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    Martine Delvaux : amplifie la voix des femmes dans DIVAS

    Nina Simone, Madonna, Céline Dion, Toni Morrison et tant d’autres femmes – souvent queers – sont célébrées par Martine Delvaux dans son plus récent livre, Divas, qui entrelace les codes de l’essai avec des fragments de l’intime afin de comprendre pourquoi la société veut faire taire les femmes et le courage qu’il faut trouver pour prendre la parole publiquement.

    Il y a quelques mois, tu as dévoilé que la rupture inspirant Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage et dont tu parles dans Il faut beaucoup aimer les femmes qui pleurent était en fait une relation avec une femme. Pourquoi avais-tu écrit l’histoire au masculin en 2012?
    Martine Delvaux : J’ai d’abord écrit le roman au féminin et je l’ai ensuite maquillé pour me protéger et pour protéger la personne. On était en instance de divorce. Il y avait un contexte juridique. Il fallait faire attention. Donc, j’ai transposé. Ça n’enlevait rien à l’essence du conflit, qui était avant tout culturel, mais ça a donné une figure masculine de papier, pas tout à fait crédible.

    Pourquoi tout réécrire des années plus tard?
    Martine Delvaux : Avec les années, cette histoire continuait de me hanter. Je l’ai réécrite dans des revues un peu cachées et dans un collectif, mais personne n’était vraiment au courant, parce que je le faisais en catimini. Jusqu’au jour où j’ai dit à mon éditrice que j’avais envie de la réécrire. Je me suis complètement abandonnée. Dans le livre, j’explique mon choix aux lecteurs. Ce n’est pas parce que j’avais honte. Ça ne me posait aucun problème d’être avec une femme. Ma bisexualité n’est pas un enjeu pour moi ni pour mon entourage.

    Tu portes une parole féministe qui résonne fort dans l’espace public. Elle te vaut beaucoup d’admiration et de colère. Crains-tu désormais de composer avec la haine envers les LGBTQ+?
    Martine Delvaux : Absolument! Il y a 13 ans, je n’avais pas envie d’apporter de l’eau au moulin de la haine envers les personnes queers. J’entendais déjà les haineux utiliser mon histoire pour dire : « Vous voyez, c’est aussi difficile entre les femmes, il y a de la violence et de l’agressivité. » Je ne voulais pas leur donner une prise, parce que c’était tellement plus compliqué que ça.

    Comment ça va depuis que tu en as parlé?
    Martine Delvaux : C’est un peu passé à la trappe. Entre 2012 et 2026, même si on est dans une remontée de la haine envers les communautés LGBTQ+, il reste que, de manière générale, c’est moins un sujet d’attaque de la part des chroniqueurs, à l’exception des questions trans. Depuis l’an dernier, je n’ai rien reçu de négatif par rapport à ça. Au contraire, plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire que ce livre leur avait permis de me découvrir et leur avait donné envie de lire mes autres livres. Comme si ce livre-là donnait accès à moi, même si, pour moi, c’est la même intimité.

    Dans DIVAS, tu écris vouloir t’inspirer de celles qui utilisent leur voix pour chanter, s’exprimer et revendiquer, même si tu peux être tentée de te cacher dans la solitude et le silence pour échapper à la violence. À quoi es-tu confrontée le plus souvent?
    Martine Delvaux : C’est assez calme depuis un certain temps, mais pendant environ 10 ans, c’était de la cyberintimidation et des messages privés envoyés par des serveurs anonymes. L’un de ces messages s’en prenait à ma fille. Je me suis sentie traquée. Ça m’a fait du mal. Je suis allée au poste de police pour me retrouver devant une impossibilité : il n’y a pas de levier pour empêcher ça, surtout quand c’est un serveur qui permet l’anonymat. Je me suis aussi fait intimider par certains chroniqueurs dans les journaux, presque toutes les semaines, pendant très longtemps. C’était très lourd. J’essayais de tenir mon bouclier et d’avancer, mais ça épuise. Le point de départ de Divas, c’est le moment où j’ai compris que j’étais usée et que je commençais vraiment à avoir peur.

