Fondatrice de la clinique légale Juritrans
Y a-t-il eu une conversation ou un incident qui a déclenché ton militantisme?
Céleste Trianon : Ce serait le dépôt du projet de loi 2, le 21 octobre 2021. Ce projet de loi aurait enlevé la possibilité aux personnes trans de changer leur sexe légal sans avoir eu de chirurgie… J’ai fait tout ce que j’ai pu pour éviter que ça passe, et ça a été un succès. Avec la mobilisation, j’ai réalisé comment le droit, c’est un milieu où la communauté queer et trans est tellement sous-desservie. Ça m’a amenée à penser à aller en droit. Ce n’est pas pour tout le monde, mais moi, j’aime ça.
Tu avais quel âge quand tu as commencé à t’impliquer?
Céleste Trianon : 17 ans. J’ai fondé Juritrans à 19 ans, alors que j’étais étudiante. J’ai tout bâti moi-même, mais maintenant, j’ai une belle équipe qui me soutient.
Comment le fait de faire partie de la communauté trans influence ta façon de militer?
Céleste Trianon : Tous les reculs des droits des dernières années mettent un sens d’urgence assez extraordinaire à tout ce que je fais. Certains des besoins les plus importants au sein de la communauté que je suis souvent appelée à représenter sont matériels — avoir un toit sur la tête, un logement ou une job. Donc, une bonne partie de mon travail consiste à essayer d’améliorer les conditions de vie de la communauté, une étape à la fois.
Quelle est l’importance de l’intersectionnalité pour toi?
Céleste Trianon : C’est crucial. Il n’y a aucune forme de discrimination qui peut être séparée des autres. Les discours déshumanisants à l’endroit des personnes trans, ce sont le même genre de menaces qui affectent les femmes et les personnes immigrantes. La clause dérogatoire utilisée en Saskatchewan [pour obliger des jeunes trans à avoir l’autorisation parentale avant de changer leurs noms ou pronoms à l’école], c’est le même outil qui est utilisé pour s’attaquer aux personnes portant le hijab et le turban, entre autres, ici au Québec. Les enjeux de classe, les enjeux de pauvreté, devraient être davantage mis de l’avant dans la communauté queer. Tout est relié.
Qu’est-ce qui te donne de l’espoir en ce moment?
Céleste Trianon : De voir que, malgré tout, il y a des gens qui continuent à s’engager et à dénoncer les
injustices, et des luttes qui se solidarisent — luttes trans, luttes autochtones, luttes des personnes
migrantes… Encore là, c’est tout relié.

