Samedi, 25 juin 2022
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    Les gais du Kosovo condamnés à une double vie

    Depuis des années, Flamur entretient à Pristina une relation secrète avec un homme. Dans une société kosovare ultra-patriarcale et conservatrice qui vient de rejeter les unions entre personnes de même sexe, les relations entre hommes sont condamnées à la clandestinité.

    «C’est difficile de vivre une double vie», raconte Flamur. Cet économiste de 34 ans a choisi un prénom d’emprunt pour témoigner face aux risques de stigmatisation. Avec les encouragements de l’Occident, le Premier ministre de gauche Albin Kurti milite pour autoriser les unions civiles entre gens du même sexe, ce qui constituerait une première dans un pays à majorité musulmane. Mais le chef de gouvernement du territoire qui aspire à rejoindre l’Union européenne s’est heurté à l’hostilité féroce de larges pans de la société, de l’opposition mais aussi de membres de son propre parti Vetevendosje (VV).

    Tout relation non hétérosexuelle relève «de la dépravation et de la dégénérescence morale», avait lancé la députée VV Labinote Demi Murtezi, hijab sur la tête, lorsque le Parlement avait rejeté massivement le texte en mars. Plus de 90% des 1,8 million d’habitants de l’ex-province serbe jamais reconnue par Belgrade sont musulmans.

    Il n’existe pas de données récentes mais selon une étude de 2015 du National Democratic Institute (NDI), un centre de réflexion américain, le Kosovo serait le pays le plus homophobe des Balkans, réputés peu tolérants sur la question. Plus de 80% des Kosovars LGBT y indiquaient avoir été insultés et 29% faisaient état de violences physiques.

    Pour Flamur, en couple depuis huit ans avec son partenaire de 27 ans, «la société n’est globalement pas prête» au changement. Le rejet de la réforme «montre clairement à quel point nous sommes loin de l’égalité des droits au Kosovo».

    Pas marié
    Sa famille est au courant de son orientation sexuelle mais pense qu’il s’agit d’une simple phase. Seuls les plus jeunes de ses proches «élèvent la voix pour demander que je sois accepté tel que je suis». En attendant, le couple prend toutes les précautions «pour ne pas se faire remarquer», en se mêlant avec des amis lorsqu’ils sortent en public, en évitant de poster sur les réseaux depuis des endroits où ils se trouvent seuls. S’ils passent une partie de la semaine chez l’un ou l’autre, ils ne peuvent vivre officiellement sous le même toit, dit-il.

    Le plus gros problème «vient des gens curieux au travail qui veulent savoir pourquoi je ne suis pas marié à plus de 30 ans». Albin Kurti n’entend pas renoncer à lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Il compte représenter le projet de loi au Parlement «dès que possible».

    Des responsables religieux de toutes confessions ont été les premiers à s’opposer à la réforme, affirmant qu’ils n’accepteraient «jamais les unions ou les cohabitations entre deux personnes de même sexe». Ce communiqué conjoint de religieux, qui se disputent en général sur tout, a «surpris» l’analyste politique Rron Gjinovci. «On n’a jamais vu une telle union par exemple contre la corruption».

    Albin Kurti a été menacé sur son compte Facebook, y compris par ses propres partisans. «Fais attention! Tu ne resteras pas dans ton fauteuil si la loi passe», a prévenu l’un d’eux. Même la présidente de la Commission parlementaire pour les droits humains Duda Balje est vent debout. Le mariage gai «n’appartient pas à notre culture, à notre tradition».

    Envies de suicide 
    Dans ce milieu hostile, la communauté LGBTQ dénonce une «société prisonnière du système hétérosexuel» qui empêche les gais de participer «à des activités économiques, politiques, culturelles et sociales essentielles à cause de leur identité». Sur sa plateforme Dylberizm, les récits de souffrances abondent. Une lesbienne de 21 ans raconte se sentir «profondément misérable» au point de songer au suicide. «Si ma famille comprend, ils sont capables de me jeter dehors». Mais des voix s’élèvent pour défendre les droits LGBTQ.

    Blert Morina, l’une des premières personnes ouvertement transgenres du territoire, juge que le projet «est conforme aux aspirations du Kosovo à être reconnu comme un État démocratique et inclusif». Des personnalités en vue comme l’avocat Arianit Koci rappellent qu’une trentaine de pays ont reconnu le mariage gai. «On ne peut pas arrêter cette tendance, tout comme le droit de vote des femmes et des personnes de couleur n’a pu être arrêté», a-t-il écrit sur Facebook. Flamur pense qu’il faudra du temps. «Je crois que les mariages (gais) et les bénéfices qui vont avec deviendront réalité dans huit à dix ans».

    Rédaction avec AFP

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