    Tu expliques qu’on a voulu faire taire les femmes de tout temps et tu t’interroges pour déterminer à quel moment tu as perdu ta voix. As-tu trouvé la réponse?
    Martine Delvaux : Je pense que j’essaie d’exprimer qu’on ne l’a jamais et qu’on la perd tout le temps. J’essaie de faire marche arrière et d’explorer mon histoire depuis ma naissance. Ce bébé né d’une fille-mère qu’on a voulu éloigner. Une naissance compliquée dans une famille qui aurait préféré qu’elle ne soit pas là. On est dans le silence : surtout, n’en parlons pas, il ne faut pas que les gens sachent qu’elle n’a pas de père, qu’elle est une bâtarde. Tout au long de ma vie, je suis l’objet d’une haine que je ne comprends pas. On m’incite à me taire. J’essaie de débusquer tout ça et de dire que, finalement, ce n’est pas si facile de prendre la parole. J’essaie de montrer que toutes les femmes dont je parle dans Divas, qu’on a méprisées et diminuées, se sont battues avec ça aussi. Ça ne va pas de soi de parler dans l’espace public ou de devenir chanteuse.

    Plusieurs divas dans le livre sont bisexuelles. T’identifies-tu davantage à elles?
    Martine Delvaux : Absolument! Ces divas-là sont toutes « queers » d’une manière ou d’une autre. Que ce soit avoué ou non. Il y a une fluidité dans l’identité amoureuse qui m’intéresse. La plupart d’entre elles s’inscrivent là-dedans.

    Pourquoi avons-nous détourné le sens du mot diva pour insulter les femmes?
    Martine Delvaux : À une certaine époque, les femmes qui montaient sur scène étaient vues comme des prostituées, des femmes faciles. Quand la perception a commencé à changer et qu’on a reconnu chez elles un talent, une prestance, une importance, quelque chose de glorieux, tout d’un coup, c’est devenu négatif. À ce moment-là, « diva » est devenu un mot utilisé comme « hystérique » ou « folle » pour diminuer les femmes. On prétend qu’elles sont capricieuses, chiantes, qu’elles emmerdent les gens, qu’elles en demandent trop et qu’elles prennent trop de place. On dit ça des femmes dès qu’elles osent se manifester dans l’espace public.

    Une proche t’a fait remarquer que la création de chacun de tes livres commence par la
    fascination envers une autre femme. Pourquoi?

    Martine Delvaux : Il y a 30 ans, une amie m’avait fait réaliser que les femmes n’ont pas beaucoup de modèles. Ce constat m’est resté. En conférence ou quand je rencontre des groupes, je leur suggère de chercher les femmes quand ils entrent dans une salle, avant de regarder les hommes, et de sourire aux femmes quand on les croise dans la rue. Juste ça, ça change tout. On les voit, elles existent. Comme on est dans un monde hétéropatriarcal suprémaciste blanc, on cherche l’approbation d’un homme. C’est lui qui nous donne le droit d’exister. Mon travail est de faire basculer la patente. Je soutiens le regard des femmes.

    À quel point les luttes féministes et queers sont-elles entrelacées?
    Martine Delvaux : Elles sont inséparables. Cela dit, ça n’a pas toujours été facile et ce ne l’est pas toujours aujourd’hui. Les luttes féministes et homosexuelles ont été liées en France dans les années 1970, avant d’être séparées, parce que les enjeux ne sont pas les mêmes. J’ai souvent dit à mes étudiantes : je vais me battre jusqu’à ma mort pour les femmes, car nous sommes les plus susceptibles d’être violentées dans nos vies privées et publiques. Mais mon horizon à moi, ce serait un monde – que je ne connaîtrai jamais de mon vivant – où le genre ne sera plus une question et où la personne avec qui tu couches ne sera plus un enjeu. Ces deux choses semblent contradictoires à première vue, mais se battre contre la discrimination envers les personnes LGBTQ+, ça va dans le sens de défaire le patriarcat, de défaire la domination masculine et l’oppression des femmes. Ce lien-là, il faut le réexpliquer sans arrêt.

    INFOS | DIVAS de Martine Delvaux, Éditions Héliotrope, 352 pages, 2026

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