Samedi, 3 Décembre 2022
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    Retour à la normale pour la 16e édition du FTA

    Les astres semblent s’aligner pour que le Festival TransAmériques retrouve toute sa vitalité après deux ans marqués par les aléas dus à la pandémie. Entre la fermeture des salles ou l’ouverture à demi capacité, l’impossibilité pour les compagnies étrangères invitées de voyager, le FTA a dû chaque fois se réadapter pour maintenir sa présence sur la grande scène des événements culturels du Québec. L’édition 2022 marque aussi l’arrivée de deux nouvelles codirectrices artistiques, Martine Dennewald et Jessie Mill, qui prennent la relève de Martin Faucher, qui veillait à la programmation du FTA depuis 2014.


    Si tout va bien, les spectacles invités de l’étranger viendront se mêler aux artistes québécois.e.s et canadien.ne.s. En ces temps difficiles et malgré toutes les contingences imposées, les artistes continuent de poser un regard singulier, enchanteur, parfois déroutant et, avec leur audace, à nous rappeler que nous avons besoin de l’art, comme nous avons besoin de l’air et de l’eau, pour mieux déchiffrer et rêver le monde.

    Les deux codirectrices artistiques du FTA, Martine Dennewald et Jessie Mill

    Le dévoilement de la programmation 2022 a eu lieu le 22 mars dernier et les choix seront difficiles pour le public, mais on peut la résumer en disant qu’elle vise à donner la voix aux personnes que l’on entend peu ou pas et du mouvement aux personnes que l’on voit peu ou pas. 

    À ne pas manquer alors en danse, L’homme rare de Nadia Beugré. La chorégraphe ivoirienne met l’accent sur les questions de genre dans sa création. Avec L’homme rare, ce sont cinq hommes venus de différents horizons chorégraphiques qui interrogent le corps masculin. En détournant leurs mouvements et leurs postures des schémas assignés dès l’enfance et en reflétant l’image de la domination, Nadia Beugré opère un renversement des codes genrés. Le public doit alors réorienter son regard figé sur les conventions sociales et les fossilisations coloniales du corps de l’homme. L’art est aussi là pour nous bousculer.

    Il en va de même avec Lavagem d’Alice Ripoll. Et si récurer les planchers, entre autres, pouvait donner lieu à une chorégraphie à définir? C’est ce que tente la chorégraphe brésilienne, Alice Ripoll, rappelant ainsi que les mères, les grands-mères et les ancêtres de ces dernières issues de la classe la plus pauvre ont fait le ménage durant toute leur vie pour la caste dominante blanche, qui considérait par ailleurs les Noir.e.s et les Indigènes comme sales. C’est aussi une réflexion sur le concept de saleté dans nos sociétés, tant la saleté politique que morale, auxquelles nous sommes confronté.e.s de la part des gens qui se croient « plus propres ».

    On reste sur la question du genre et du sexisme avec High Bed Lower Castle d’Ellen Furey et Malik Nashad Sharpe. Avec ce nouveau duo, les deux chorégraphes et danseur.euse.s interrogent le genre en s’en prenant à l’esthétique du conte. Un brouillage de pistes pour, là encore, désobéir aux normes étouffantes et résister aux pressions normatives. Le tout sur des chants d’opéra, des mélodies folk et des morceaux de hip-hop. Et contrairement à ce qui est présenté dans de nombreux contes, cela ne finit pas par : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

    Côté théâtre on pourra voir la pièce québécoise intitulée Le virus et la proie, déjà présentée en lecture lors de l’édition 2021. Le texte de Pierre Lefebvre se veut un plaidoyer contre l’injustice. Un dialogue de sourds entre un homme qui n’a aucun pouvoir et un autre qui en a, mais qui ne l’écoute pas, une métaphore de l’incapacité qui illustre bien que les personnes qui détiennent le pouvoir ont le choix d’entendre ou non les personnes sans pouvoir, d’où la difficulté pour celles-ci d’être entendues. Le metteur en scène Benoît Vermeulen a choisi quatre comédien.ne.s, Étienne Lou, Alexis Martin, Dominique Pétrin et Ève Presseault pour démultiplier la voix des impuissant.e.s.

    Autre spectacle qui marquera sûrement cette édition du FTA : la lecture par le dramaturge, metteur en scène et comédien burkinabé Aristide Tarnagda de La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021. Le roman a été salué par la critique et plusieurs considèrent cet écrivain comme l’un des meilleurs de sa génération. Rappelons que Mohamed Mbougar Sarr a été victime de messages haineux dans son pays, à la suite de la publication d’un précédent roman, Des purs hommes, où il parlait de l’homosexualité au Sénégal et de l’homophobie qui y règne. La lecture de La plus secrète mémoire des hommes, par Aristide Tarnagda, permettra de découvrir cet immense écrivain.

    Finalement, il est impossible de ne pas donner la place qui leur revient aux créateur.trice.s autochtones. Avec Quamma, c’est un voyage au Nunavut qui est proposé au public, voyage quasi mystique dans une contrée et une culture trop longtemps méconnues. Laakkuluk Williamson Bathory (texte, mise en scène, performance), Vinnie Kaetak (texte, performance) et Jamie Griffits (vidéo) utilisent des éléments uaajerneq (danse de masque) et retracent ainsi l’histoire de leurs ancêtres, marquée par un effacement programmé.


    INFOS | Festival TransAmériques, du 25 mai au 9 juin 2022 | fta.ca

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