À l’été 2022, Antoine Goulet et Philippe Dickey se rencontrent sur le plateau de l’émission Le meilleur pâtissier du Québec. Trois ans plus tard, les voilà fiancés et coauteurs d’un livre de desserts rétro — préfacé par Janette Bertrand — qui propose des recettes de grand-mères, des adaptations maison de classiques commerciaux des années 1980 et 1990, ainsi que des créations inspirées de saveurs d’antan.
Comment est né votre amour de la pâtisserie?
Philippe : Je me suis toujours empiffré de desserts, mais quand j’étais aux études, j’ai travaillé dans une pâtisserie française : je n’en faisais pas, j’en vendais. C’est là que j’ai découvert l’étendue des possibles en pâtisserie européenne. Il y a 13 ans, quand mes amis ont commencé à avoir des enfants, j’ai fait mon premier gâteau et j’ai adoré ça!
Antoine : Ma mère cuisine beaucoup, et elle tient ça de sa mère. Au jour de l’An, il y avait des desserts jusque dans la salle de bain! On est dans l’excès. J’ai toujours aimé les livres de recettes. Avant de savoir lire, je les regardais pendant des heures. J’ai commencé à pâtisser en quittant la maison et j’ai toujours cherché des occasions d’en faire pour les autres.

Parlons de votre rencontre à la télé. Qu’est-ce qui s’est passé?
Philippe : Il faut se rappeler que c’est une compétition avec de l’adrénaline brute pendant quinze jours. Sur le plateau, Antoine, notre collègue Geneviève et moi, on est devenus très proches après une heure. À l’époque, on était tous les deux en couple. On a vécu une grosse amitié à trois. Après l’émission, on a continué à se parler et on a développé des sentiments. On est devenus un couple il y a trois ans.
Depuis, quelle place occupe la pâtisserie dans votre quotidien?
Antoine : Même avant de penser au livre, on en faisait énormément. Comme on a participé à une émission de pâtisserie, ça nous condamne à être responsables du dessert tout le temps. C’est un beau problème. Puisqu’on est deux passionnés, les attentes sont plus élevées qu’avant. On adore tester de nouvelles recettes. Quand on ne pâtisse pas, on écoute des émissions de pâtisserie. Cela dit, ça reste en parallèle de nos emplois, qu’on aime beaucoup.
Philippe, tu travailles en édition. Antoine, en design. Pourquoi un livre ensemble?
Antoine : Tout le monde nous le demandait! J’ai monté certains des livres d’Hubert Cormier et d’autres créateurs. J’adorais ça. Chaque fois, je me disais que si j’en faisais un jour, je ferais certaines choses différemment.
Philippe : Avec nos parcours, on se disait que ce serait niaiseux de ne pas y penser sérieusement.
Qu’est-ce qui a orienté votre choix de thématique?
Antoine : Comme on est deux pâtissiers amateurs, on voulait que ça reste simple et accessible. En travaillant nos recettes, on est naturellement revenus vers des classiques familiaux, plus simples à réaliser avec les moyens de l’époque. On a grandi avec ça. Et en librairies, on trouvait surtout des livres de pâtisserie française. Les desserts québécois sont peut-être moins glamour, mais on voyait un beau filon à exploiter.


Philippe : Puisque nos recettes familiales revenaient toujours dans nos discussions, la nostalgie s’est imposée comme thème, autant pour le contenu que pour l’esthétique. Nos grands-mères n’avaient pas de KitchenAid, pas de thermomètres, pas de balances, et elles n’étaient pas chimistes. Pourtant, elles faisaient des maudits bons desserts qu’on veut encore manger aujourd’hui. En plus, visuellement, la nostalgie est un concept hyper riche!
Est-ce que toutes vos recettes viennent de vos familles?
Philippe : On peut diviser le livre en trois catégories : les recettes familiales qu’on revisite, des desserts commerciaux des années 1980 et 1990 qu’on adapte à notre manière, et des créations inspirées de saveurs nostalgiques comme la paparmane, la crème de menthe et la noix de coco.
Comment vos mères ont-elles été impliquées dans le projet?
Antoine : Dès qu’on a commencé à y réfléchir, ma mère s’est impliquée. Après avoir réorienté sa carrière, elle travaille à la Tablée des chefs et elle enseigne. Nos deux parcours ont fini par rejoindre la nourriture. Elle adore le projet. Quand on s’appelait pour discuter cinq minutes d’une recette, ça durait une heure et demie!
Philippe : Ma grand-mère maternelle, qui adorait les desserts, est décédée en octobre 2024, pendant qu’on développait nos recettes. Ça m’a beaucoup rapproché de ma mère. Dans le livre, on a mis deux tartes fétiches de ma grand-mère, revisitées un peu. Et en mai dernier, pour célébrer l’impression du livre, on est allés à Paris avec nos deux mères, une semaine complète, pour clore l’aventure.

Pourquoi dédier le livre aux femmes qui ont bâti le Québec à coups de sucre à la crème?
Antoine : On trouvait que les desserts québécois étaient sous-représentés. Janette Bertrand nous a expliqué que les femmes de son époque faisaient beaucoup avec peu. On voulait mettre leurs recettes à jour tout en les célébrant.
Philippe : Notre inspiration principale, ce sont ces femmes qui avaient dix enfants à s’occuper, mais qui trouvaient quand même le temps de faire du dessert chaque jour. C’est pour ça qu’on ne prétend pas améliorer leurs recettes, mais les moderniser. Notre sucre à la crème et nos galettes à la mélasse ne seront jamais meilleurs que ceux de nos grands-mères. Alors on propose plutôt des créations inspirées, comme des galettes d’avoine au sucre à la crème.
Certains ingrédients surprennent. Quel est le dessert le plus funky du livre?
Antoine : Le gâteau de patates douces et épices, avec un caramel à la root beer!
Philippe : Nos biscuits à la paparmane, dans une texture de biscuit moelleux.
INFOS | NOSTALGIES 100 desserts rétros inusités, d’Antoine et Philippe, Éditions de l’Homme, 2025.

