d’identité : immigration, incarcération, accès aux soins, éducation à la sexualité et solidarité avec les personnes migrantes seront au cœur des revendications.
Le rendez-vous est donné à 18 h, à la Place des Montréalaises. Pour une douzième année, des personnes trans, non binaires et leurs allié·e·s marcheront dans les rues de Montréal. Mais en 2026, le contexte donne à la mobilisation une résonance particulière.
Cette année, neuf groupes sont à l’initiative de la Marche trans : Agir Montréal, ASTTeQ, Jeunes Identités Créatives, Juritrans, Mouvement Transféministe, Alternative UdeM, O.P.E.N., P!nk Bloc et la Société Générale des Étudiantes et Étudiants du Collège de Maisonneuve (SOGÉÉCOM). Vingt-sept autres organisations et collectifs ont également signé l’Appel à une marche pour la libération trans, un nombre que les organisateur·rice·s présentent comme un record.
Cette mobilisation survient alors que la question des droits des personnes trans occupe une place grandissante dans les débats politiques nord-américains. Pour les groupes derrière la marche, il ne s’agit donc plus seulement de célébrer la visibilité trans, mais de défendre des acquis et d’en réclamer de nouveaux.
Une marche qui se veut explicitement politique
Le choix du terme « libération » n’est pas anodin. Il inscrit la manifestation dans une conception plus large des luttes trans, où les discriminations vécues par les personnes trans sont liées à d’autres rapports de pouvoir et à d’autres formes de marginalisation.
À l’approche d’une nouvelle campagne électorale québécoise, la coalition souhaite notamment attirer l’attention sur ce qu’elle décrit comme un recul des droits des personnes trans à l’échelle du continent.
Les revendications de cette édition débordent d’ailleurs largement les enjeux généralement associés aux débats publics sur la transidentité. Parmi elles figurent l’accès inconditionnel aux soins trans-affirmatifs, la fin de l’incarcération des femmes trans dans des établissements pour hommes et le financement de l’éducation à la sexualité.
La coalition réclame également l’abrogation de la loi C-12 concernant le système d’immigration et les frontières canadiennes ainsi que le retrait du Canada de l’Entente sur les tiers pays sûrs. Pour les groupes organisateurs, la situation des personnes trans aux États-Unis rend cette dernière question particulièrement urgente. L’idée défendue est simple : lorsqu’un État adopte des politiques susceptibles de mettre directement en danger certaines personnes trans, la façon dont le Canada considère cet État dans son système d’asile ne peut être dissociée des droits LGBTQ+.
Des enjeux qui s’entrecroisent
Les réalités trans ne sont pas uniformes. Une personne trans migrante ou demandeuse d’asile peut être confrontée simultanément à la transphobie, à la précarité économique, au racisme ou à l’insécurité liée à son statut migratoire. De la même manière, l’expérience d’une personne trans incarcérée ne peut être comprise uniquement à travers la question de l’identité de genre. C’est précisément ce que souhaite mettre en évidence la Marche trans en réunissant sous une même bannière des revendications touchant à la santé, à l’immigration, au système carcéral et à l’éducation.
La question de l’accès aux soins demeure également incontournable. Malgré une visibilité accrue des réalités trans au cours des dernières années, l’accès concret à des soins adaptés et affirmatifs demeure inégal. Les délais, les obstacles administratifs, le manque de professionnel·le·s formé·e·s et les disparités régionales continuent de peser sur les parcours.
En réclamant un accès « inconditionnel » aux soins trans-affirmatifs, les organisateur·rice·s souhaitent notamment replacer la question dans une perspective de droit à la santé plutôt que dans celle d’un débat sur la légitimité des identités trans.
L’éducation dans la mire
Autre revendication : le financement de l’éducation à la sexualité. Ce dossier a pris une importance particulière dans les débats entourant les jeunes LGBTQ+. Pour plusieurs organismes communautaires, une éducation sexuelle inclusive permet non seulement aux jeunes trans et non binaires de mieux comprendre leur réalité, mais contribue aussi à créer des milieux scolaires où la diversité sexuelle et de genre est mieux comprise. Pour les groupes mobilisés samedi, l’éducation constitue donc aussi un outil de prévention contre la discrimination.
De la visibilité à la résistance
La Marche trans se déroule pendant une période où Montréal accueille de nombreuses activités LGBTQ+. Elle occupe cependant une place particulière dans le calendrier communautaire.
Son caractère militant la distingue des grands événements festifs. Si la visibilité demeure importante, la marche rappelle que celle-ci ne constitue pas, à elle seule, une garantie d’égalité.
Les milliers de personnes qui ont participé aux éditions précédentes témoignent également d’une transformation du mouvement trans montréalais. Longtemps portées principalement par de petits groupes communautaires et militants, les revendications trans ont progressivement gagné une visibilité considérable dans l’espace public.
Cette visibilité s’accompagne toutefois d’un paradoxe : plus les réalités trans deviennent visibles, plus elles deviennent également des objets de confrontation politique. C’est dans cette tension que s’inscrit l’édition 2026.
Marcher alors que le climat se durcit
Douze ans après la première édition, la Marche trans montréalaise se retrouve donc devant un défi différent de celui des débuts.
La visibilité des personnes trans a considérablement progressé. Leur présence dans les médias, la culture et la vie publique est incomparablement plus grande qu’il y a une décennie. Mais cette visibilité n’a pas fait disparaître les résistances. Elle s’accompagne aujourd’hui de batailles politiques sur l’accès aux soins, la reconnaissance des identités de genre, la place des personnes trans dans les institutions et la manière d’aborder ces réalités auprès des jeunes.
Dans ce contexte, descendre dans la rue prend une autre signification. Il ne s’agit plus seulement de demander à être vu·e. Il s’agit aussi de rappeler que derrière les débats politiques et les controverses médiatiques se trouvent des personnes dont les conditions de vie peuvent être directement affectées par les décisions gouvernementales.
Samedi soir, pancartes et drapeaux trans devraient donc de nouveau envahir le centre-ville de Montréal. Derrière l’image festive et colorée se trouvera toutefois un message beaucoup plus grave : les droits ne progressent pas nécessairement de manière linéaire. Et lorsque certains acquis paraissent fragiles, marcher redevient une façon très concrète de les défendre.
La 12e Marche trans annuelle – Pour la libération trans! aura lieu le samedi 15 août à 18 h, au départ de la Place des Montréalaises, à Montréal.

